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Théâtre du Centaure : Marja-Leena Junker passe le relai à Myriam Muller
Marja-Leena Junker.

Théâtre du Centaure : Marja-Leena Junker passe le relai à Myriam Muller

Photo:Gerry Huberty
Marja-Leena Junker.
Kultur 4 Min. 10.06.2015

Théâtre du Centaure : Marja-Leena Junker passe le relai à Myriam Muller

La roue tourne sur la scène culturelle. Du côté du Grand Théâtre, Frank Feitler s'apprête à passer la main à Tom Leick. Au Casino Forum d'art contemporain, Jo Kox a annoncé vouloir céder son poste de directeur administratif en 2016. Idem pour Robert Garcia qui prépare la suite aux Rotondes. La directrice artistique du Théâtre du Centaure pour sa part va tout naturellement céder sa place à l'actrice et comédienne Myriam Muller.

Par Marie-Laure Rolland

Il en faut beaucoup pour ébranler Marja-Leena Junker, une femme qui affiche toujours un imperturbable sourire lorsqu'on la croise au théâtre. Lundi 8 juin 2015, alors que nous la retrouvons pour un entretien, son visage est grave. La directrice artistique du Théâtre du Centaure est encore sous le choc des résultats du référendum. «Je me suis toujours considérée comme une metteuse en scène et actrice luxembourgeoise. Eh bien au vu des 80 % d'opposants au droit de vote des étrangers dans le pays, je me demande si je n'étais pas dans l'erreur».

Une ambassadrice du Luxembourg

Cette Finlandaise mariée à un fonctionnaire européen français a posé ses valises au Luxembourg il y a près de 50 ans, en 1966, alors qu'elle n'avait que 21 ans. C'est là qu'elle s'est formée au théâtre en suivant les cours de Philippe Noesen au Conservatoire de Luxembourg. Un mentor qui va l'entraîner dans l'aventure du Théâtre du Centaure, créé en 1974. Elle en devient la directrice administrative en 1984, puis la directrice artistique en 1992 lorsque Philippe Noesen prend la direction du Théâtre d'Esch.

Le Théâtre du Centaure a été rénové en 2005.
Le Théâtre du Centaure a été rénové en 2005.
Photo: Marc Wilwert

Sous son impulsion, ce petit théâtre niché dans les entrailles de la capitale, dans les caves d'un immeuble de la Grand-rue, va porter haut les couleurs du Luxembourg à l'étranger. Lorsqu'elle regarde en arrière, c'est l'un des points qui fait sa fierté. «Nous sommes allés la première fois au Festival d'Avignon en 1999. Depuis, nous y avons été présents pratiquement chaque année», dit-elle. Le critique théâtral du «Luxemburger Wort», Stéphane Gilbart, confirme que le Centaure dispose là-bas d'une réelle reconnaissance. «Marja-Leena Junker est Finlandaise mais elle est aussi la meilleure ambassadrice du théâtre luxembourgeois à Avignon», dit-il. C'est d'ailleurs là qu'elle connaîtra en 2002 un succès phénoménal avec sa mise en scène des «Monologues du Vagin», d'Eve Ensler.

Le "miracle de la Banannefabrik"

La Banannefabrik inaugurée à Bonnevoie en septembre 2011.
La Banannefabrik inaugurée à Bonnevoie en septembre 2011.
Photo: Serge Waldbillig

A son actif, celle qui a également été présidente de l'a.s.b.l. Etat d'urgence cite l'ouverture de la Banannefabrik qui va offrir à un collectif d'associations culturelles, parmi lesquelles le Théâtre du Centaure, un lieu de répétitions et des bureaux administratifs. «On a travaillé pendant 12 ans pour l'obtenir et un jour le miracle s'est produit!» La scène culturelle y sera réunie demain soir pour rendre hommage à son travail avant la passation de pouvoir. L'occasion peut-être de rappeler à la bourgmestre Lydie Polfer, qui est annoncée, qu'il n'y a toujours pas de lieu de stockage digne de ce nom pour les décors et accessoires des petits théâtres de la ville. Ceux-ci sont pour l'heure déposés dans la cave d'une école de Bonnevoie, un lieu pas vraiment adapté aux besoins.

Un engagement féministe

Sous la direction de Marja-Leena Junker, le Centaure s'est distingué par la qualité des pièces jouées, mais aussi son éclectisme qui a permis au public de découvrir les classiques de Molière (l'un de ses auteurs favoris avec Paul Claudel) aussi bien que Bernard-Marie Koltès ou Edmond Dune.

Marie-Paule Roesgen, Marja-Leena Junker et Myriam Muller dans "Les Monologues du Vagin" de Eve Ensler, pièce qui sera jouée quelque 300 fois.
Marie-Paule Roesgen, Marja-Leena Junker et Myriam Muller dans "Les Monologues du Vagin" de Eve Ensler, pièce qui sera jouée quelque 300 fois.
Photo: Théâtre du Centaure

C'est aussi le féminisme qui s'est établi comme un fil rouge de sa programmation tout au long des années. «Je venais d'une famille qui comptait six filles, d'un pays qui accordait une grande place aux femmes. Lorsque je suis arrivée au Luxembourg en 1966, les femmes avaient toujours besoin de l'autorisation de leur mari pour ouvrir un compte en banque. Je me suis dit qu'il y avait là un champ d'action». Une idée qui ne la quitte pas. Elle n'hésitera pas à proposer au public toute une saison 2010/2011 placée sous le thème de la violence à l'égard des femmes.

Une succession naturelle

Les femmes, elle saura aussi s'en entourer, n'hésitant pas à dire que «les meilleurs comédiens au Luxembourg sont des comédiennes». Parmi celles-ci, Myriam Muller occupera très tôt une place à part puisqu'elle sera son élève au Conservatoire de Luxembourg avant de la rejoindre au Centaure comme actrice puis metteuse en scène. «Marja-Leena est l'une des grandes rencontres de ma vie. Elle m'a ouvert sur le monde. Elle m'a fait découvrir des auteurs. Je n'aurais pas été la même si je ne l'avais pas rencontrée», confie la comédienne qui s'apprête désormais à prendre sa suite comme directrice artistique du Théâtre.

"Electre" de Sophocle mis en scène par Marja-Leena Junker avec un casting exclusivement féminin en 2011.
"Electre" de Sophocle mis en scène par Marja-Leena Junker avec un casting exclusivement féminin en 2011.
Photo: Marc Wilwert

Une mission pour laquelle elle se sent prête puisque cela fait plus de deux ans qu'elle s'y prépare. «Le Théâtre m'a beaucoup donné, c'est à moi de lui donner quelque chose», observe celle qui présentera sa première saison en tant que directrice en septembre. «Je souhaite mettre l'accent sur les écritures contemporaines. Par ailleurs, les thématiques sociales et politiques m'intéressent beaucoup». Elle indique que le féminisme est certes important pour elle, mais moins sensible que pour Marja-Leena Junker.

Une chose est sûre, Myriam Muller aura les mains libres. «Je ne compte pas rester au Centaure comme un fantôme qui roderait. Je serai heureuse de profiter de la nouvelle vie qui m'attend, de voir davantage ma famille, de voyager», dit l'actuelle directrice. Pour autant, elle ne dit pas adieu au théâtre. On la retrouvera dans le Don Juan mis en scène par Myriam Muller au Grand Théâtre en septembre prochain puis dans un projet de Stéphane Ghislain Roussel au TNL.


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