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Un combat sans merci
Kultur 1 4 Min. 18.05.2018 Aus unserem online-Archiv

Un combat sans merci

Vincent Lindon aux côtés d'acteurs amateurs jouant leur propre rôle.

Un combat sans merci

Vincent Lindon aux côtés d'acteurs amateurs jouant leur propre rôle.
Photo: FILM
DIAPHANA 
DISTRIBUTION
Kultur 1 4 Min. 18.05.2018 Aus unserem online-Archiv

Un combat sans merci

Thierry HICK
Thierry HICK
Productivité, rentabilité, compétitivité, licenciement, plan social, revendication, grève, occupation d'usine... le vocabulaire du monde économique actuel est connu. Et pourtant, le réalisateur Stéphane Brizé avec son film «En guerre» veut lui donner une autre tonalité, une autre couleur.

L'usine Perrin Industrie, un sous-traitant automobile qui appartient à un groupe allemand et mondialisé, décide de fermer son usine d'Agen – malgré de bénéfices conséquents. 1.100 salariés sont sur le carreau. Ces derniers n'acceptent pas la décision et se révoltent, allant jusqu'à occuper leur usine. Les syndicats montent au front.

Le scénario d'«En guerre» est tristement d'actualité. Même s'il s'agit d'une pure fiction, le sort des Perrin est bien réel. Il suffit de penser au combat mené par les Conti, dans une pareille situation. En cette période de conflits et de grèves à répétition en France – SNCF, Air France... – ce film est bien dans l'air du temps.

Stéphane Brizé troque ici son costume de réalisateur avec celui de lanceur d'alerte, de libérateur de l'action. Même s'il se refuse à être le porte-parole d'un syndicat, d'un parti, ses propos sont volontairement puissants et violents.

Les images d'«En guerre» le sont tout autant. Sans merci, sans filtre, le réalisateur capte des instantanés et des moments de révolte. Tourné en caméra directe, les séquences s'enchaînent rapidement. Avec une constante: des prises de vues marquées par des personnages floutés en avant-plan. Un choix obsessionnel qui intrigue, voire irrite. Comme pour mieux capter l'intensité de l'action, Stéphane Brizé assume ce choix.

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Le film classé «drame» vire ostensiblement au documentaire. Cette propension est encore renforcée par les nombreuses «reportages» et «directs» de BFM TV ou France 2. Au fur et à mesure que se poursuit la lutte des Perrin, les frontières entre film et documentaire s'estompent. Le spectateur, pris dans la tourmente, se révolte et crie à l'injustice face au sort des «petits» démunis par rapport aux «grands et puissants». Stéphane Brizé ne filme plus, il milite. Présenté mardi soir au Festival de Cannes, ce pamphlet n'est pas passé inaperçu.

«En guerre», au-delà de sa tragique réalité, est aussi porté par Vincent Lindon. Sous les traits de Laurent, délégué CGT impitoyable, cette tête forte au début encore reste en retrait avant de passer à l'action. Un point fort de ce film-réquisitoire a été d'associer une personnalité connue du cinéma hexagonale à des acteurs amateurs, qui en fait jouent leur propre rôle. Les délégués syndicaux sont des délégués syndicaux, les patrons sont des patrons, les avocats sont des avocats... Un choix qui souligne la véracité, la hargne et la violence des paroles. Ce qui ressemble à des réunions de travail ou de négociations sont en fait des scènes jouées avec une empathie impressionnante.

Une chute tragique

Laurent, au début encore effacé par rapport à ses collègues syndicalistes, va peu à peu s'imposer dans cette lutte contre le pouvoir et le capital. A la suite de différents profonds, la fronde syndicale s'effrite, Laurent perd de sa superbe et de son pouvoir. Sa chute sera tragique.

Vincent Lindon incarne son personnage avec une puissance et une rage ravageuses. Le visage défiguré, la voix rauque, il harangue ses opposants, déverse sa colère, crie sa haine. Déjà à l'affiche de «La loi du marché» du même Stéphane Brizé il y a trois ans – il y incarnait un chômeur prêt à tout pour retrouver un semblant de vie – Vincent Lindon poursuit avec «En guerre» son combat et son militantisme acharnés. Pour ce faire, il est une fois encore guidé par un réalisateur qui s'intéresse bien davantage au sort d'un chacun qu'aux grandes théories politico-économiques de lutte des classes et autres thématiques récurrentes de certains leaders syndicaux ou politiques. Les gros plans de visages d'hommes ou de femmes bientôt au chômage, de longs moments de silence ou de ralenti plombent l'atmosphère déjà assez pesante.

Le tout est bien ficelé, haletant d'un bout à l'autre, même si les moments d'affrontement avec les CRS sont trop «gentiment» mis en scène. L'allusion à la chemise déchirée du DRH d'Air France – un fait bien réel celui-ci – est une ficelle un peu grosse et facile. Tout comme les scènes d'une vie de famille rythmée par le combat quotidien de l'ouvrier et par un heureux événement.

Cette tentative d'apporter une dose d'humanité dans cet univers de lutte et de rivalités n'apporte en fait rien de bien nouveau ou concluant. Elle vient briser la tension, que Stéphane Brizé, Vincent Lindon et les anonymes s'efforcent de maintenir tout au long de leur combat sans merci.