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Briefe an die Redaktion: À quand la rue «Luxembourg Battery»?

Leserbriefe Politik 3 Min. 15.09.2014

Comme vous le savez, l'Europe commémore cette année la libération en 1944-45 par les armées alliées des pays tombés sous le joug nazi. Au Luxembourg, le souvenir de ce terrible conflit est entretenu par plusieurs monuments (Gëlle Fra, croix de Hinzert), des célébrations officielles (dont la Commémoration nationale), des expositions (permanentes ou temporaires), quelques livres et films, ainsi que par des noms de rue. Parmi ceux-ci, l'on retrouve l'Allée des Résistants et des Déportés, l'avenue du X Septembre et la rue d'Oradour. Plusieurs chefs, politiques ou militaires, ont également été honorés: Churchill, de Gaulle et Roosevelt; Patton, Bradley et Oliver.

Je pense qu'il est grand temps, 70 ans après ces événements et alors que les derniers vétérans s'apprêtent à rejoindre leurs camarades d'armes tombés au champ d'honneur, que la nation luxembourgeoise rende hommage à une unité militaire à laquelle elle doit beaucoup, la «Luxembourg Battery», en attribuant son nom à une belle rue de notre capitale.

Petit rappel: contrairement à ce qui s'était passé lors du premier conflit mondial, la Grande-Duchesse et le gouvernement ont quitté le pays dès le début de l'invasion allemande, marquant clairement qu’il n'y aurait ni compromis ni compromission avec le régime brutal de l'occupant. Même si la grande majorité des Luxembourgeois avait bien compris à travers ce geste que toute forme de collaboration volontaire avec l'ennemi constituerait un acte de trahison, rares furent ceux qui ont pris ou pu prendre les armes contre Hitler et ses hordes. Quelles qu’en fussent les raisons, la majorité des Luxembourgeois furent plutôt attentistes, et ce n'est pas à nous, leurs héritiers, de les juger 70 ans après!

Quand on sait tout cela, on admire d'autant plus ceux de nos compatriotes qui se sont battus contre l'occupant les armes à la main. Et les volontaires de la Luxembourg Battery furent de ceux-là. Cette unité était formée de jeunes Luxembourgeois, anciens de la Légion étrangère ou enrôlés de force ayant faussé compagnie à la Wehrmacht au péril de leur vie et au risque de la déportation de leur famille. Suite à un accord entre les gouvernements belge et luxembourgeois en exil, ce «troop» d'artillerie fit partie de la brigade de facto belgo-luxembourgeoise du futur général Piron et constitua la seule unité militaire entièrement luxembourgeoise luttant contre l'Allemagne. Cette brigade, relativement légère, mais très mobile et dotée d’une puissance de feu considérable, a joué un rôle important dans le cadre des campagnes de France (Normandie), de Belgique (libération de Bruxelles) et des Pays-Bas (opération Market Garden, canal de Wessem). La Grande-Duchesse Charlotte et le Prince Félix étaient très fiers de la Luxembourg Battery et lui témoignèrent toute leur reconnaissance à l'occasion de sa démobilisation le 29 juin 1945 en présence de tous les corps constitués de l'État. La Luxembourg Battery est, par ailleurs, en grande partie à l'origine de notre armée, notamment par les vocations militaires qu’elle a suscitées.

Bref, je pense que la Luxembourg Battery, par ses faits d'armes, mais aussi par la charge symbolique qu’elle véhicule – la jeunesse qui s’engage pour un monde meilleur, l'union de tout un peuple en guerre contre un régime tyrannique – a bien mérité de la nation. Quoi de plus visible, au quotidien, qu’un nom de rue? Le devoir de mémoire, mais aussi de gratitude, exige que le nom de la «Luxembourg Battery», voire celui de la «Brigade Piron», ne s’effacent pas de la conscience collective.

Guillaume Kayser,

Luxembourg

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