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Des briquettes à base de résidus de bananes
Panorama 5 Min. 25.06.2016 Aus unserem online-Archiv
Un substitut de charbon

Des briquettes à base de résidus de bananes

La machine peut produire 24 briquettes en un cycle.
Un substitut de charbon

Des briquettes à base de résidus de bananes

La machine peut produire 24 briquettes en un cycle.
Panorama 5 Min. 25.06.2016 Aus unserem online-Archiv
Un substitut de charbon

Des briquettes à base de résidus de bananes

Yves BODRY
Yves BODRY
A Bwaise certains s’affairent à rassembler les peaux de bananes jetées par les membres de leur communauté. Les membres du «Peace Development Group» ne les voient pas comme de vulgaires déchets, mais plutôt comme une précieuse matière première.

PAR ESTHER OLUKA (THE NATION / NIGÉRIA)¶

A Bwaise, une banlieue de la ville de Kampala, certains s’affairent à rassembler les peaux de bananes (ou «matouké») jetées par les membres de leur communauté. Les bananes sont au centre du régime de la population locale, et leurs peaux finissent par milliers dans les piles d’immondices. Pourtant, les membres du «Peace Development Group» ne les voient pas comme de vulgaires déchets, mais plutôt comme une précieuse matière première avec le pouvoir de transformer leur vie, et de sauvegarder l’environnement. Ils convertissent ces peaux de banane en briquettes de biocombustible à usage domestique qui peuvent se substituer au charbon.

«Après la collecte des peaux de banane directement chez l’habitant, nous retirons tous les résidus indésirables, y compris les feuilles», explique Prossy Nankungu, le trésorier du groupe. «Ensuite, nous étendons les peaux au soleil pour quelques heures, le temps qu’elles sèchent complètement.» Une fois sèches, les peaux sont placées dans un bidon et réduites en cendres, qu’on fait ensuite refroidir dans un autre conteneur. «On ajoute alors à cette poudre un peu de farine de manioc diluée de manière à pouvoir en faire des blocs, pour finalement placer cette mixture dans une machine spéciale qui la moulera en briquettes», poursuit Nankungu. 

«Green Bio Energy» 

Leur machine a une capacité de production de 24 briquettes par cycle, douze briquettes étant vendues 1.000 Shs (0,30 dollar). Nankungu rapporte que la majorité des clients se trouvent dans la communauté. Le procédé de fabrication des briquettes requière un savoir-faire particulier, et c’est de là qu’est né le lien entre cette communauté et une entreprise sociale qui partage ses objectifs: «Green Bio Energy» (GBE). 

Depuis quelques années, GBE s’est impliquée dans des localités comme celle-ci et a formé de nombreux habitants aux techniques de fabrication de briquettes. La société invite régulièrement des groupes à suivre la formation dans ses bureaux à Bugolobi, dans Kampala, et se rend aussi directement sur les lieux de production des briquettes pour dispenser les cours. En dehors de Bwaise, BGE a formé des partenariats avec des communautés à Namuwongo, Gayaza et Kawempe. L’aventure écologique de BGE a commencé en 2011 lorsque Vicent Kienzler et Alexandre Laure, deux Français passionnés par la lutte contre la déforestation et le changement climatique, ont décidé de passer à l’action.

 «La majorité de la population de l’Ouganda utilise du bois et du charbon», fait remarquer David Gerald, directeur général adjoint de GBE. «Après avoir passé un peu de temps à voyager à la découverte du pays, ils ont commencé à concevoir des solutions et des technologies visant à sauvegarder l’énergie», se souvient le cadre. L’idée d’un combustible qui puisse se substituer au bois ou au charbon, dont les impacts environnementaux sont désastreux, est à la source de l’invention des briquettes: Kienzler, qui est ingénieur de formation, a conçu et construit la machine qui sert à leur fabrication avec des matériaux disponibles localement.

Déforestation  

Des données compilées par le World Ressources Institute montrent que les forêts de la planète ont déjà perdu 80 % de leur surface à cause de la déforestation, et l’Ouganda fait partie des pays les plus touchés. Les forêts du pays couvraient plus de cinq millions d’hectares en 1990, mais il n’en restait déjà plus que 3,5 millions en 2005. L’autorité nationale chargée de l’administration environnementale a tiré la sonnette d’alarme dans un rapport de 2008, dans lequel elle prédisait que si le rythme de la déforestation restait le même, les forêts du pays auraient totalement disparu en 2050.

 Les fondateurs de GBE sont convaincus que le fait d’éliminer la demande de bois comme combustible aura un impact important sur le problème de la déforestation. La société produit et distribue actuellement des briquettes faites de déchets et de résidus biodégradables à un large marché et à des prix abordables. Elles sont fabriquées dans une maison sur Bukerere Road, de laquelle provient la clameur de machines en plein travail. «Les matières premières les plus importantes pour nous sont la poussière de charbon et les peaux de banane séchées, que nous carbonisons avant d’en faire la fine poudre qui sert à la fabrication des briquettes», détaille Gerald.

«Nous utilisons une solution de farine de manioc qui aide à lier la poudre et à la maintenir en blocs solides. Notre principal problème est que les machines, que nous construisons avec des matériaux disponibles sur place, ont une durée de vie plutôt limitée», poursuit-il. En 2013, GBE a aussi commencé à fabriquer et à vendre des cuisinières économiques à la consommation de carburant améliorée. La société produit aujourd’hui près de 35.000 tonnes de briquettes et 2.000 cuisinières par mois. 

Les briquettes sont vendues dans différent commerces, y compris des épiceries, des supermarchés et des stations de service aux alentours de Kampala et Mbale à partir de l’équivalent de 30 centimes de dollar américain. Les sacs de 7.5 kilos coûtent 2 dollars, ceux de 25 kilos en coûtent 6, tandis que les sacs de 50 kilos se vendent à 11 dollars. Juliet Nankya, une épicière du marché Nakasero qui les utilise depuis trois ans, préfère les briquettes issues de peaux de banane parce qu’elles brûlent plus longtemps que le charbon classique.

 Plus denses, elles sont une forme d’énergie plus intense que le feu de bois, et peuvent brûler durant cinq à six heures. Malgré leur supériorité, les briquettes sont encore méconnues, et Gerald admet qu’il reste encore beaucoup de travail à GBE pour que leur usage se répande; mais il reste convaincu qu’à force de programmes de formation et de campagnes d’information, l’utilisation de briquettes finira par être largement répandue.