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Jean Asselborn: «Il faut fermer les camps»
Politik 4 Min. 10.07.2019

Jean Asselborn: «Il faut fermer les camps»

Jean Asselborn: «Il faut fermer les camps»

Photo: Chris Karaba
Politik 4 Min. 10.07.2019

Jean Asselborn: «Il faut fermer les camps»

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Les Etats européens «doivent envoyer leurs propres bateaux en Méditerranée, pour éviter que ces migrants ne s'y noient. C'est urgent et c'est capital», explique le ministre Jean Asselborn dans notre interview portant sur les migrants naufragés.

Des migrants sont entassés dans les fosses où les jettent les milices mafieuses à l'œuvre en Libye, où la guerre civile par ailleurs les expose aux bombes de belligérants de plus en plus lourdement armés. Les malheureux qui parviennent à leur échapper s'exposent au risque d'un naufrage en Méditerranée, où leur sauvetage devient l'enjeu de querelles politiques pendant que les États membres de l'Union européenne s'entre-déchirent sur le sort qu'il convient de leur réserver.


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Un aspect de cette problématique ne réside-t-il pas dans le fait que l'Europe, en finançant l'action de «garde-côtes» au cœur du chaos en Libye, a elle-même contribué à la naissance de ces traquenards où les candidats à l'exil sont devenus à la fois victimes de marchands d'esclaves et cibles potentielles d'actions militaires? Après l'affaire « Sea Watch», après la mort de 44 personnes le 2 juillet dernier sous les bombes qui ont pulvérisé un «centre de détention» dans la banlieue de Tripoli, nous avons posé la question au ministre luxembourgeois des Affaires étrangères.

Des migrants appellent à l'aide en Méditerranée. Que faire pour les secourir sans s'exposer à des pataquès politico-humanitaires?

Jean Asselborn :«Les États membres de l'Union européenne doivent envoyer leurs propres bateaux en Méditerranée, pour éviter que ces migrants ne s'y noient. C'est urgent et c'est capital, dans la mesure où le principe de solidarité communautaire est à l'épreuve».


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Cette action viserait-elle à soulager les ONG ou à endosser le travail que celles-ci réalisent dans le champ d'action laissé vacant par l'UE? En d'autres termes: des bateaux en complément ou en substitution?

«En complément. L'action des États et celle des organisations humanitaires peut et doit être complémentaire. On ne peut laisser les ONG seules face aux drames auxquels elles sont régulièrement confrontées. Il faut, comme ce fut le cas dans les années 2017-2018, une mobilisation de navires européens [de navires appartenant aux différents États membres de l'UE] pouvant récupérer des migrants avant qu'ils ne coulent, sur le modèle de l'opération «Sofia», à laquelle a mis fin un veto de la part de l'Italie».

Où faut-il accueillir les rescapés?

«Pas seulement en Italie, pas uniquement à Malte. On ne peut à la fois se décharger de notre responsabilité commune sur deux ou trois pays et s'offusquer ensuite de leur refus d'accueillir les migrants que les ONG mènent à leurs ports. La responsabilité de l'Union européenne en tant que telle est engagée, qui doit déboucher sur deux cas de figure: soit les migrants sont reçus dans des structures fermées («hotspots») créées à cet effet, avant leur prise en charge par les États membres selon une clé de répartition prenant en compte leur donne démographique et leur situation économique, soit, quand l'admission des demandeurs n'est pas justifiée, assurer leur retour au pays d'origine en toute dignité, en toute humanité, en coopération avec l'OIM [Organisation internationale pour les migrations] et l'UNHCR [Nations unies]».


ARCHIV - 20.06.2019, ---, Mittelmeer: HANDOUT - Carola Rackete aus Kiel, deutsche Kapitänin der «Sea-Watch 3», aufgenommen an Bord des Rettungschiffs. Die Kapitänin des Rettungsschiffs ist bereit, die Konfrontation mit der italienischen Regierung weiter eskalieren zu lassen. Wenn es keine Einigung über die Migranten an Bord gebe und das Schiff somit anlegen dürfe, sei sie bereit, ohne Erlaubnis in den Hafen der Insel Lampedusa zu fahren, sagte sie der Deutschen Presse-Agentur am Donnerstag. «Die Situation (auf dem Schiff) ist aktuell sehr angespannt.» Sie könne nicht mehr für die Sicherheit der Menschen an Bord garantieren. Manche drohten über Bord zu springen. Foto: Till M. Egen/Sea-Watch.org/dpa - ACHTUNG: Nur zur redaktionellen Verwendung und nur mit vollständiger Nennung des vorstehenden Credits +++ dpa-Bildfunk +++
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Sea-Watch-Kapitänin Carola Rackete ist in Lampedusa unter Hausarrest, ihre Passagiere durften an Land. Doch was ist eigentlich passiert, wie ist die Rechtslage und wie geht es jetzt weiter?

Les migrants ces jours-ci essaient surtout d'échapper à l'entonnoir libyen, où ils sont exposés à la fois aux exactions des bandes qui les détiennent et aux violences de la guerre. N'est-ce pas précisément l'Europe qui, en sous-traitant à la Libye la mission de faire barrage aux migrants venus du Sud, a laissé advenir le piège dans lequel ils tombent?

«Je comprends ce point de vue, et j'entends bien cette question. Mais il faut savoir que nous sommes, face à la Libye, confrontés à une situation nouvelle : la guerre. Ce conflit longtemps larvé est devenu, en effet, une véritable guerre civile, du fait d'un belligérant de plus en plus offensif et qui n'hésite plus à employer les armes lourdes qui lui sont livrées en quantités croissantes. Les Nations unies elles-mêmes ont été surprises par cette escalade. C'est une situation où la question des migrants devient de plus en plus difficile à gérer, au moment même où plus que jamais ils ont besoin de notre aide».

Quelle était l'approche de l'Europe à un moment où cette situation pouvait paraître «gérable» encore?

«En 2017 avait été convenue la mobilisation de 500 garde-côtes libyens, des hommes dûment formés sur le plan technique et dotés d'un certain bagage en matière d'Etat de droit et de respect des droits de l'Homme. Au final, 185 personnes de ce type ont été en action. Puis le conflit en Libye s'est envenimé et des «garde-côtes» ont profité du chaos, prenant l'habitude de faire un «tri» parmi les migrants qu'ils recueillaient. Pour le dire clairement, ces gens sont devenus des marchands d'esclaves, et les migrants tombés entre leurs mains sont violentés, abusés, vendus ou placés en camps militaires».

Que faire?

«Exiger que soient fermés les camps de rétention, trop nombreux et largement incontrôlables. Et les remplacer par un nombre limité de structures sous contrôle de l'UNHCR».

 Sommes-nous face à une nouvelle crise migratoire?

«C'est ce que Matteo Salvini voudrait faire croire, à l'Europe tout entière. Mais non. Nous sommes face à un problème dramatique certes, mais pas devant une nouvelle flambée de celui-ci. En aucun cas il ne peut être question d'"invasion"».


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