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L'effet boomerang
Leitartikel Politik 3 Min. 17.09.2014 Aus unserem online-Archiv
EDITORIAL

L'effet boomerang

Leitartikel Politik 3 Min. 17.09.2014 Aus unserem online-Archiv
EDITORIAL

L'effet boomerang

Linda CORTEY
Linda CORTEY
A croire que ça ne finira jamais. Encore une fois, l'embellie économique est renvoyée aux calendes grecques. Alors que le printemps nous promettait enfin un retour – certes timide – de la croissance en Europe, l'automne ne nous offre que des perspectives moroses.

A croire que ça ne finira jamais. Encore une fois, l'embellie économique est renvoyée aux calendes grecques. Alors que le printemps nous promettait enfin un retour – certes timide – de la croissance en Europe, l'automne ne nous offre que des perspectives moroses.

Lundi, l'OCDE a elle aussi revu à la baisse ses prévisions de croissance et s'est montrée particulièrement inquiète pour la zone euro. Désormais, le «scenario à la japonaise» – à savoir pas de croissance sur le long terme – fait vraiment peur. Parce qu'il est vraiment plausible.

Qu'est-ce qui le rend plus plausible maintenant que lors de la crise des dettes souveraines? D'abord des faits objectifs, à commencer par l'impossibilité structurelle de la zone euro de régler ses problèmes de croissance et d'inflation.

Le seul outil utile, c'est la Banque centrale européenne. Or, celle-ci est en train d'utiliser ses dernières cartouches sans certitude sur les effets que cela aura sur l'économie. Ensuite l'appréciation subjective des choses. Les investisseurs ressentent le risque d'atonie à long terme de la croissance comme plausible, alors ils renforcent ce risque par leur comportement attentiste.

Depuis le début de la crise financière – il y a tout juste six ans, quand Lehman Brothers faisait faillite et entraînait la finance occidentale avec lui – ce n'est pas la première fois que la menace japonaise est brandie. Au contraire, le risque de voir l'Europe plonger dans une longue période sans croissance, avec toute perspective de reprise entravée par une inflation trop faible, a été soulevé par de nombreux analystes dès 2009. Le spectre japonais est revenu dans les débats à chaque nouvel embourbement européen.

Et pourtant, cinq ans plus tard, la recette pour éviter le pire n'a toujours pas été trouvée. Ou plutôt, personne ne veut la mettre en place. Car elle demande de franchir un pas non pas économique mais politique, à savoir une réponse économique commune (ou au minimum concertée).

Pour franchir ce pas, encore faudrait-il que les «partenaires économiques» européens se comportent comme tels. Se comporter comme des partenaires, cela signifierait ne pas agir comme en fonction de ses seuls paramètres nationaux. Le but n'est pas de sacrifier une partie de sa croissance potentielle pour aider celle des autres, comme le craignent les Allemands, mais bien de réinventer le modèle de croissance européenne, un modèle gagnant pour chacun.

Mais c'est l'inverse qui se produit. La peur de mettre à mal un modèle économique national, perfectible mais que l'on connaît, empêche les «partenaires» de réfléchir ensemble. Aujourd'hui chacun doit dépasser ses propres démons. Sans la déconstruction de chaque tabou national, les problèmes ne feront que revenir sur chaque pays, comme un boomerang.

Berlin a beau jeu de rappeler à Paris sa peur des réformes mais, désormais, les déséquilibres allemands desservent l'Allemagne elle-même. A trop presser sa compétitivité-coût, Berlin est devenu le champion de l'export au détriment de sa demande interne et de ses «partenaires».

L'effet boomerang pour l'Allemagne, c'est une croissance fragilisée par cette faible demande européenne. Car cela risque de manquer au moteur allemand. Berlin se retrouve à la merci de la crise extra-européenne, comme celle en Ukraine. Aussi incongrue que cela puisse paraître à Berlin, l'Allemagne serait le premier gagnant d'une politique économique concertée.


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