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«Waarden op de Godot»: une farce métaphysique
Kultur 4 Min. 28.02.2015 Aus unserem online-Archiv
Théâtre d’Esch

«Waarden op de Godot»: une farce métaphysique

Qu’attend le couple Estragon-Vladimir, interprété par les acteurs Germain Wagner et Jules Werner?
Théâtre d’Esch

«Waarden op de Godot»: une farce métaphysique

Qu’attend le couple Estragon-Vladimir, interprété par les acteurs Germain Wagner et Jules Werner?
(Photo: Bohumil Kostohryz)
Kultur 4 Min. 28.02.2015 Aus unserem online-Archiv
Théâtre d’Esch

«Waarden op de Godot»: une farce métaphysique

Le Théâtre d'Esch/Alzette présente l’adaptation en langue luxembourgeoise – «Waarden op de Godot» – par Guy Wagner du chef-d’œuvre de Samuel Beckett «En attendant Godot», dans une mise en scène du directeur du Théâtre d’Esch, Charles Muller.

par Frank Colotte

Le Théâtre d'Esch/Alzette présente l’adaptation en langue luxembourgeoise – «Waarden op de Godot» – par Guy Wagner du chef-d’œuvre du dramaturge irlandais Samuel Beckett – «En attendant Godot», dans une mise en scène résolument orientée vers le dénudement des êtres et du monde signée par le directeur du Théâtre d’Esch – Charles Muller. Une farce métaphysique où, sous-tendu par la plasticité du luxembourgeois, le néant existentiel côtoie le langage dramatique pur.

Depuis sa parution en 1952, la fable éternelle de Samuel Beckett sur la mise à nu de la condition humaine, «En attendant Godot», se prête, comme tous les grands textes, à la revisitation scénique et même linguistique.

Le terre à terre Estragon et l’aérien Vladimir

Un exercice auquel s’est livré Guy Wagner qui a combiné ses efforts de traducteur à ceux, considérables, du metteur en scène Charles Muller pour produire une pièce où langage et décor transposent sur scène l’impossibilité de vivre leur humanité dégradée à deux clochards – le terre à terre et corporel Estragon et l’aérien et intellectuel Vladimir, victimes d’une existence incompréhensible, agonisants d’une création ratée pris dans l’enfer répétitif d’un temps immobile.

Or traduire «En attendant Godot» en luxembourgeois pouvait sembler être une gageure d’autant plus grande que Beckett y concentre tous les procédés de désorganisation, entre cacophonie, échanges hermétiques, questions et appels sans réponse, tirades sans auditeur.

(Photo: Bohumil Kostohryz)

Anarchie lexicale et dialogique

Guy Wagner a néanmoins su tirer profit de cette anarchie lexicale et dialogique, en produisant une adaptation fidèle à l’esprit de grande confusion du texte original, associant ainsi le luxembourgeois au langage dramatique pur.

Qu’attend ce couple Estragon – incarné avec truculence par Germain Wagner – et Vladimir – interprété avec puissance par Jules Werner? Un certain «Godot», figure salvatrice de l’espoir d’un ailleurs fantasmé, qui s’est décommandé et que ces deux clowns de l’absurde attendent, en s’ennuyant, ce qui donne lieu à des scènes cocasses, loufoques voire même tragiques.

Le jeu scénique du couple Wagner-Werner est au cœur de la réussite  de la farce métaphysique de Beckett. Jouant avec tous les registres du burlesque, ces incarnations représentent les deux dimensions de l’humain – le corps (Estragon) et l’esprit (Vladimir).

Autant à entendre qu’à voir

Ce que met en évidence la mise en scène de Charles Muller est l’idée que «Waarden op de Godot» est à la fois une pièce et sa mise en scène précisément, exigeant du spectateur qu’il garde à l’esprit la simultanéité de la physionomie, de la gestuelle scénique écrites et du dialogue. Charles Muller a parfaitement compris que le texte de 
Beckett, en grande partie descriptif, donne autant à entendre qu’à voir.

(Photo: Bohumil Kostohryz)

Cela se ressent dans l’exagération expressive du mime, qui contribue à la force du comique absurde qui domine les situations à deux, mais aussi à quatre personnages, lorsque Pozzo (incarné par Christiane Rausch, rôle initialement attribué à feu Marc Olinger) – 
le propriétaire de l’endroit, et Lucky (Fabienne Elaine-Hollwege) – l’esclave-porteur avec lequel il se comporte avec une cruauté inhumaine, occupent le devant de la scène.

La force et l’intérêt de cette revisitation théâtrale, que sous-tend un décor dominé par l’impression écrasante de désincarnation et de dénuement à la fois du monde et de l’être, sont de souligner la similarité frappante entre la déréliction du couple Vladimir-Estragon et la difficulté du spectateur à se frayer un chemin dans le labyrinthe de la pièce, donnant une puissante expression dramatique à la situation irrationnelle dans laquelle nous vivons, l’impossibilité de rien savoir, l’inconsistance de notre raison.

C’est donc avec délectation que le public, victime d’un univers aux structures désintégrées, est réduit à tâtonner dans une pièce où tout lui échappe, où l’existence brute côtoie le néant.

Dernière représentation aujourd'hui à 20 heures au Théâtre d'Esch. Billets au tél. 54 73 83 501.

www.theatre.esch.lu


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