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Un voyage en bleu et blanc
Lifestyle 5 Min. 04.07.2018

Un voyage en bleu et blanc

Vue panoramique sur la mer depuis le village en bleu et blanc de Sidi Bou Saïd.

Un voyage en bleu et blanc

Vue panoramique sur la mer depuis le village en bleu et blanc de Sidi Bou Saïd.
Photo: Pierre Wiame
Lifestyle 5 Min. 04.07.2018

Un voyage en bleu et blanc

La Tunisie post-révolutionnaire retrouve des couleurs. La médina classée de Tunis, les ruines de l’antique Carthage et la carte postale en bleu et blanc de Sidi Bou Saïd nous ont enchantées.

par Pierre Wiame

Tunis, dans un palace essoufflé de l'avenue de France. L'entrée de la médina est à quelques foulées. Nous sommes à l'une des portes d'une vieille ville lustrée par des siècles de piétinement et classée au patrimoine mondial de l'Unesco. Le voyage a commencé là, dans l'éblouissement des anciens immeubles blancs de cette avenue ombragée de ficus tirés au cordeau, embouteillée de taxis jaunes klaxonnants, vibrionnante de ses chalands et de ses petits cafés. Le gargouillant marché aux poissons et aux légumes frais du jour, qu’il faut voir une fois dans sa vie, est juste en face. La palpitation d'une vieille époque aux relents coloniaux est délicieuse à ressentir. Nous ne sommes pas loin de l'ambassade de France, protégée de blindés comme en état de guerre. Or, les plus proches boulevards du centre regorgent de terrasses frétillantes et bondées s'adonnant à la pause café. Aucune tension n’est perceptible. Le tourisme a repris, timidement mais sûrement.

Nous suivons notre guide, Hamadi Ben Abdesslem, dans les ruelles effervescentes de cette médina de Tunis qui a tout vu. S'y exhale une sensualité attendue mais toujours incroyable. Le bazar multicolore agresse presque les yeux, l'extrême marchandisation donne le vertige. Comme dans tous les pays arabes, les boutiquiers de la médina, bien que serrés comme des sardines, sont des orfèvres de l’art d’être commerçant. Les étals sont pleins à craquer. Les parfums s’entrechoquent. Dans des réduits minuscules bourrés d’âme, les flacons d’huiles essentielles sont garantis comme étant issus de pures essences de fleurs. On ne peut évidemment jurer de rien mais la mielleuse amabilité, l’empressement mis à vous apporter un tabouret et un verre de thé, pour déclencher l’achat, font partie du folklore.

La médina de Tunis est classée 
patrimoine mondial de l'Unesco.
La médina de Tunis est classée 
patrimoine mondial de l'Unesco.
Photo: Pierre Wiame

Il n’y a pas de voyage au Maghreb sans consentir à cet étranglement humain parmi les ruelles inextricables et odorantes de la médina. Pour reprendre son souffle après d'épuisantes traversées à se faire héler de partout, on trouve toujours quelques belles portes peintes derrière lesquelles on peut s’attabler devant un couscous, dans une alcôve fraîche. Le contraste est agréablement violent.

De la médina de Tunis, il faut une vingtaine de minutes en taxi dans la jungle automobile pour rejoindre ce quartier et musée national du Bardo. Depuis l’attentat du 23 mars 2015, on ne s’y bouscule plus. Les bateaux de croisière n'accostent plus au port. Avant cette funeste journée au cours de laquelle 21 visiteurs ont péri, il était noir de monde. L’état tunisien, au grand dam des guides, a souhaité conserver les impacts des balles dans les vitrines et les murs, notamment dans la salle du harem.

Revivre l'antiquité avec Virgile

Le musée, aménagé dans l’ancien palais du régime des sultans (bey), fait vitrine d’une collection de mosaïques de renommée mondiale, héritée des débuts de la civilisation. Toutes datent du IIe siècle, avant et à la fin du IIe siècle après Jésus-Christ. Dans cette suite de palais et de patios recouverts de stucs et d’arabesques mauresques, le sultan pouvait avoir jusqu’à 100 femmes à son service.

Derrière des portes massives se 
dissimulent des palais.
Derrière des portes massives se 
dissimulent des palais.
Photo: Pierre Wiame

Le verbe du guide Hamadi s'enflamme devant ces trésors d'iconographie et de mythologie inspirés par les dieux anciens et ramenés de tous les sites archéologiques majeurs de Tunisie. Il désigne le triomphe de Neptune, dieu de la Mer, une histoire racontée en 56 médaillons. Il s'exclame devant Virgile, cet écrivain italien romain. "Ne pas le voir, c'est comme aller à Paris sans passer par le Louvre", dit-il. Virgile est entouré de deux femmes, muses de la poésie (Calliope) et de la pantomine (Polhymnie). "Il est magnifique parce qu'il peut être confondu avec une peinture. On voit jusqu'aux mouvements de ses yeux. Et si vous vous déplacez autour de la mosaïque, vous remarquez que Virgile vous suit du regard."

Une vitrine impressionnante montre quantités d'amphores, de poteries, d'œuvres d'art et de pièces d'architecture rares récupérées du fond de la mer. Elles y avaient coulé après le naufrage d'un navire de commerce grec reliant Athènes à Rome, non loin de Mahdia, au Ier siècle av. J.-C.

Un guide et un héros

On ne vous l’a pas encore dit mais Hamadi est un guide-héros. Le jour de l’attentat, il a réussi à sauver 50 Italiens du carnage. Depuis, les parlements italien et européen l’ont élevé au titre de Juste. On a planté un arbre à son nom dans les jardins des mairies de Milan, de Rome et de l’ambassade d’Italie à Tunis. "Depuis, à tous les touristes, j’adresse des messages de paix."

Si le tourisme reprend vigueur à la faveur d’un climat de sécurité, si la destination redevient convoitée, la vie de nombreux Tunisiens demeure compliquée. La misère suinte dans les rues. "Notre frustration est immense", souligne un jeune, très amer. Elle est à la mesure de l’espoir immense qui a suivi la chute de Ben Ali.

La vieille ville de Tunis invite avec ses ruelles et passages voûtés.
La vieille ville de Tunis invite avec ses ruelles et passages voûtés.
Photo: Pierre Wiame

A Sidi Bou Saïd, proche de Tunis, on nage en pleine carte postale. De cette petite ville de charme juchée sur une colline, on embrasse la mer. Elle oscille entre le blanc de ses murs, évocateurs du soleil, et le bleu de ses volets, moucharabieh et ferronneries, référence évidente au ciel. Au milieu, parmi ces éclaboussures, les bougainvillées débordant de leurs clos ont fait des saignées fuchsia paradisiaques. C’est une ville d’amoureux embaumée de fleurs de jasmin, que de petits vendeurs vendent en bâtonnet contre quelques dinars. Le week-end, Sidi Bou Saïd regorge de gens et de couples qui viennent y boire un bon thé en terrasse, notamment au café des Nattes, dont la terrasse ombragée surplombe l’unique rue touristique polychrome, où l’artisanat flamboie de mille couleurs. P.W.


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