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„Incendie fatidique au Néolithique entre Aspelt et Hassel“

En date du 10 octobre 2014, Madame Anne Hauzeur, docteur en Archéologie des Universités de Liège et de Strasbourg, a présenté dans les locaux de l’ancienne Mairie de Frisange une conférence sur les prospections et fouilles organisées en 2012 et 2013 par le CNRA, en collaboration avec la conférencière, sur le site du Huesefeld/Plätz, à cheval sur le territoire des localités d’Aspelt et de Hassel. Ce sont les Amis de l’Histoire de la Commune de Frisange ensemble avec la Société Préhistorique Luxembourgeoise qui ont eu le plaisir d‘inviter à cette conférence et qui ont pu se réjouir de l’écho positif trouvé tant auprès de l’Administration Communale qu‘au sein de leurs membres respectifs, sans parler de l‘auditoire nombreux et très intéressé.

Fig. 1 – Auditoire et conférencière plongés dans le site rubané ‚Huesefeld/Plätz‘ entre Aspelt et Hassel (Photo: Pierre Schroeder).

Le site néolithique dont il est question était déjà connu avant que ne soient entamées les fouilles du CNRA. En effet, ce sont surtout deux historiens locaux qui ont antérieurement arpenté les champs autour des villages de Weiler, Hassel et Aspelt. Et c’est ainsi qu’au cours des décennies suivant la guerre, Emile Marx de Weiler-la-Tour ne s’adonnait pas seulement à une prospection fructueuse mais inscrivait à son compte également plusieurs publications, notamment en tant que co-auteur de l‘un ou l‘autre archéologue professionnel, publications dans lesquelles il est question de ses recherches et fouilles et des connaissances ainsi recueillies sur l’existence de communautés agro-pastorales au temps du Néolithique ancien (Rubané / bandkeramische Kultur) dans le sud-est de notre pays (réf. A).
Au cours des années du début de ce millénaire, c’est Serge Frantzen d’Aspelt qui, au cours de ses prospections pédestres, a trouvé de son côté de nombreux vestiges significatifs qu’il a portés soigneusement à la connaissance du Centre National de Recherche Archéologique (CNRA) à Bertrange.

Fig. 2 – Les sites rubanés dans l’axe Alzingen – Weiler – Aspelt – Altwies, prospectés ou fouillés par Emile Marx. [Figure reprise de l’ouvrage-référence D].

C’est un peu par suite et sur la base des découvertes récentes de Serge Frantzen, découvertes qui constituaient en quelque sorte comme un reflet des reconnaissances d’Emile Marx, que le CNRA s’est intéressé à ce site impotant et a décidé de l'explorer plus avant.
Ainsi donc, des prospections géomagnétiques furent organisées en 2012 par le CNRA et effectuées sur le site ‚Huesefeld/Plätz‘ par une société spécialisée allemande (PZP Prospektion) qui a déjà antérieurement travaillé au Grand-Duché, en particulier en menant des prospections à l’intérieur de la cour et aux environs du Château d’Aspelt.
Alors que, pour retourner à notre contexte, les fouilles justes ponctuelles d‘Emile Marx portaient jadis assez empiriquement sur environ 2,5 ha, le sous-sol allait maintenant être ‚scanné‘ dans son intérieur sur une surface complète et sans lacunes d’à peu près 13 ha, donc un terrain six fois plus étendu que la zone antérieurement fouillée.

Fig. 3 – Prospecteur ‚juponné‘ de son appareillage électronique pour sonder rangée après rangée l’aire présélectionnée. [Photo: Serge Frantzen].

La représentation, la lecture et l‘interprétation de ladite prospection par ‚scanning‘ sont vraiment une affaire de spécialistes; aussi nous contenterons-nous de ne montrer qu‘une image couleur dans laquelle nous reconnaissons, par un encadrement en bleu, les deux zones sélectionnées pour la campagne subséquente de fouilles du terrain. La structure angulaire du haut, dans le secteur nord de Hassel ‚Plätz‘, laissait reconnaître les plans d’au moins sept bâtiments typiques du Rubané, alors que la structure rectangulaire en oblique du bas, dans le secteur sud d’Aspelt, aurait pu potentiellement indiquer la présence d‘une nécropole.
Or, les nécropoles rubanées étant plutôt chose rare, la fouille dans ce coin particulier s’imposait d’office comme celle avec le plus grand attrait.

Fig. 4 – Représentation de la prospection géophysique montrant dans des cadres en bleu les deux zones choisies pour mener la campagne des fouilles. [Figure reprise de l’ouvrage-référence C)].

Les points estimés prometteurs ayant ainsi été fixés, le travail de décapage du sol à la pelle mécanique pouvait commencer. C’est ainsi que du 19 août jusqu’au 13 septembre 2013, les sondages furent entrepris par le CNRA, ceci sous la direction scientifique d’Anne Hauzeur mandatée par l’entreprise Paléotime, avec la collaboration de François Valotteau du CNRA et l’intervention d’une équipe de fouilleurs de la S.A. Archéo Constructions.
Le décapage consistait en des passes fines successives jusqu’au niveau de lisibilité des structures si ce n’est jusqu’à l’apparition de la roche.

Fig. 5 – Rétro-pelle de 7 tonnes équipée d’un godet lisse de 1,50 mètre de largeur. [Photo: Serge Frantzen].

Le résultat de cette fouille était en fait un peu déconcertant et peut se résumer comme suit:
- Dans le secteur nord, côté Hassel, deux maisons ressortissant nettement de l’image de la prospection géophysique s’étaient imposées d’office comme objets de fouille. À l’ouverture de trois tranchées on s’est toutefois vite rendu compte que le sous-sol était à cet endroit érodé au point de ne plus retrouver des plans de maison, abstraction faite de quelques trous de poteaux et de traces d‘une maison autre.
- Dans le secteur sud, côté Aspelt, les marques repérées par prospection comme nécropoles potentielles se sont avérées être des zones de terre brûlée entremêlée de traces d’arbres et de racines carbonisées, composition ayant en quelque sorte faussé le sondage géophysique tel que programmé.
Ainsi donc l’adéquation entre la lecture de traces virtuelles relevées par prospection géophysique et la nue réalité du résultat de fouille s’est-elle vue chamboulée par la présence des résidus d’un important incendie préhistorique dont rien n’était connu au préalable. D’un autre côté, on a enregistré la présence de maisons, dont l’existence n’était même pas soupçonnée. Aussi le titre „Fouille virtuelle et réalité archéologique“ publié par Anne Hauzeur dans la revue -„Notae Praehisticae“- sur le site Huesefeld/Plätz est-il plus que symptomatique à ce sujet. D’ailleurs pour qui voudra connaître de plus amples détails sur le Rubané en général et le site d‘Aspelt/Hassel en particulier, il suffira de consulter les ouvrages cités dans le présent rapport.

Fig. 6 – Vue sur un secteur décapé dans lequel on reconnaît, d’un côté, - en surface et en profondeur - des plages noirâtres provenant de l’incendie et, d’un autre côté, le marquage rouge de structures de maison. [Figure reprise de l’ouvrage-référence B].

L’archéologie ne serait pas l’archéologie si elle ne cherchait pas, envers et contre tout, à tirer de tels avatars des connaissances qui n’ont pas été visées à priori. Tel est également vrai pour le chantier du Huesefeld qui en fin de compte a pourtant livré pas mal de connaissances et a fourni des témoignages d’époque sous forme de mobilier lithique en silex, comme surtout grattoirs, éléments de faucille et quelques rares lames d’herminette et fragments d’hématite. Tout ce mobilier archéologique récolté est d‘une grande homogénéité typo-chronologique se situant dans le Néolithique ancien. Pour ce qui est des fragments de poterie recueillis, on peut se contenter ici de dire qu’une stylistique ancienne prédomine et se situe dans une phase moyenne de la culture du Rubané. Un échantillonnage de mobilier archéologique du Néolithique ancien a d’ailleurs fait l’objet de notre exposition montrée le même soir de la conférence. Le pousse-café de toute la fouille a pu être la découverte d’un fragment de bois de cerf (andouiller, donc extrémité de la ramure). Cette découverte, tout comme les prélèvements de pollens et de restes carbonés sont en cours d’analyse et permettront de tirer des conclusions sur le passé lointain d’Aspelt et de ses environs.

Fig. 7a – Exemple d’un ensemble de fragments de poterie du Huesefeld. [Figure reprise de l’ouvrage-référence D] et Fig. 7b – reconstitution d'un gobelet contemporain d'un autre type. et - [Foto René Neyen].

Enfin, tous ceux qui ont été impliqués dans ces fouilles ont encore pour un moment du pain sur la planche, tant pour ce qui est de l’aspect purement archéologique, que de la compréhension et suppression future des ‚excentricités‘ du sondage géomagnétique et non en dernière ligne les interrogations sur le fameux incendie, notamment la date de l’évènement ou de la catastrophe, suivant qu’il s’agissait d’un déboisement ou essouchage de terrain par un feu contrôlé ou d‘un incendie involontaire ou pourquoi pas intentionnel ou malveillant.
Ce n’est pas que les Amis de l’Histoire locaux voudraient voir la date de naissance de leur village d‘Aspelt, qui est attestée officiellement au 18 mai de l’année 963 et a été dûment fêtée l’année passée, reculée de quelque six mille années en arrière. Toujours est-il que le village ‚rubané‘ avoisinant du Huesefeld, avec son étendue estimée à environ 6-8 hectares, a certainement été habité pendant une période prolongée aux environs de 5000 avant Jésus-Christ, on serait curieux de voir cerner cette période au plus juste et savoir combien de gens ont pu y habiter.
Evidemment la conférence de Mme Anne Hauzeur ne pouvait constituer qu‘un cadre des plus propices pour une exposition sur le Rubané. Ceci d‘autant plus qu‘à côté d’un peu de documentation, dont le livre de Mme Anne Hauzeur sur „Le Rubané au Luxembourg“, tous les objets de l’exposition étaient des pièces provenant de l’aire montrée sur la figure 2 et furent mis à disposition pour cette soirée d’un côté par Serge Frantzen et d’un autre côté par le CNRA auquel a été légué l’importante collection amassée pendant de longues années par Emile Marx. Monsieur François Valotteau du CNRA a personnellement aidé à sélectionner les pièces les plus belles et représentatives et à les exposer de façon muséale dans nos quatre vitrines.
Conférence et exposition ont laissé une impression très profonde et durable à tous les visiteurs et tous seront certainement de nouveau au rendez-vous le jour où seront disponibles les résultats de toutes les analyses actuellement encore en cours et où la synthèse finale de cette campagne de fouille pourra être présentée par le CNRA et ses collaborateurs.

Fig. 8 – Vue dans l‘une des vitrines de l’Exposition. (Photo: Pierre Schroeder).

BIBLIOGRAPHIE:
A) GOLLUB S. et MARX E. 1974. Jungsteinzeitliche Siedlungen der bandkeramischen Kultur bei Weiler zum Turm (Weiler-la-Tour). Publication de la Section Historique de l’Institut Grand-Ducal de Luxembourg. 88. 247 -287.
B) HAUZEUR A. et VALOTTEAU F. Fouille virtuelle et réalité archéologique. Le cas du site rubané d’Aspelt <Huesefeld> et <Hassel – Plätz> (communes de Frisange et Weiler-la-Tour, LU). Notae Praehistoricae. 33. 43-53.
C) HAUZEUR A. et VALOTTEAU F. Une importante implantation villageoise des premiers agriculteurs néolithiques à Hassel-Aspelt : résultats de la campagne de fouille 2013. Archaeologia Luxemburgensis. No. 1 – 2014. Pages 19-28
D) HAUZEUR A. 2006. Le Rubané au Luxembourg. Contribution à l’étude du Rubané du Nord-Ouest européen. Dossiers d’Archéologie du Musée National d’Histoire et d’Art Vol.X et Etudes et Recherches Archéologiques de l’Université de Liège. Vol 114.

Pour le compte des Amis de l’Histoire de la Commune de Frisange :
René Neyen et Serge Frantzen.

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