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«Il n'y a pas d'association islamique au Luxembourg financée par un pays étranger»
Faruk Licina: «Le règlement interne de la Shoura précise qu'une association membre ne peut être dirigée par un Etat tiers ou par une organisation internationale gouvernementale».

«Il n'y a pas d'association islamique au Luxembourg financée par un pays étranger»

Gerry Huberty
Faruk Licina: «Le règlement interne de la Shoura précise qu'une association membre ne peut être dirigée par un Etat tiers ou par une organisation internationale gouvernementale».
Politik 11 Min. 13.03.2019

«Il n'y a pas d'association islamique au Luxembourg financée par un pays étranger»

Maurice FICK
Maurice FICK
Financement des associations islamiques, rémunération des imams, redistribution de l'enveloppe étatique par l'assemblée de la communauté musulmane. Faruk Licina, président de la Shoura, n'élude aucune question et révèle le projet de construction d'une mosquée centrale à Luxembourg.
  • Comment sont financées les associations cultuelles islamiques au Luxembourg ?

La communauté musulmane a d'abord commencé à se structurer de manière autonome et chaque association tombe sous la loi des asbl. Les associations ont été financées à 100% par les cotisations de leurs membres. A ce jour, toutes les associations islamiques au Luxembourg, et je peux le garantir pour toutes celles qui sont liées à la Shoura - et sans avoir d'écho contraire pour celles qui ne le sont pas - sont financées exclusivement par les cotisations des membres. Sans ça, elles ne fonctionneraient pas. Il n'y a pas d'apports financiers étrangers.

Les membres adhèrent de manière volontaire à l'association islamique de leur choix. Dans les statuts de chaque association est défini le montant annuel de la cotisation. Il s'élève, majoritairement, à 60 euros pour une famille. Ce chiffre peut varier entre 60 et 90 euros pour toute l'année. A quoi se rajoutent les dons. Chaque association tient sa propre comptabilité et dépose son bilan, c'est transparent.

A l'association cultuelle de Mamer, la plus ancienne du pays et la plus grande aussi car elle regroupe 460 cotisants (Faruk Licina en a été le président, ndlr), la cotisation annuelle minimum est de 90 euros par an. Pour l'enseignement islamique, on demande 20 euros par enfant par année. Avec ce budget est financé le fonctionnement de la structure et le salaire de l'imam.

Faruk Licina, président de la Shoura: «En février nous avons eu un premier entretien officiel avec le Premier ministre et ministre des Cultes, Xavier Bettel, et lui avons soumis le projet de la Shoura de construire une mosquée centrale à Luxembourg-ville.»
Faruk Licina, président de la Shoura: «En février nous avons eu un premier entretien officiel avec le Premier ministre et ministre des Cultes, Xavier Bettel, et lui avons soumis le projet de la Shoura de construire une mosquée centrale à Luxembourg-ville.»
Photo: Gerry Huberty
  • Six associations sont membres effectifs de la Shoura et trois sont membres observateurs. Ces associations doivent respecter des règles pour adhérer à la Shoura. Expliquez-nous...

Online.fr- Centre culturel islamique de Mamer, Islamischen Zentrums, Musulman, Muslim, Prière, Gebet, Mosquée, Moschee, foto: Chris Karaba/Luxemburger Wort
Le «très dynamique» culte musulman au Luxembourg
Savez-vous que le Luxembourg dénombre 16 associations islamiques? Savez-vous combien il y a de mosquées? Et où elles se trouvent? Le culte musulman est «très dynamique» et poursuit son évolution depuis la signature de la convention avec l'Etat luxembourgeois. Islamologue et docteure en sciences politiques et sociales, Elsa Pirenne, s'est intéressée de près, durant quatre ans, aux pratiques et à l'évolution des communautés musulmanes qui vivent au Luxembourg. Elle répond à nos questions.

La condition est simple: ces associations doivent en premier lieu adhérer aux règles et aux statuts de la Shoura, comme organe fédérateur. Une nouvelle association islamique cultuelle qui se crée et veut adhérer à la Shoura doit, au préalable, demander le feu vert.

La Shoura fait une étude de terrain, vérifie s'il n'y a pas de mosquée dans les environs et estime s'il faut ou non un lieu de prière pour les musulmans qui vivent dans cette région. Par la suite, l'association doit avoir au moins 50 membres actifs et disposer d'un lieu de culte. Pendant les trois premières années les associations qui adhèrent ont un statut de membre observateur au sein de la Shoura.

C'est l'unité et le fonctionnement de cette unité qui prévalent lors de l'adhésion à la Shoura. On ne peut pas vouloir créer une association dans le but d'adhérer à la Shoura pour disposer d'argent et permettre à l'association de fonctionner. Ça ne fonctionne pas de la sorte. Même l'argent reversé par la Shoura ne permet pas à une association de garantir son fonctionnement. C'est une aide mais ça ne suffit pas.

Le règlement interne précise aussi que l'association ne peut être constituée sur une base ethnique ou être dirigée par un Etat tiers ou par une organisation internationale gouvernementale.

  • Y a-t-il au Luxembourg des associations islamiques non affiliées à la Shoura qui sont financées par des fonds étrangers ?

A ma connaissance, non. Je dois rajouter que la majorité des mosquées ont fait connaître leur volonté d'adhérer à la Shoura. Celle-ci leur a expliqué, de manière claire, que l'implication de pays étranger n'est pas souhaitée. Je parle pour les quatre associations de Wiltz, Mersch, Differdange et Rumelange avec lesquelles nous avons eu des négociations et qui voudraient adhérer à la Shoura. Selon mes informations, il n'y a pas d'association qui soit financée par un autre pays.

Toutes les grandes capitales européennes ont une mosquée mais pas Luxembourg

  • Comment font les associations pour financer leur projet de mosquée ?

La première, la mosquée de Mamer a été financée au début des années 1990 par une banque islamique établie au Liechtenstein qui était en lien avec des musulmans au Luxembourg et qui a financé l'achat de la maison. Pour la rénovation et la construction de la mosquée de Mamer nous avions aussi demandé des donations de l'étranger. Pour ce faire nous avions au préalable demandé à l'Etat luxembourgeois l'autorisation de pouvoir recevoir ces dons. Mais au final, nous n'avons jamais reçu de dons de pays étrangers. 

La mosquée de l'Association Islamique et Cultuelle du Sud (AIC-SUD) à Esch-sur-Alzette, tout comme celle du Centre Culturel Islamique du Nord (CCIN) par exemple, ont été financées exclusivement par des donations. Certes importantes de la communauté musulmane au Luxembourg ou peut-être via des dons émanant de collectes réalisées dans des mosquées en Allemagne ou en France. C'est monnaie courante, quand une association a un projet d'achat ou de construction elle envoie une documentation et lance un appel à dons.

A Diekirch, le lieu de culte du Centre Culturel Islamique Nordstad (CCINS) actuellement en construction, est exclusivement financé par des dons. Aucun pays étranger ne s'est immiscé. L'association s'est même endettée. Il faut comprendre que c'est la communauté qui finance. Soit des entrepreneurs musulmans qui font des dons en nature -en construisant par exemple un étage ou en faisant l'électricité-  ou en espèces. C'est comme cela que ça fonctionne, on s'entraide.

Faruk Licina: «Les imams sont exclusivement financés par des cotisations et des dons des membres de l'association qui les emploie».
Faruk Licina: «Les imams sont exclusivement financés par des cotisations et des dons des membres de l'association qui les emploie».
Photo: Gerry Huberty
  • Parlons de la mosquée de Bonnevoie, la plus fréquentée du pays. Elle a été financée par Qatar Charity n'est-ce pas?

Le lieu de culte du Juste Milieu à Bonnevoie a été financé par Qatar Charity mais à notre connaissance il n'y a aucune implication dans le fonctionnement de l'association de la part du Qatar.

Le Juste milieu n'a pas financé l'intégralité de son projet avec l'aide de Qatar Charity. Les musulmans au Luxembourg ont longtemps fait des collectes pour l'achat de leurs locaux. Nous avons tous participé au financement du projet à Bonnevoie.

Comme à Mamer, Le Juste Milieu a aussi demandé à l'Etat, je suppose, l'autorisation de pouvoir avoir des dons de l'étranger. Il y a évidemment des Etats qui donnent leur aval pour participer aux financements de projets mais à la condition de placer leur imam ou un de leurs hommes en position dirigeante. Nous refusons ce mode de fonctionnement qui revient à transmettre la politique d'un pays étranger au Luxembourg. Ce n'est pas possible. Si, en revanche, un pays propose son aide sans contrepartie d'implication dans le fonctionnement d'une de nos mosquées, il n'y a pas de problème.

  • Combien d'imams exercent professionnellement au Luxembourg et comment sont-ils rémunérés?

Il y a un imam contractualisé à Mamer, deux à Esch-sur-Alzette, un à Diekirch et un imam à la mosquée de Bonnevoie, ce qui fait cinq imams sous contrat. A quoi il faut rajouter l'Association Islamique de Wiltz - Luxembourg (AIWL) à Wiltz qui fait appel à un imam de Bosnie mais seulement tous les trois mois. Une seconde association islamique de Wiltz,  Centre Culturel Islamique du Nord (CCIN) emploie également un imam mais elle n'a pas encore adhéré à la Shoura.

Les imams sont exclusivement financés par des cotisations et des dons des membres de l'association qui les emploie. A quoi on peut rajouter l'aide apportée par la Shoura.

Une mosquée centrale permettra avant tout de fortifier le sentiment d'appartenance au territoire de la communauté musulmane.

  • Quelle somme touche annuellement la Shoura de l'Etat luxembourgeois et comment la redistribue-t-elle?

La Shoura a touché 461.250 euros en 2018. C'est une somme conséquente mais ce n'est même pas la moitié de ce que nous avions demandé. Une partie sert au fonctionnement de la Shoura, payer le loyer de notre local au Kirchberg mais aussi les salaires de notre secrétaire général et de notre nouveau chef du culte, Dr Rabie Fares, embauché depuis le 1er janvier 2019.

Le reste est distribué aux associations membres de la Shoura. Les associations observatrices reçoivent une somme qui est moitié aussi importante que celle reversée aux associations effectives. Je ne peux pas vous donner les montants mais ce ne sont pas des sommes énormes. Ça ne permet même pas aux associations de verser un salaire social minimum durant une année. Une petite partie permet aussi de donner un coup de pouce à des projets exceptionnels. Comme celui des scouts musulmans des Lëtzebuerger Guiden a Scouten, par exemple. 

  • La Shoura s'est restructurée depuis la reconnaissance du culte musulman par l'Etat en 2015. Quelle est son ambition aujourd'hui?

Shoura signifie «conseil» en arabe. On y envoie des représentants du culte musulman élus par la communauté musulmane. Notre communauté est jeune et en devenir. La Shoura du Luxembourg ne peut être comparée à celle d'un autre pays, elle est unique. Notre ambition est de garder et de fortifier notre unité. C'est la meilleure façon d'éviter d'être confronté aux mêmes problèmes que d'autres communautés musulmanes dans les pays limitrophes.

Une autre ambition est de construire une mosquée centrale, la grande mosquée de Luxembourg qui abritera des lieux de prière mais aussi le siège de la Shoura, donc des bureaux. Le Luxembourg est le seul pays où il n'y a pas de grande mosquée. On peut prendre les exemples de Paris, Bruxelles, Berlin,  Rome, Lisbonne, Madrid, Zagreb, Ljubljana, etc. toutes les grandes capitales européennes ont une mosquée mais pas Luxembourg !

L'une des choses que nous voulons faire aussi est de clarifier et de fortifier cette relation Etat-Shoura. Nous voulons éviter toute possible implication de divers organismes dans le pays qui voudraient construire une mosquée. Les autorités devraient alors expliquer qu'il existe un organisme qui gère le culte musulman, c'est la Shoura.

Photo: Gerry Huberty
  • Pourquoi la Shoura veut-elle construire une mosquée centrale à Luxembourg? Où en est votre projet?

Nous parlons bien d'une mosquée et pas d'un lieu de prière simplement. Actuellement, il n'y a aucune mosquée au Luxembourg mais des lieux de prière. Pour l'heure, il y a des idées mais pas encore de plans de construction. Nous voulons édifier une mosquée moderne, qui soit esthétique, avec un minaret. 

En février nous avons eu un premier entretien officiel avec le Premier ministre et ministre des Cultes, Xavier Bettel, et lui avons soumis le projet de la Shoura de construire une mosquée centrale à Luxembourg-ville. Il nous a donné son accord de principe. La prochaine étape sera de rencontrer la bourgmestre de Luxembourg-Ville. Dans une deuxième étape nous demanderons à l'Etat s'il est prêt ou non à cofinancer notre projet car les montants sont conséquents pour construire au Luxembourg ne serait-ce que pour l'acquisition du terrain. 

Nous voulons créer un siège qui soit représentatif de la Shoura et répondre à un vrai besoin de la communauté musulmane. L'association du Juste Milieu doit organiser deux prières le vendredi à Bonnevoie car elle n'arrive pas à accueillir tous les fidèles à un seul office. Ce projet les soulagera.

Une mosquée centrale permettra avant tout de fortifier le sentiment d'appartenance au territoire de la communauté musulmane. Vraiment, de se sentir fier d'être Luxembourgeois et musulman, c'est très important. Au vu de toutes les problématiques qui ont touché nos pays voisins et si le Luxembourg a un peu été touché par le problème de la radicalisation, nous avons quand même été épargnés si l'on considère ce qui s'est passé ailleurs et en sommes fiers.

Dès le départ, la communauté musulmane a ambitionné de créer une salle de prière à Luxembourg. Aucune association ne porte un nom se référant à l'étranger, toutes affichent leur appartenance territoriale luxembourgeoise et nous nous sommes dit que nous n'avions pas tort de faire ainsi. Quand on analyse la manière dont sont recrutées des personnes radicalisées, on observe que les recruteurs cherchent toujours à déraciner de leur territoire les personnes visées en leur expliquant qu'elles ne vivent pas dans "leur" pays et qu'elles sont entourées de mécréants. Et c'est pour cela que les tentatives de recrutement n'ont pas fonctionné jusqu'ici au Luxembourg.

  • Il est aussi question de créer un cimetière musulman. Racontez-nous.

Nous avons effectivement un projet de créer un cimetière musulman. Ce projet est en discussion depuis une dizaine d'années avec le gouvernement. Il existe un carré délimité au cimetière de Merl qui est réservé aux citoyens musulmans qui habitent à Luxembourg-Ville. Tout comme il y a un carré pour les musulmans au cimetière d'Esch-Lallange pour les musulmans qui vivent à Esch-sur-Alzette. Mais ça ne règle pas la question de l'inhumation de tous les autres musulmans qui habitent ailleurs. Le Premier ministre nous a assuré que le gouvernement était en train de trouver une solution au niveau national pour voir comment on va s'organiser.

Jusqu'à maintenant ça fonctionnait parce que la communauté musulmane, majoritairement bosniaque, rapatriait ses morts pour les enterrer dans les pays d'origine. Mais force est de constater que notre travail a porté ses fruits. Les musulmans du Luxembourg sont de plus en plus attachés à ce pays et ne veulent plus être enterrés ailleurs. Je parle des musulmans de deuxième et troisième génération, des musulmans qui sont venus il y a longtemps, ceux qui sont nés ici, ceux qui sont autochtones. Il nous faut trouver une solution pérenne pour tous les musulmans du Luxembourg.


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