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Une vie à dessein
Kultur 4 Min. 27.10.2017 Aus unserem online-Archiv
Théâtre du Centaure

Une vie à dessein

Le Père Grégoire (Francesco Mormino), un personnage foncièrement philanthrope.
Théâtre du Centaure

Une vie à dessein

Le Père Grégoire (Francesco Mormino), un personnage foncièrement philanthrope.
Photo: Bohumil Kostohryz
Kultur 4 Min. 27.10.2017 Aus unserem online-Archiv
Théâtre du Centaure

Une vie à dessein

Daniel CONRAD
Daniel CONRAD
La religion, thème de la rentrée théâtrale sur diverses planches du pays, est au cœur de «Mission» de David Van Reybrouck.

Par Sonia da Silva

La religion, thème de la rentrée théâtrale sur diverses planches du pays, est au cœur de «Mission», une pièce sur l’engagement des Pères Blancs, portée par Francesco Mormino. Un monologue de troublantes confidences sur l’essence divine et le sens d’une vie sur terre.

En «vacances» en Belgique chez son frère prêtre avec qui il aime «bavarder pastoralement», un missionnaire, le Père Grégoire, dit ne pas pouvoir lire de journaux les premières semaines de son séjour. 48 ans de mission au Congo, ça laisse des stigmates que les gros titres de l’actualité internationale raviveraient douloureusement. Il se souvient comment à 17 ans il s’est senti «appelé» à servir et à aider les Africains.

Photo: Bohumil Kostohryz

Rien ne l’y prédestinait: jeune garçon dégourdi, fêtard et très amoureux d’Alice, il est pourtant convaincu d’avoir à accomplir une «mission» et prend au terme d’un long cheminement personnel un tournant dans sa vie: il se décide pour le célibat et rejoint les Pères Blancs en Afrique. A travers son récit personnel, le Père Grégoire restitue les éclats de profond contentement vécus au cours de sa vie de missionnaire: il évoque avec transcendance la suprématie de l’eucharistie, avec empathie les actes de communion les plus communs (comme le banal secours médical ou l’enseignement) et avec un humour bien belge le quotidien d’un exilé (la poix des moustiques, l’invariabilité des menus œufs/bananes, la poésie d’une pluie battante sur la tôle, le foot comme «miraculeux levier» pour exécuter de grands travaux...).

Le prix de l’évangélisation

Les éclats se font plus tranchés lorsqu’il s’exprime avec franchise au sujet de l’Eglise, estimant qu’il s’agit de suivre son esprit, non sa lettre. «Le célibat, c’est pas fait pour l’Afrique», assène-t-il, tout en reconnaissant que «nous sommes tous faillibles. (…) Et ce n’est pas parce qu’on est au régime qu’on ne peut pas regarder le menu.» Le ton vire à la révolte lorsqu’il mentionne les ONG, «ces touristes qui restent quelques mois et croient avoir tout compris» et qui en prime méprisent les missionnaires au motif que «nous, nous ne faisons pas de l’humanitaire».

Photo: Bohumil Kostohryz

Fustigeant les tabous et les superstitions qui continuent de grever la société africaine et qui sont la source d’actes barbares, il évoque, encore scandalisé, comment à l’issue d’une splendide célébration de la messe pascale, des «fidèles» se sont lâchés sur Faustin, un jeune garçon devenu proie sacrificielle. Des écarts de mœurs et de croyances ataviques qui l’abattent régulièrement sans jamais compromettre sa foi en une possible évangélisation: «La christianisation de l’Afrique ne se fera pas sans une africanisation de l’Eglise».

Enfin, la prostration atteint à son paroxysme lorsqu’affluent les images de guerre, le relent de la puanteur des cadavres et les cris des victimes. «Nous avons vu…», martèle-t-il meurtri, vu les corps déchiquetés, vu les femmes violées, vu les vieillards et les enfants décimés… Un terrain à feu et à sang sur lequel ni les Pères blancs, ni Dieu n’ont de prise. «Mais pleure au moins avec nous!», s’indigne-t-il les yeux rivés vers le ciel.

Photo: Bohumil Kostohryz

Une vocation

David Van Reybrouck, auteur de «Mission», a écrit ce monologue à partir de témoignages recueillis à la suite d’entretiens avec des missionnaires flamands travaillant en Afrique. La mise en scène qu’en propose Marja-Leena Junker est à l’image du beau personnage qu’incarne Francesco Mormino: profondément remuante car les questions existentielles soulevées touchent à l’os.

Sur scène, tout invite à l’introspection: dans ce décor spartiate signé Trixi Weis, reconstituant une pièce de vie monastique (une chaise et un pupitre en canne de bambou sur lequel trône l’Evangile, une soutane suspendue à un cintre, des photos en noir et blanc sur un mur dont la composition figure la silhouette du continent africain), et face à un personnage aussi chétif que stoïque, le public est suspendu aux lèvres d’un Francesco Mormino captivant.

Photo: Bohumil Kostohryz

D’abord parce que son personnage est foncièrement philanthrope, célébrant la vocation des missionnaires sur le terrain; parce qu’il porte un regard lucide et caustique sur sa terre natale (si consumériste) et sa terre d’adoption (si dénuée); et enfin parce qu’il est continuellement taraudé de doutes qui résonnent en nous et nous invitent à un intime dépouillement. Saluons une programmation à contre-courant, qui confère au terme «fraternité» toutes ses lettres de noblesse.

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A l’affiche du Théâtre Centaure de Luxembourg le 28 octobre ainsi que les 7, 8, 10, 11, 16, 17 et 18 novembre à 20 heures, le 9 novembre à 18.30 heures (www.theatrecentaure.lu). Réservations au tél. 22 28 28. Au Kulturhaus Niederanven les 22 et 23 novembre à 20 heures (www.khn.lu) Billets au tél 47 08 95 1 et sur www.luxembourg-ticket.lu.


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