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Etre heureux au travail?: Une utopie réaliste
Panorama 5 Min. 18.06.2015

Etre heureux au travail?: Une utopie réaliste

Etre heureux au travail?: Une utopie réaliste

Panorama 5 Min. 18.06.2015

Etre heureux au travail?: Une utopie réaliste

Pour rester compétitive et attractive, une entreprise genevoise a fait du bien-être de ses employés une priorité. Sa réussite pourrait bien faire des émules.

Ainsi donc les Helvètes seraient les plus heureux du monde! Du moins si l’on en croit la dernière mouture du World Happiness report, parue le mois dernier et chapeautée par les Nation Unies. Mais voilà que, non contente de damer le pion aux autres pays sur le terrain de l’allégresse collective, la Suisse se pique désormais de rendre ses habitants heureux … au travail. Une entreprise genevoise a fait de l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle de ses salariés son cheval de bataille. Objet de toutes les attentions dans le monde impitoyable de la croissance économique, son succès pourrait bien être à l’origine d’un mouvement de plus grande envergure.

Les Services Industriels de Genève (SIG) – régie publique autonome qui fournit à la population locale des services tels que l’eau potable, le gaz, l’électricité, la chaleur à distance, un réseau de fibres optiques, le traitement et la valorisation des déchets et l’épuration des eaux usées – ont imaginé il y a trois ans le projet EquiLibre. L’idée est ambitieuse: repenser la manière de concevoir le lieu de travail, et le travail tout court. Au menu, horaires «à la confiance», décloisonnement de la hiérarchie et redistribution totale de l’espace. Du jamais vu au pays des banques.

A l’origine du projet, la conviction, la conviction de quelques cadres, dont Christian Brunier, devenu entre-temps directeur général des SIG. En 2011, il constate avec inquiétude que sa société de 1.700 employés compte 54 % de salariés de plus de 45 ans. «Dès lors, nous nous sommes posé la question qui fâche: pourra-t-on encore être efficace et attractif aux yeux des jeunes en continuant à fonctionner comme nous le faisons? La réponse était bien évidemment non.» Devenir attractif? Une gageure! Les SIG décident de tout faire pour appâter les talents de demain. Hors de question pour l’entreprise genevoise de se contenter de donner un coup de neuf aux locaux. Le changement sera profond ou ne sera pas.

Pour s’inspirer de ce qui a déjà été fait, une délégation se rend chez Google, chantre autoproclamé du bonheur au travail, ainsi qu’à la Sécurité Sociale belge, également précurseur dans le domaine. «Ce qu’ils ont fait en Belgique est incroyable, poursuit le directeur. Nous sommes revenus avec la certitude qu’il fallait repenser le fonctionnement même de l’entreprise. En vingt ans, le matériel utilisé a changé. Les ordinateurs sont plus petits, plus légers, aisément transportables. L’arrivée d’Internet a bouleversé le rythme de travail. La mobilité aussi devient primordiale. Et surtout, la frontière entre vie privée et vie professionnelle est en train de tomber.»

Cette volonté d’être heureux au travail, c’est justement ce qui ressort des différentes études menées dans le domaine. «Nous nous sommes aperçu au cours de nos recherches que les entreprises conservent encore aujourd’hui cette culture présentéiste qui va à l’encontre de ce que réclament les employés», confirme Claudia Senik, l’une des spécialistes internationales de l’économie du bien-être et de l’économie comportementale, professeure à l’université Paris-Sorbonne et à l’École d’économie de Paris.

«Concilier sa vie professionnelle et personnelle devient un véritable enjeu économique et social. Au-delà du salaire et de l’activité professionnelle en tant que telle, la question des conditions de travail compte de plus en plus. Des initiatives qui vont dans ce sens fleurissent un peu partout dans le monde».

Fort de ces constats, Christian Brunier propose à plusieurs services internes de servir de cobayes au projet EquiLibre. Au total, ce sont 100 personnes qui acceptent volontairement de passer en mode bonheur.

Pour ces heureux veinards, la première révolution concerne l’emploi du temps. Les voici désormais priés de ne plus «badger». Ils bénéficient d’un horaire «à la confiance», organisent en contrepartie leur temps de travail comme ils l’entendent et ont la possibilité de travailler de chez eux deux fois par semaine. Second bouleversement d’envergure: la fin des postes de travail attitrés.

On octroie un ordinateur portable, un smartphone et un casier nominatif à tout le monde, et on décide dans le même temps de limiter au maximum le recours au papier. Comble de l’autonomie, le salarié choisit désormais l’espace de travail le plus approprié en fonction de la tâche qu’il entend réaliser. Bureaux individuels pour s’isoler, bibliothèque pour se concentrer, zones de convivialité pour discuter… Le mobilier, flambant neuf, design et moins cher que l’équipement traditionnel, se veut adapté à chaque situation.

Conséquence: la hiérarchie s’en trouve profondément modifiée: «Sans bureau pour afficher leur statut, les cadres se voient contraints de prendre leur rôle de managers à bras le corps. Cette forme de décloisonnement révèle les erreurs de castings.» Christian Brunier a lui-même dit adieu à son confortable bureau de 30 m2 «sans aucun regret». Deux ans plus tard, 80 % des employés se déclarent pleinement satisfaits mais surtout les 20 % restant désirent continuer tout de même l’expérience. Et surtout la productivité a grimpé de près de 15 % en quelques mois dans le secteur analysé.

Bref, EquiLibre introduit, l’air de rien, un nouveau paradigme de travail, qui intéresse les autres entreprises de la place. Le Français Botanic a déjà annoncé sa volonté d’adapter EquiLibre au sein de ses succursales hexagonales. Et L’Etat de Genève lorgne sur le mode de fonctionnement avec intensité ces derniers mois. Pour SIG, les retombées s’avèrent tellement positives que l’expérience sera étendue à 600 employés sur 1.700. Objectif ultime: passer entièrement en mode EquiLibre.


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