Wählen Sie Ihre Nachrichten​

Zapping: «Marseille»: raté à potentiel
MarseilleRobert Taro (Gérard Depardieu), se voit trahi et défié par son protégé 
Lucas Barres (Benoît Magi-
mel).

Zapping: «Marseille»: raté à potentiel

Photo: Netflix
MarseilleRobert Taro (Gérard Depardieu), se voit trahi et défié par son protégé 
Lucas Barres (Benoît Magi-
mel).
Kultur 1 4 Min. 22.05.2016

Zapping: «Marseille»: raté à potentiel

Marcel KIEFFER
S’agissant de Marseille,on pouvait craindre le pire. Eh bien, les plus sceptiques se sont vu donner raison. «Marseille», la première série française est à bien des égards un raté.

Par Marcel Kieffer

S’agissant de Marseille, avec une réputation pour le moins sulfureuse et toutes les idées reçues qui s’y adhèrent, on pouvait craindre le pire. Eh bien, les plus sceptiques se sont vu donner raison. «Marseille», la première série française co-produite par Netflix, est à bien des égards un raté, une déception compte tenu des moyens employés et des attentes suscitées. Pourtant le tableau était prestigieux et le sujet assez beau pour ne pas plonger dans le ramassis caricatural auquel se résume le résultat final.


Huit épisodes à quarante minutes, le cadre étant déjà bien trop étroit pour permettre un scénario plus élaboré, tous les stéréotypes s’enchaînent pour raconter une histoire à la fois rabâchée et trop recherchée pour être vraisemblable.

Saga familiale et polar

Dans la plus pure tradition des séries américaines, mêlant saga familiale et polar politique, tout, voire trop y est employé pour essayer de tenir le spectateur en haleine, avec des belles vues aériennes de la ville phocéenne en supplément ainsi qu’un habillage musical envoûtant (Orange Blossom: Ya Sidi), il est vrai.

Si Marseille est bel et bien une ville de croisement culturel, mêlant influences arabes, méridionales et provençales, pour ne pas s’offrir à une vision trop franchouillarde dans le genre de «Plus belle la vie», tout a été pourtant dit par le coup de com de Netflix offrant aux habitants de la ville, en guise de clin d’œil au «Hollywood-Sign»de Los Angeles, un sur-dimensionné panneau «Marseille». Une erreur à s’attirer les foudres des gardiens de l’excellence cinématographique française, dont on cherche en vain la moindre trace dans «Marseille».

Crocodiles aux aguets

Il reste en tout cas à démontrer si les habitants et les nombreux amoureux de la seconde ville française apprécieront cette vision de Marseille que d’aucuns qualifieraient de caricaturale et outrageusement cauchemardesque : politiciens «ripoux» sans foi ni loi, prêts à tout pour le pouvoir, racketteurs et dealers, réseaux mafieux omniprésents, un monde partagé entre les damnés des Cités pauvres et les privilégiés des quartiers dorés, une population livrée aux ambitions et appétits des plus sanguinaires «crocodiles aux aguets». Peu ou rien à voir avec ce que Marseille ambitionne représenter vraiment, à savoir un berceau et une fière capitale de la culture.

Si le synopsis présente tous les ingrédients pour être captivant, le spectateur se rendra compte très vite qu’il y manque quelque chose de plus profond: Robert Taro (Gérard Depardieu), maire de Marseille depuis vingt ans, au passé sulfureux mais une vieille peau honnête tout de même, lassé après tant de combats politiques, se voit confronté à la trahison soudaine de son protégé Lucas Barres (Benoît Magimel).

A l’approche des élections municipales commence alors une lutte sans merci pour le pouvoir où les candidats peu scrupuleux ne reculent devant aucune trahison, aucune alliance crapuleuse, aucun coup tordu. Le Milieu s’y mêle pour assurer ses intérêts tout comme la politique nationale qui a des postes et des honneurs à pourvoir. Derrière l’intrigue politique se dévoile en même temps un univers familial et sentimental calamiteux avec en prime un secret inavouable, enfoui dans le passé commun du maire et de son adversaire et qui à la fin un peu hâtive ne fait que rajouter à l’impression de «surconstruit» de toute la série. Une fin qui pourtant ne présente rien d’assez définitif pour ne pas laisser envisager une deuxième saison.

Départ raté

Le succès de celle-ci reste d’ailleurs possible. Malgré le départ raté «Marseille» conserve un potentiel de réussite. Or, si le travail du réalisateur Florent Siri («Otage», «Cloclo», «Pension complète») a été tout aussi convaincant que la prestation des acteurs – la carrure et le jeu solide de Gérard Depardieu maintiennent le spectateur accroché jusqu'à la fin, mais aussi Benoît Magimel, Géraldine Pailhas (la femme du maire), Stéphane Caillard (sa fille), Nadia Farès (présidente du Conseil général) réussissent dans leurs rôles respectifs malgré leur transparence évidente et une pauvreté parfois criante des dialogues – des changements sont à apporter au niveau du scénario. En effet, les faiblesses majeures de «Marseille» sont à imputer à une intrigue et une narration bien trop stéréotypées, versant par moments dans une vulgarité répétitive, exagérée et tout à fait gratuite à la fois au niveau des scènes et des dialogues.

Dan Franck, récidiviste en la matière, notamment après le précédent échec des «Les Hommes de l’ombre» (2014) d’une même facture et d’une représentation similaire (les coulisses de l’élection présidentielle française), aurait vraisemblablement trop de changements à apporter à sa copie pour continuer d’être sélectionnable en vue d’une nouvelle saison de «Marseille», plus prometteuse et que d’aucuns pourraient souhaiter sous d’autres auspices.

«Marseille», saison 1: disponible sur Netflix et diffusée sur TF1.