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Editorial: Bouchon-boulot-bouchon
Leitartikel Politik 3 Min. 10.04.2015

Editorial: Bouchon-boulot-bouchon

Pierre SORLUT
Pierre SORLUT
On passe devant tous les jours sans vraiment s'en rendre compte. Pourtant, devant nos yeux, brique par brique, un nouveau quartier de Luxembourg s'élève et prend vie. Le ban de Gasperich.

On passe devant tous les jours sans vraiment s'en rendre compte. Pourtant, devant nos yeux, brique par brique, un nouveau quartier de Luxembourg s'élève et prend vie. Le ban de Gasperich a accueilli ses premières affaires l'année dernière avec la société d'audit PwC. Sa spin-off, Alter Domus, s'y domiciliera également sous peu, tout comme son concurrent Deloitte. Avec leurs employés, auxquels s'ajouteront peut-être ceux d'ArcelorMittal et d'autres firmes en quête de siège, ils seront in fine, selon les promoteurs, 35.000. 35.000, donc, à venir s'ajouter sur l'autoroute, connectée à l'îlot par deux axes, déjà bien chargée.

L'immobilier de bureau dans la capitale ne connaît pas la crise. Au contraire même. Puisque si les zones d'activité fleurissent en périphérie, l'attractivité de Luxembourg, où le taux de vacance demeure le plus faible (autour de 5 %), continue d'agir. Parallèlement évidemment, les axes routiers et ferroviaires s'en trouvent saturés durant les longues heures de pointe quotidiennes.

Selon la dernière étude «Quality of Work Index» réalisée par la Chambre des salariés, sur une semaine, les travailleurs frontaliers (40 % de la population salariée) passent déjà quasiment l'équivalent d'une journée, 7 heures 30, entre leur domicile et leur lieu de travail. Les résidents luxembourgeois sont un peu mieux lotis avec cinq heures passées en voiture. Mais leur temps «contraint» au travail s'élève d'autant sur base hebdomadaire.

Le lien de cause à effet est vite trouvé. Le trajet stresse de plus en plus les travailleurs. Le Liser (anciennement Ceps-Instead) analyse aujourd'hui un sondage réalisé en 2013 afin de prendre la mesure de ce facteur d'anxiété. L'un des chercheurs responsables révèle ainsi que «les résultats préliminaires tendent à montrer que plus le salarié est stressé et fatigué par son trajet, plus il est stressé au travail.» C'est donc l'entreprise qui, par capillarité, souffre de cet état de fait. Sans parler de l'environnement économique.

Ces 7h30 passées toutes les semaines dans les transports ne devraient-elles pas plutôt servir à produire ou à consommer? Ainsi de plus en plus d'entrepreneurs demandent un aménagement de l'organisation du travail pour épargner à leurs équipes ce facteur stress supplémentaire. Et par aménagement, on entend ici souvent «télétravail», une solution qui permet à l'employé d'exercer son activité, au moins partiellement, depuis son domicile ou un «tiers-lieu».

Aujourd'hui, on estime que seuls 7% des salariés sont concernés au Grand-Duché. La proportion grimpe à 20% dans les pays nordiques. Le chiffre plafonne quelque peu au Luxembourg à cause d'un cadre réglementaire peu adapté. Et ceux qui pourraient le plus être concernés par le télétravail, les frontaliers opérant dans le tertiaire, font face à des problématiques fiscale et de sécurité sociale.

D'une manière générale, pour faire la synthèse entre les juridictions en question, si le salarié travaille un quart de son temps dans son pays de résidence (Allemagne, Belgique ou France), il doit être affilié à ses systèmes de protection sociale et d'imposition, tous plus coûteux ailleurs qu'au Grand-Duché.

En somme, le casse-tête se jouera essentiellement au niveau européen, mais il nécessitera avant tout une prise en charge politique au niveau national. Et plutôt que de tout miser sur un acheminement des personnes dans la capitale, pourquoi ne pas aussi parier un peu sur une organisation différente du travail?