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Folies croisées
Editorial Politik 2 Min. 23.09.2019

Folies croisées

Les attaques contre des installations pétrolières saoudiennes auraient été pilotées par Téhéran.

Folies croisées

Les attaques contre des installations pétrolières saoudiennes auraient été pilotées par Téhéran.
AFP
Editorial Politik 2 Min. 23.09.2019

Folies croisées

Gaston CARRE
Gaston CARRE
L'Iran semble devenu à nouveau le visage des plus vives inquiétudes. En vérité, les Iraniens nous inquiètent depuis 40 ans.

C'est une guerre terrible qui huit années durant, de 1980 à 1988, avait opposé l'Irak de Saddam Hussein à l'Iran de l'ayatollah Khomeini. Nous voyons deux raisons au moins de rappeler cet affrontement que l'Occident a largement oublié.

La première: l'Iran, qui aujourd'hui semble à nouveau le nom des plus vives inquiétudes, ne cesse en vérité de nous affoler depuis 40 ans, depuis une révolution islamique qui, en ranimant un orgueil perse mis à mal par les humiliations de la tutelle américaine à l'époque du chah, allait précisément nourrir les ardeurs guerrières dont les Iraniens firent montre lors de leur confrontation militaire avec les Irakiens.

La seconde : cette confrontation – un épouvantable carnage – aura été la mise en présence, cornes contre cornes, des deux grandes pathologies qui tour à tour ensuite allaient envenimer le monde. La conflagration irano-irakienne fut en effet comme une préfiguration condensée, une guerre entre une folie intégriste, qui dans ses excroissances les plus meurtrières allait déborder le cadre chiite et devenir «radicale» – et une folie nationaliste – le projet mégalomaniaque de Saddam Hussein, qui voulut réincarner la figure de Nasser en champion de la cause arabe.

L'ayatollah Khomeini désormais n'est plus, et le «raïs» irakien a connu une fin lamentable, pris dans un trou dans le sable puis pendu par une «justice» improvisée. Mais la fibre qu'il remua, le nationalisme arabe, continue de produire des effets, tandis qu'une coïncidence de l'Histoire veut qu'une même fibre sévit en notre Europe qui croyait l'avoir sectionnée, fût-ce sous la forme résiduelle d'un populo-nationalisme qui tient d'une démagogie à visées courtes plus que d'un véritable dessein.

On lira donc le rappel de cette guerre terrible, de ce «Verdun oriental» en quoi l'Irak avait jeté toutes ses forces, en quoi l'Iran jeta des enfants même, en songeant que ses charniers auront été le laboratoire des maux les plus redoutables et les plus durables. On songera, aussi, à ce qu'il en coûte à l'Occident d'ignorer, ou de mépriser, les aspirations qui étaient et qui restent à l'oeuvre. On songera à l'erreur que commet l'Amérique en faisant preuve à l'adresse des Iraniens du mépris qu'ils avaient combattu jadis en chassant son vassal le chah, et qui désormais leur revient sous les traits de Donald Trump. L'Iran n'est-il pas dangereux, demandera-t-on?

La menace nucléaire n'est-elle pas réelle? N'est-ce pas Téhéran qui en sous-main mobilise le Hezbollah aux portes d'Israël, les Houthis en guerre au Yémen, et qui par ses défis à une grande coalition israélo-américano-saoudienne pourrait ces jours-ci mettre le feu aux poudres? Mais oui, l'Iran est dangereux, réelle est son action dans la région, réelles (pour partie) sont les intentions qu'on lui prête. Mais il était possible de déjouer ces intentions, et de dégoupiller les menaces, l'Europe s'y est employée, quinze ans durant, avec un succès relatif, qui ne demandait qu'à être conforté. Trump a compromis cette avancée. Comme si les Etats-Unis sans cesse ne faisaient qu'intervertir la figure de leurs ennemis, assignant aux Iraniens aujourd'hui la fonction d'épouvantail qu'hier ils avaient dévolue aux Arabes.