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Tami, 14 ans: «Je suis éprouvé de guerre»
Lokales 1 6 Min. 04.05.2017 Aus unserem online-Archiv
Un jeune réfugié afghan témoigne

Tami, 14 ans: «Je suis éprouvé de guerre»

Un jeune réfugié afghan témoigne

Tami, 14 ans: «Je suis éprouvé de guerre»

Lokales 1 6 Min. 04.05.2017 Aus unserem online-Archiv
Un jeune réfugié afghan témoigne

Tami, 14 ans: «Je suis éprouvé de guerre»

Maurice FICK
Maurice FICK
«Non, l'Afghanistan n'est pas un pays sûr» et c'est pour ça que Tami l'a quitté. L'adolescent qui a «traversé des déserts et des mers» au péril de sa vie pour trouver asile au Luxembourg a fui son pays parce qu'il «est éprouvé de guerre».

Par Maurice Fick

«Non, l'Afghanistan n'est pas un pays sûr» et c'est pour ça que Tami l'a quitté. L'adolescent a «traversé des déserts et des mers» au péril de sa vie pour trouver asile au Luxembourg, a fui son pays parce qu'il «est éprouvé de guerre» comme il dit. Tami (son prénom a été volontairement modifié pour notre reportage) a choisi de raconter en vidéo son Afghanistan et son exil. Un témoignage bouleversant.

Un petit sourire en coin de lèvres, de grands sourcils noirs qui me remercient d'être venu, Tami apparaît pile à l'heure dans la cour du foyer pour réfugiés mineurs de Luxembourg où nous nous sommes donné rendez-vous. Il m'accueille dans «sa maison», comme il dit. Depuis septembre 2016, il vit là, en compagnie de son frère aîné et d'une dizaine d'autre mineurs non accompagnés qui ont, pour la plupart, fui l'Afghanistan. 

«Ils ont entre 14 et 17 ans et sont tous assez autonomes», reconnaît d'emblée Jean-Marie Kirchen, le responsable du foyer doté d'une équipe de huit éducateurs et aides-éducateurs. Jean-Marie Kirchen se tourne vers Tami et me raconte comment «ces jeunes sont impatients de s'adapter» tout en soulignant qu'«il y a quand même des différences culturelles» qui nécessitent doigté et compréhension pour vivre ensemble.

«Dans mon lycée beaucoup de jeunes pensent que les réfugiés sont très dangereux! Tout comme j'ai entendu beaucoup de gens disant que Kaboul c'est une ville sûre!» Tami a tenu à témoigner du contraire.
«Dans mon lycée beaucoup de jeunes pensent que les réfugiés sont très dangereux! Tout comme j'ai entendu beaucoup de gens disant que Kaboul c'est une ville sûre!» Tami a tenu à témoigner du contraire.
Photo: Maurice Fick

«Dans mon lycée beaucoup de jeunes pensent que les réfugiés sont très dangereux! Tout comme j'ai entendu beaucoup de gens disant que Kaboul c'est une ville sûre!», lance Tami sans hausser le ton mais en soulignant l'absurdité des propos dans un haussement de sourcils. Des amalgames et des contrevérités que Tami, l'enfant afghan qui se débrouille déjà plutôt bien en français, «n'aime pas». Il veut dire qu'il «ne supporte pas». Lui-même étant victime de l'interminable situation explosive dans laquelle il a grandi. Sans doute trop vite, comme en témoigne une maturité et un recul inouïs pour une tranche de vie si courte.

«J'ai été forcé de vivre comme ça. Mais j'ai peur de la guerre»

A 14 ans, «je n'ai jamais vu mon pays sans guerre», pose l'adolescent. Pour le raconter et «pour qu'on ne renvoie plus des réfugiés dans leurs pays mais qu'on leur donne une chance de vivre ici», Tami a choisi de fabriquer deux vidéos. La première intitulée «L'Afghanistan n'est pas un pays sûr» est un enchaînement d'images dégotées sur internet qui défilent sur un doux fond de piano. Après une description sommaire du grand pays montagneux qui compte 34 provinces et 32 millions d'habitants, suivent des images de cadavres ensanglantés, de carcasses en feu, d'explosions et d'autres atrocités. Des images insoutenables que je ne peux pas publier ici. Tami comprend bien. Mais lui, c'est ce qu'il a vécu là-bas.

A 14 ans, Tami «n'a jamais vu son pays sans guerre».
A 14 ans, Tami «n'a jamais vu son pays sans guerre».
Photo: AFP

«Il y a beaucoup de gens en Europe qui n'ont jamais vu une arme. Nous, nous en voyons tous les jours. Chaque heure, chaque minute, chaque seconde, nous voyons des armes», commente Tami. Son calme rend le message encore plus poignant. «Mon peuple attend toujours une mauvaise nouvelle, il vit dans la crainte d'une nouvelle explosion, d'un nouveau combat», sait trop bien le jeune Tami qui a bien des fois fermé la porte de chez lui le matin en se demandant s'il la repousserait le soir en rentrant. «J'ai été forcé de vivre comme ça. Mais j'ai peur de la guerre. Je suis éprouvé de guerre. Stop! Stop! Stop!»

Cette vidéo «C'est sa façon de digérer un peu son vécu», glisse le responsable du foyer. La vidéo a fait mouche. Lors de l'inauguration du foyer pour réfugiés mineurs non accompagnés en novembre 2016, deux ministres, Claude Meisch, ministre de l'Education nationale, et Corinne Cahen, ministre de la Famille et de l'intégration, l'ont visionnée sur demande de Tami. «La ministre avait des larmes aux yeux», se souvient-il. Comme son cœur d'enfant a pleuré aussi d'avoir laissé derrière lui tous les siens. Lorsque je tente d'aborder le sujet, il me fait pudiquement comprendre que ce n'est pas son vécu qui prime mais c'est celui de tous les jeunes Afghans, Erythréens, Syriens, Irakiens, etc. qui fuient les zones de conflits.

Tami raconte «la route de la mort» en images

La seconde vidéo titrée «Route vers l'Europe» raconte le long périple que font «tous les réfugiés qui viennent ici et qui ne mesurent pas tous les risques qu'ils prennent. C'est la route de la mort», explique Tami. Il l'a prise et reconstituée en vidéo, avec des images en partie fournies par d'autres réfugiés qu'il connaît, pour nous expliquer le long chemin de l'exil:

Afghanistan, Pakistan, Iran, Turquie, Grèce,... la liste des pays traversés - à pied, en pickup, train ou sur un bateau pneumatique surpeuplé - par le garçon de 13 ans est longue et éprouvante. Il lui a fallu 33 jours pour parvenir au Luxembourg «en traversant des déserts et des mers» dont une vingtaine pour se rendre d'Afghanistan en Iran.

Tami ne parle pas de privations ou de maux mais se rappelle bien du déphasage de son horloge biologique: «A 3 heures du matin, nous nous mettions en route pour nous rendre à pied en Iran. Pour les réfugiés, les nuits et les jours, c'était la même chose».

Plus tard, Tami me racontera, toujours sans se plaindre, qu'en neuf mois, il a changé cinq fois d'adresse au Luxembourg. Arrivé d'Allemagne, il a d'abord été recueilli dans le Hall 6 de Luxexpo, le centre d'hébergement d'urgence pour réfugiés primo-arrivants au Kirchberg. Les deux frères ont ensuite été logés au foyer d'accueil de l'ancien Monopol à Gasperich, puis envoyés à l'ancien Centre de logopédie à Strassen avant de dormir au foyer Lily Unden, un centre de premier accueil pour demandeur de protection internationale au Limpertsberg.

Au détour de notre conversation, l'adolescent athlétique m'avoue «ne pas pouvoir vivre sans foot». Depuis six mois, il joue au poste d'attaquant dans un club de la capitale et rêve du Real Madrid, son club de cœur.  Le jour où nous nous sommes vus, Tami a choisi de ne pas aller à son entraînement. Un vrai sacrifice pour un adolescent mordu. Mais il était encore plus vital pour lui, de témoigner. Et puis «vous savez, ils se font beaucoup de soucis pour eux et leur futur mais aussi pour leurs familles qui sont restées», glisse le responsable du foyer.

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