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Défense du secret
Leitartikel Politik 3 Min. 01.07.2015 Aus unserem online-Archiv

Défense du secret

Leitartikel Politik 3 Min. 01.07.2015 Aus unserem online-Archiv

Défense du secret

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Après l'écoute de Merkel, après l'écoute de Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, ce sont des indiscrétions des services secrets américains à l'endroit de Pierre Moscovici et François Baroin qui viennent d'être révélées par des interceptions de Wikileaks.

Après l'écoute de Merkel, après l'écoute de Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, ce sont des indiscrétions des services secrets américains à l'endroit de Pierre Moscovici et François Baroin au temps de leur exercice au ministère français de l'Economie et des Finances qui viennent d'être révélées par des interceptions de Wikileaks. Plus un jour désormais ne passe sans que de nouvelles écoutes ne soient dévoilées, et plus un jour de même sans que la démocratie ne s'en offusque dans une indignation qui, poussée ad absurdum, mène cette démocratie à compromettre les conditions de sa propre préservation.

Il ne s'agit pas ici de justifier, moins encore de légitimer la pratique des écoutes illégales – illégales par définition. Faut-il pour autant fustiger le principe même des services secrets, et réfuter au nom d'une radicalité démocratique les desseins qui les fondent? Faut-il, au vu de ses excès, de ses débordements, se priver d'une action qui fondamentalement vise à assurer notre sécurité? Certes, on ne sait par quelle aberration la NSA fut curieuse au point de se brancher sur les conversations d'une chancelière, cela est aussi condamnable que vain. Moins vaines par contre sont les écoutes visant à déjouer un attentat terroriste, écoutes qui forcément se pratiquent à l'ombre, qui elle-même se déploie aux limites extrêmes de la légalité.

Il faut savoir par les temps qui courent ce qui nous est le plus cher, de la vertu et de la sécurité. La vertu est affaire de morale, qui se dispense aisément, la sécurité est affaire de politique, un exercice plus difficile, plus ambigu, et l'on ne peut sans cesse exiger une parfaite adéquation de l'une et de l'autre. Pour le dire concrètement: les grands attentats terroristes présupposent une organisation, qui dit organisation dit communication, et il est de notre intérêt vital que quelques officines s'emploient à capter ce qui circule à travers les mille et un relais de cette communication. Tendanciellement,

et stricto sensu, un service de renseignement en son rendement idéal aurait empêché les attentats du 11 septembre. De facto, des attentats mineurs ou majeurs sont déjoués tous les jours, par des services qui par nature n'ont pas droit à la publicité de leurs prestations. Il ne fait pas de doute que nous applaudirions celles-ci si elles nous étaient rapportées, quand bien même les méthodes mises en oeuvre n'auraient pas été propres.

La vertu désormais a ses héros et ses enfants courage. Edward Snowden – on a les héros qu'on peut – est célébré comme une sorte d'Hercule dans les écuries d'Augias du renseignement américain. Bradley Manning pour sa part a dénoncé un hélicoptère US bombardant, par erreur bien entendu, des civils en Afghanistan. Or on proposera ici une affirmation strictement corollaire de ce qui précède sur le principe du renseignement: la guerre jamais n'est propre, et on ne peut à la fois prôner une intervention militaire et hurler au scandale quand celle-ci ne rend pas compte de ses «dommages collatéraux». Et ce qu'il faut admettre aussi, c'est qu'il n'y a pas d'interventions militaires sans armées, et pas d'armées sans secrets. La démocratie véritable suppose que l'on accepte ses zones d'ombre, et ceux qui en toute chose prétendent apporter la pleine lumière évoluent, en réalité, en cet extrême de la démocratie où celle-ci peut devenir dictature de la transparence.


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