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Réseau Psy, trente ans de sourires

Réseau Psy, trente ans de sourires

Photo: MSAN
Lokales 6 Min. 21.05.2018

Réseau Psy, trente ans de sourires

Léna TISSREANT
L'association Réseau Psy, qui accompagne le quotidien des personnes adultes en souffrance psychique, a fêté sa trentaine autour d'ateliers de formation, d'une galerie d'art et d'une programmation musicale. Une journée festive célébrée dans la joie et les sourires des invités.

Vendredi 18 mai, l'association Réseau Psy fêtait ses trente années d'existence sous le soleil, la joie et les sourires des invités présents. «Maintenant je ne suis plus seule, je vis mieux, j'ai une belle vie dans un appartement en communauté», confie une habituée de l'association. Au sein de Réseau Psy, ce sont les patients qui en parlent le mieux.

Créé en 1987 avec la volonté de développer quelque chose en dehors des hôpitaux, Réseau Psy – Psychesch Hëllef Dobaussen est un service de psychiatrie extrahospitalier se référant au modèle de psychiatrie sociale. L'association accompagne les personnes adultes en souffrance psychique en leur offrant de l'aide quotidienne. Plusieurs services sont mis à la disposition des patients et notamment un suivi médical et social dans différents centres et structures. «Il faut arrêter de cacher sa maladie, arrêter d'être dans le déni. On peut s'en sortir et être heureux», confie tout sourire une patiente de l'association.

Chaque année, l'association accueille entre 300 et 400 personnes dans ses services selon Erik Ceusters, chargé de direction de Réseau Psy. Mais les demandes sont tellement nombreuses que l'équipe médicale est obligée de procéder à une sélection de ses patients sur plusieurs critères comme la situation mentale mais aussi la situation financière. Les services offerts par Réseau Psy sont gratuits, leur accès est donc réservé aux malades qui n'ont pas les moyens d'intégrer un centre privé.

Le social comme point de départ

Au Luxembourg, l'accent reste mis sur les hôpitaux psychiatriques car ils ont plus de financements et plus de possibilités. «L'association a été créée dans un contexte où l'on cherchait des alternatives aux soins de santé mentale donnés en hôpital», explique Erik Ceusters, en appuyant le fait qu'au sein des services de l'association les décisions sont prises en équipe.

«La psychiatrie sociale se focalise sur le social de la personne pour réduire sa maladie, c'est en ça qu'elle se différencie de la psychiatrie médicale», poursuit Erik Ceusters. Le point de départ dans l'aide apportée aux malades est le social. Le but est de mettre l'accent sur ce qui va bien, de faire en sorte que la maladie ait moins d'impact dans la vie.

Conventionnée depuis 2008 par le Ministère de la Santé et la Caisse Nationale de Santé qui ont apporté un financement, l'association a pu développer un service de logement et créer d'autres services comme celui de la parentalité récemment. Décomposé en plusieurs services et centres comme la Villa Reebou ou l'Oppen Dir, Réseau Psy accompagne les patients dans leur quotidien en fonction de leur situation.

«Être présent, pour eux c'est déjà beaucoup», sourit l'éducateur Azzedine Louktoub, qui travaille depuis quatre ans pour Réseau Psy. Au centre de la Kasparhause, une maison d'accueil et de rencontre, c'est le quotidien des malades qui est facilité. En effet, les patients peuvent venir manger ou laver leur linge , mais aussi et surtout rencontrer des gens, échanger et se faire des amis. «On essaye au maximum de développer des outils pour eux, pour alléger leur quotidien et surtout pour faciliter l'intégration dans la vie de tous les jours», explique fièrement l'éducateur.

«Je dessine pour soulager mes douleurs»

Dans le cadre de la trentaine de Réseau psy, le photographe Tim Battin s'est engagé dans un projet de photos portraits et de témoignages. Sur un mur blanc, sont affichés des portraits en noir et blanc. Le photographe souhaitait voir le visiteur passer outre les clichés de la maladie : «Les petits témoignages spontanés, les petits regards dans l'intimité de ces personnes, contribuent à mettre l'être humain au premier plan et non les clichés qui sont facilement associés à la maladie psychique», précise l'artiste avec beaucoup de générosité.

Face aux photographies, des dessins sont accrochés ou suspendus à travers la pièce. Ce projet, nommé le «Projet mosaïque», est réalisé par les patients de Réseau Psy. «Je dessine pour soulager les douleurs psychiques de ma maladie. C'est ma propre thérapie que je fais moi-même», explique joliment un des dessinateurs. Dans un certain esprit de communauté, ces dessins qui forment un tout, montrent qu'au sein de l'association des amitiés ont été nouées avec le temps et qu'au jour le jour chacun apporte sa pierre à l'édifice.

«Je me suis rendu compte que je n'étais pas seul»

Pour son trentième anniversaire, Réseau Psy a invité les associations REV France (Réseau français sur l'entente de voix) et son homologue allemand Netzwerk Stimmenhören. Tout au long de la journée, étaient organisés des ateliers de formation destinés aux malades. «Ce genre d'association n'existe pas au Luxembourg, et notre but est de montrer aux personnes concernées par l'entente de voix qu'elles peuvent faire quelque chose. Mais l'initiative doit venir d'elles», justifie Erik Ceusters.

Selon REV France, les entendeurs de voix représenteraient entre 7 et 14% de la population mais entre 1 et 2% d'entre eux ont un suivi en psychiatrie. Vincent Demassiet, directeur de l'association et entendeur de voix, accompagné de sa «petite sœur de cœur» Murielle, témoignaient aux patients de Réseau Psy pour les encourager à créer des groupes de parole au sein de l'association.

«Si je témoigne ici, c'est parce qu'on m'écoute. Ailleurs on me prendrait pour une folle», commence Murielle la voix chevrotante. Avec une grande émotion, elle et Vincent se confient à l'assemblée attentive devant eux. Violés pendant leur jeunesse, ils vivent en tant qu'entendeur de voix. Ils ont appris à les maîtriser au quotidien et à vivre avec grâce au groupe des entendeurs du REV France. Avec persuasion, Vincent Demassiet insiste sur le fait que les voix sont la conséquence de traumatismes vécus dans l'enfance et l'adolescence, lien rarement établi selon lui dans les diagnostics.

Ces groupes de parole de REV France ont apporté des solutions, des écoutes pour Vincent et Murielle. «Je me suis rendu compte que je n'étais pas seul», raconte Vincent lorsqu'il évoque la première fois qu'il a intégré un groupe d'entendeurs. Ils racontent que le groupe d'entendeurs apportent des techniques au quotidien.

A titre d'exemple, ils expliquent qu'il leur arrivent de prendre leur téléphone dans la rue pour «engueuler nos voix sans être pris pour un malade». Cette anecdote fait rire la salle. Vincent finit son témoignage : «On est plus forts que quiconque car malgré tout ce qu'on a vécu, on est encore là aujourd'hui» avant de conclure avec conviction «N'oubliez pas que vous pouvez être heureux».

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