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Zapping : "Le Chalet"
Coincés au chalet: Manu (Marc Ruchmann), Alice (Agnès Delachair), Mathilde (Nade Dieu) et Maud (Maud Jurez), d.l.g.

Zapping : "Le Chalet"

PHOTO: NATHALIE GUYON/FTV/
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Coincés au chalet: Manu (Marc Ruchmann), Alice (Agnès Delachair), Mathilde (Nade Dieu) et Maud (Maud Jurez), d.l.g.
Kultur 3 Min. 22.05.2018

Zapping : "Le Chalet"

Marcel KIEFFER
Une bonne recette ne fait pas toujours réussir un plat. «Le Chalet», nouvelle production française dans le registre des séries policières, partie pour faire frissonner les cinéphiles avec l’histoire d’un huis clos meurtrier dans les Alpes, en fournit l’exemple décevant.

Tous les ingrédients sont réunis pour concocter un thriller saisissant. Un groupe de jeunes gens se retrouve dans un village reculé au fin fond des Alpes pour célébrer le mariage d’un couple d’entre eux. Certains y reviennent, d’autres le découvrent. Or la joie initiale et l’ambiance festive virent rapidement à la stupeur, à l’inquiétude, puis à la terreur. Un éboulement de roches se produit, des accidents surviennent, le jeunes se retrouvent bientôt isolés dans cette bourgade vidée étrangement de ses habitants, à part quelques-uns: les propriétaires du chalet qu’ils habitent, les tenanciers d’un bar, un curieux misanthrope vivant en ermite à l’écart des autres…

A Valmoline la désertification rurale a fait bon ménage, le village se meurt, mais plus encore que la localité anciennement si pittoresque et peuplée, ses derniers visiteurs sont menacés. Tout indique qu’un tueur rôde dans les environs, qui place d’abord des pièges insidieux, puis passe à l’acte… Le chalet se referme sur ses habitants, à la façon du sombre manoir sur une île mystérieuse dans le fameux roman d’Agatha Christie «Dix petits nègres», dont les résidents disparaissent les uns après les autres, au rythme des couplets d'une comptine qui annonce leur destin. Et le soupçon, puis l’évidence s’installent que ce village est un lieu dangereux, chargé de lourds souvenirs, de passés coupables et surtout d’un terrible secret.

Pour percer ce secret, il est vrai que le spectateur devra faire preuve d’abord d’une bonne concentration et d’une grande patience. Car conçue comme un puzzle, l’intrigue qui oblige à des fréquents aller-retours entre les époques, ne facilite pas l’identification des personnages dont, pour certains d’entre eux, le destin personnel s’avère tragiquement lié à l’histoire du chalet. Ce qui n’empêche pas sa morale finale résumée par la réflexion d’un des acteurs – «La justice, c’est la loi de la nature, la loi du plus fort, rendre coup sur coup, cela a toujours été comme ça» – d’aboutir à une simplicité affligeante. Si le scénario de cette mini-série française produite par le duo Camille Bordes-Resnais et Alexis Lecaye, qui était déjà à l’origine de la série policière «Les Dames» et dont «l’ambition était de créer un huis clos dans la montagne où l’atmosphère enferme plutôt qu’elle ne libère», présente tous les ingrédients pour un polar certes classique, mais saisissant, «Le Chalet» ne peut nullement revendiquer les lauriers que d’autres productions françaises, à l’instar d’un «Glacé» avec Charles Berling (et une histoire similaire) ont pu engranger. Ici, l’intrigue, qui alterne en permanence entre deux tableaux séparés de vingt ans, pèche à la fois par un manque de lisibilité, un casting surchargé, des raccourcis, des invraisemblances et des incohérences narratifs et finalement une abondance de personnages sans grande profondeur.

«Comptez jusqu’à trois, Messieurs, Mesdames…»

Revue après des critiques décevantes au festival de la fiction de La Rochelle où les deux premiers épisodes avaient été présentés en septembre, la copie avait pourtant été retravaillée par les scénaristes, sans pour autant réussir à éviter à ce que, après la confusion, la lassitude puis la déception ne s’installent chez le spectateur. Seule exception au tableau assez noir de cette série qui se voulait «noire» selon les lois du genre sans y arriver vraiment: la force évocatrice de la bande sonore et du générique, plutôt réussie, à la façon d’une comptine – «Comptez jusqu'à trois, Messieurs, Mesdames, et l'un de vous disparaîtra. Jamais on ne le reverra...» – qui laisse espérer une ambiance, noire justement, glaçante et terrifiante, mais que finalement on attend en vain.

Du côté des acteurs de cette rocambolesque histoire de vengeance, que les producteurs ont délibérément choisis parmi les moins connus du genre pour donner un effet rafraîchissant et «augmenter la crédibilité» – avec l’unique exception de Thierry Godard –, le constat n’est pas plus convaincant. Les faiblesses narratives et les incohérences rythmiques s’ajoutant à la pâleur des personnages, leur tâche était d’emblée vouée à l’échec.

Après sa diffusion sur France 2, «Le Chalet» est disponible en six épisodes sur Netflix.