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«There is no Evil»: Retirer le tabouret
Kultur 1 3 Min. 10.04.2021

«There is no Evil»: Retirer le tabouret

Javad et Nana, un bonheur trompeur...

«There is no Evil»: Retirer le tabouret

Javad et Nana, un bonheur trompeur...
Photo: September Film
Kultur 1 3 Min. 10.04.2021

«There is no Evil»: Retirer le tabouret

Thierry HICK
Thierry HICK
Critique ciné: le cinéaste iranien Mohammad Rasoulof dépeint un état de peur permanente.

Retirer le tabouret, cette phrase de prime abord anodine, revient comme un leitmotiv au cours des quatre épisodes du drame «There is no Evil» de Mohammad Rasoulof. Il y a ceux qui l’ont fait, ceux qui hésitent et ceux qui refusent de commettre l’irréparable. Personne ne reste indifférent face à ce passage à l’acte forcé.

Heshmat est un bon père de famille, qui la nuit venue, se rend au travail. La dernière scène de la première partie «There is no Evil» est éloquente et tellement traumatisante. Dans «She Said: You Can Do It», Pouya, qui effectue son service militaire, refuse de passer à l’acte et finit par rejoindre sa fiancée Tahmineh. «Birthday», c’est l’histoire de Javad, lui aussi soldat, venu demander en mariage Nana et qui se rend compte, qu’il est la cause du désarroi qui vient de frapper la famille de sa bien-aimée. Avec «Kiss me», la jeune Darya, qui vit à l’étranger, revient au pays pour retrouver sa tante et son oncle. Elle va apprendre une terrible histoire sur ses origines. Ces quatre histoires ont toutes un lien intrinsèque: elles ont lieu en Iran où la peine de mort est une réalité, le tabouret est souvent retiré.

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Une menace à chaque instant

Au-delà de certaines «belles» images de cette république islamique – loin de nos visions occidentales – le réalisateur iranien dépeint une réalité bien moins reluisante et surtout menaçante à chaque instant. Le pouvoir n’est jamais montré ou réellement présent et pourtant on ressent sa présence dans l’appartement cossu de Heshmat, dans la prison de Pouya, dans la ferme de Nana ou dans la maison de campagne de l’oncle de Darya. La peine de mort elle aussi n’est pas illustrée, mais lugubrement mise en scène.

Honneur, patrie, soumission, dissidence, châtiment, peur, loyauté, loi... les questions soulevées par Mohammad Rasoulof sont multiples. Replacés dans le cadre d’une vie quotidienne et vécus par des citoyens d’âges et de classes variés, ces aspects décrivent un sentiment de peur permanent.

Un subterfuge

«There is no Evil», Ours d’or à la Berlinale en 2020 et film de clôture cette année du LuxFilmFest, est l’œuvre d’un cinéaste engagé mais sous contrôle. Le pouvoir iranien limitant ses actes, Mohammad Rasoulof a trouvé un subterfuge: faire réaliser par des assistants quatre courts métrages, ce format étant moins soumis au contrôle des autorités. Ensuite, à l’image de «Taxi Teheran», le tournage de «There is no Evil» s’est lui aussi fait de manière souvent très discrète, à l’abri des regards. Même en l’absence de Mohammad Rasoulof, obligé de rester en retrait.

  Combattre le régime de l’intérieur

Arrêté en 2010, le cinéaste quitte son pays une année plus tard, est célébré à Cannes, mais revient en Iran en 2017 et se voit confisquer son passeport. Depuis cette date, Mohammad Rasoulof s’est résolu à combattre le régime de l’intérieur. Ses propos en sont d’autant plus véridiques et réalistes.

Au-delà de toutes formes de violences, les récits des quatre personnages principaux restent empreints d'une grande humanité. Comme si cette lueur d’espoir jamais ne devait s’essouffler. «There is no Evil», est un témoignage dérangeant, mais indispensable à découvrir. Pour décortiquer et comprendre les rouages du monde dans lequel nous vivons... 

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