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Charlemagne: "Enseigner le luxembourgeois: c'est du bon sens"
Lokales 11 7 Min. 25.10.2018 Aus unserem online-Archiv

Charlemagne: "Enseigner le luxembourgeois: c'est du bon sens"

Pour l'instant, il s'agit d'un enseignement identique pour tous les écoliers mais avec le temps, le cours de luxembourgeois va s'adapter aux progrès des enfants.

Charlemagne: "Enseigner le luxembourgeois: c'est du bon sens"

Pour l'instant, il s'agit d'un enseignement identique pour tous les écoliers mais avec le temps, le cours de luxembourgeois va s'adapter aux progrès des enfants.
Photo: Gerry Huberty
Lokales 11 7 Min. 25.10.2018 Aus unserem online-Archiv

Charlemagne: "Enseigner le luxembourgeois: c'est du bon sens"

Virginie ORLANDI
Virginie ORLANDI
L'école Charlemagne vient de se lancer dans une expérience qui n'a encore jamais été réalisée au Luxembourg par une école francophone: enseigner la langue luxembourgeoise aux élèves dès les classes de primaire.

Un long bâtiment blanc sous les arbres couleur d'automne et quelques enfants qui prennent en rang le chemin des salles de classe, l'école Charlemagne est la plus petite structure francophone du pays et bien qu'elle existe depuis neuf ans, elle n'entend pas grandir pour autant.

"Notre seul rêve est de rester petit", nous confie Christian Moufle, président du Conseil d'administration et un des membres fondateurs de l'école, dans la petite salle de gymnastique transformée en bureau le temps de la rencontre. "On veut prendre exemple sur le Luxembourg: rester flexible et pragmatique et, surtout, être au service des enfants".

L'image est bien trouvée puisque l'école vient de se lancer dans une expérience qui n'a encore jamais été réalisée au Luxembourg par une école francophone: enseigner la langue luxembourgeoise aux élèves, dès les classes de primaire.

Et alors que l'école primaire du campus Vauban, bien installée dans son gigantesque bâtiment de Gasperich, vient d'introduire un renforcement de l'enseignement de l'allemand et de l'anglais dès la maternelle et d'ouvrir deux sections internationales dans ces deux mêmes langues ; l'école Charlemagne, abritée dans une partie des locaux de Walferdange du ministère de l'Education nationale, a décidé de faire la part belle à la langue de son pays d'accueil, le Luxembourg.

"Sur le plan éducatif, cela nous a semblé tout à fait cohérent", commence Aude Libert, enseignante et directrice de l'établissement. "On ne peut pas aimer ce qu'on ne connaît pas et, de fait, apprendre aux enfants le pays qui les accueille est devenu au fil du temps une évidence pour nous".

"Il nous semble normal que nos enfants puissent communiquer et comprendre à quel point ce pays a joué un rôle important dans ce que nous vivons tous les jours et qui se nomme: l'Europe", renchérit Capucine Mulliez, parent d'élève et membre du conseil d'administration de l'école.

"Former la communauté française de l'éducation avec tout le monde"

Quelques heures avant cette rencontre, l'ambassadeur de France, Bruno Perdu, recevait les acteurs du système éducatif français au Luxembourg et insistait sur l'importance de "former la communauté française de l'éducation avec tout le monde".

L'enseignement en langue française connaît de plus en plus de succès dans le pays et le campus Vauban atteindrait, d'ailleurs, sa capacité maximale dès l'année prochaine, soit près de 3.000 élèves. L'ouverture des classes francophones et internationales publiques à Differdange et Junglinster donne néanmoins un peu d'air même si les places sont de plus en plus prisées.

Mais face à cet engouement, Charlemagne souhaite rester petit en ne dépassant jamais l'effectif de 150 élèves. Actuellement, l'école compte 109 élèves qui évoluent dans un programme où l'on travaille sur l'enfant et non sur le groupe: "Nous voulons faire de l'artisanat et non de l'industrie", précise Christian Moufle.

Et ce travail orienté vers l'élève comprend depuis septembre, l'enseignement du luxembourgeois dès le CE1 (enfants de 7 ans, ndlr) à raison de 40 minutes par semaine et par classe.

"C'est un début, nous lançons une expérience et tous les enfants quel que soit leur âge débutent au même niveau. Nous ajusterons la fréquence et la durée des cours en fonction des premiers constats et résultats", précise Aude Libert.

Comment le luxembourgeois est-il enseigné aux enfants?

L'école a embauché en début d'année une enseignante spécialement dévolue à la matière. Elle est traductrice et professeur indépendant. Le projet de ce nouveau cours a été d'ailleurs construit avec elle car il s'agit là d'une nouveauté pour l'école Charlemagne.

"Le professeur de luxembourgeois est une vraie Luxembourgeoise du XXIe siècle", s'amuse Christian Moufle. "Elle est luxembourgeoise d'origine indienne, elle parle plusieurs langues et reflète le multiculturalisme du pays. On attend d'elle qu'elle nous prenne par la main et nous propose des moyens de faire aimer cette langue à nos écoliers".

L'enseignement porte autant sur la langue que sur l'histoire du pays. Et à la fin de l'année scolaire, les enfants seront capables de reconnaître le drapeau, les bâtiments importants et les fêtes traditionnelles du pays comme cela se fait déjà à l'école Fondamentale où  Buergbrennen, Liichtmëssdag ou Sprang procession n'ont plus de secret pour les écoliers.

"Au cours de son histoire, le Luxembourg a été la propriété de quasiment toutes les nationalités présentes à l'école", reprend Christian Moufle. "Nous avons donc demandé au professeur d'enseigner l'histoire du pays en commençant par les quotes-parts étrangères de sorte que les enfants comprennent que ce pays s'est fait, aussi, avec eux. Un bout d'ici, c'était un bout de chez nous avant".

Un point de vue que Capucin Mulliez enrichit: "Et il nous a semblé également important de faire comprendre aux enfants où ils sont, à quel pays ils appartiennent en faisant le lien entre hier et aujourd'hui".

"Choisir, c'est renoncer"

Mais avant de mettre en place ces cours de luxembourgeois, les enseignants et les parents se sont posé bien des questions, comme l'explique Aude Libert:

"Choisir, c'est renoncer. Et nous avons fait le choix du luxembourgeois au détriment de l'allemand que nous n'enseignons plus. Nous les alphabétisons avec la méthode syllabique et non globale, c'est-à-dire que les enfants apprennent la composition du mot même et non le mot en lui-même. Une méthode très structurante cognitivement. Nous n'avons donc plus besoin d'une langue étrangère comme l'allemand pour former l'esprit de nos élèves".

Pour les enseignants et les parents, une double contrainte s'impose: celle d'intégrer linguistiquement les enfants dans la société luxembourgeoise et celle de leur permettre de s'intégrer par la suite à l'étranger, notamment en France. C'est pourquoi, en parallèle, la langue anglaise a été introduite également dans ces mêmes classes.

"Nos élèves ne poursuivent pas leur scolarité dans le secondaire luxembourgeois", complète Aude Libert, "un tiers va à Sainte-Sophie, un tiers poursuit à Vauban et un tiers se dirige vers la France ou la Belgique pour le collège. L'anglais est donc très important pour la poursuite de leur scolarité. Notre système éducatif est tellement éloigné de ce que l'école luxembourgeoise propose que les parents ne pensent pas à faire poursuivre leurs enfants dans ce cursus".

Le choix a néanmoins été cornélien comme l'explique  Christian Moufle: "Cela a donné lieu à un véritable débat de fond au sein du Conseil d'administration car c'est un sujet de société d'envergure. Nous avons estimé que le relief que mettent tous les partis politiques dans ce pays à l'intégration des résidents étrangers était un sujet que nous devions prendre en compte si nous voulions vraiment nous intégrer. Nous sommes convaincus que nous donnons aux enfants un atout supplémentaire en leur enseignant le luxembourgeois".

On a compris le message et on l'applique en faisant du luxembourgeois un enseignement obligatoire dans notre école.

Une réponse à l'aide reçue

Après l'accord du Conseil de gouvernement, l'école a ouvert ses portes en septembre 2010 dans l'enceinte de l'école Henri VII au Limpertsberg, puis elle a déménagé dans des locaux situés sur le site Edupôle à Walferdange en 2015. Depuis, l'école est hébergée par le ministère de l'Education nationale et détient un bail d'une année qui a déjà été reconduit plusieurs fois.

Elle est néanmoins à la recherche d'un terrain pour construire son propre bâtiment: "Comme toutes les autres écoles privées, nous sommes reconnaissants au Luxembourg de nous aider financièrement et nous y voyons une vraie attention et une vraie confiance, surtout depuis ce qui nous est arrivé en 2017. C'est un juste retour des choses que nous fassions de la langue luxembourgeoise une partie de notre enseignement", reprend Christian Moufle. "Depuis neuf ans que l'école existe nous avons économisé suffisamment d'argent pour financer un tel achat, il nous faut juste un terrain en périphérie de la capitale car c'est là que se trouvent les familles de nos élèves. L'idéal serait qu'un bourgmestre nous mette à disposition une école désaffectée.", conclut le président du Conseil d'administration.

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