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Dans l'attente du pire

Dans l'attente du pire

AFP
Editorial Politik 3 Min. 06.09.2018

Dans l'attente du pire

Gaston CARRE
Gaston CARRE
La bataille d'Idlib en Syrie a débuté, la Russie lâche ses bombes et le monde assiste à une catastrophe qui fut largement annoncée.

Il est difficile sans doute de saisir tous les tenants et possibles aboutissants du drame qui ces jours-ci se prépare à Idlib. On sait par contre la détermination du régime de Bachar al-Assad à éradiquer cet ultime bastion de l'insurrection en Syrie, et l'on sait qu'une offensive contre celui-ci pourrait faire jusqu'à 800.000 déplacés parmi les civils qui déjà vivent dans des conditions précaires, selon une estimation des Nations unies dont l'impuissance face à cette opération se résorbe dans une inlassable mise en garde quant à ses conséquences.

Ce que l'on sait aussi: c'est la Russie qui à Idlib va mener la danse, si l'on ose dire. Et pour comprendre la perception par Moscou de cette insurrection qui résiste encore à Damas, il faut se rappeler les termes en quoi son ambassadeur au Luxembourg nous avait rendu compte, il y a quelques mois, d'une précédente intervention militaire russe en Syrie.

Là, en Syrie, il n'y a pas d'insurgés, il n'y a pas de rebelles avait dit l'ambassadeur en substance, il n'y a que des «terroristes». Et la virulence avec laquelle le diplomate avait énoncé ce mot, «terroristes», nous renvoie à d'autres mots, prononcés des années plus tôt par son patron, Vladimir Poutine. Le président russe, évoquant les terroristes qui en 1999, après le déclenchement de la seconde guerre de Tchétchénie, avaient fait plus de 214 morts lors de plusieurs attentats à Moscou, avait crânement affirmé qu'il poursuivrait les tueurs... «jusque dans les toilettes».

Il y a en somme une obsession russe du terrorisme, Poutine en a fait une affaire personnelle et la parachève en Syrie, où l'armée russe va frapper sans retenue cette poche de résistance que son ministre des Affaires étrangères Lavrov a qualifiée d'«abcès» – le vocabulaire, autant que les armes déployées, disent bien la violence d'une intervention qui d'ores et déjà a débuté, l'armée russe ayant lâché mardi de premières bombes sur la province visée. Et la bataille sera d'autant plus féroce que les insurgés n'ont plus rien à perdre, la plupart d'entre eux ayant été transférés dans la région au gré des accords d’évacuation passés sous la contrainte avec Damas après la reconquête de leurs bastions, de sorte qu'Idlib constitue, pour cet «abcès» insurrectionnel, une impasse sans échappées.

L'Europe quant à elle compte les civils que ces bombes vont jeter sur les routes. Des routes menant droit vers la Turquie voisine, qui ne voudra – ne pourra – accueillir un nouveau flot de réfugiés. Ankara au demeurant reste cabré sur sa propre obsession, craignant comme la peste la formation d'une entité kurde au nord de la Syrie, et s'emploiera dès lors à protéger une partie des rebelles que la Turquie soutient, par leur transfert dans une «zone de sécurité» près d'Afrin pour occuper une terre que l'armée turque avait reprise aux Kurdes au mois de mars dernier.

Complexe? Une guerre l'est toujours, et l'épisode qui se prépare le sera tout particulièrement, dans la mesure où il implique Damas, la Russie, la Turquie et, pour compléter ce redoutable imbroglio, l'Iran qui pour sa part va prêter main-forte à Damas pour protéger ses propres intérêts. Faut-il compter d'ores et déjà les morts à venir?

Une rencontre aura lieu demain en Iran entre les présidents Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan et Hassan Rohani. Ce sera une «réunion de la dernière chance», selon une formule qui trop souvent dans l'Histoire fut un euphémisme pour une catastrophe annoncée.


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