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«The Human Voice»: Le téléphone pleure
Kultur 1 3 Min. 20.03.2021

«The Human Voice»: Le téléphone pleure

Le réalisateur confie son unique rôle à l'actrice britannique Tilda Swinton, qui sublime son personnage.

«The Human Voice»: Le téléphone pleure

Le réalisateur confie son unique rôle à l'actrice britannique Tilda Swinton, qui sublime son personnage.
Photo: Cinéart
Kultur 1 3 Min. 20.03.2021

«The Human Voice»: Le téléphone pleure

Thierry HICK
Thierry HICK
Critique ciné: Pedro Almodóvar signe un drame aussi concis que poignant.

Elle l’attend depuis trois jours. Et pourtant, elle sait qu’il ne reviendra jamais, malgré ses valises qui l’attendent. Elle, c’est une femme aimante et détruite par cet amour impossible après quatre années de pur bonheur. Lui, l’amant en fuite, n’est pas présent. Seule une longue discussion au téléphone rapprochera brièvement la femme et l’homme séparés. Le tout sous le regard inquiet du chien Dash, qui contrairement à ses deux maîtres est seul à porter un prénom.

Pedro Almodóvar a relu à sa guise la pièce «La Voix Humaine» de Jean Cocteau créée en 1930 à la Comédie Française. Le réalisateur espagnol n’en est pas à son coup d’essai. Son court-métrage «The Human Voice» s’autorise quelques libertés.

La femme aimée et délaissée vit dans un coquet appartement de plusieurs pièces. Les couleurs, les matériaux sont luxueux, l’ambiance est feutrée et n’est pas sans rappeler quelques souvenirs aux fidèles de Pedro Almodóvar, qui visiblement s’intéresse au moindre détail. En fait, le nid d’amour d’hier n’est qu’un décor installé dans un hangar anonyme, stérile et froid.

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La vie, une pièce de théâtre

Comme si la vie n’était qu’une éternelle pièce de théâtre où seul compte l’art de la représentation, et du paraître. Cette allégorie imaginée et mise en scène par Pedro Almodóvar n’est en fait qu’un prétexte pour une profonde mise en abîme d’un personnage aussi complexe que rongé par la vie et ses tumultes. Le réalisateur, qui avec «The Human Voice» revient au court-métrage – et qui pour la première fois tourne en langue anglaise – se joue avec bonheur, humour et délectation des contraintes formelles – et finalement classiques de temps – de lieu et de contenu qu’il s’est imposées. Une seule scène est filmée en extérieur.

Dans un premier temps, le réalisateur «plante le décor» – la formule a tout son sens – et dépeint son personnage central et unique. Le temps de conceptualiser le contexte de cette crise sentimentale, jamais montrée mais à tout instant suggérée. Elle, donc souffre, pleure et attend le fatidique coup de fil. Même l’achat d’une hache, la prise de médicaments et le choix de vêtements colorés et excentriques n’apportent pas le réconfort tant espéré.

La notion du temps, qui passe inlassablement, est la pièce maîtresse de ce drame personnel, documenté à bout portant. Sans fard et sans détour, mais au gré d'une mise en image suggestive.

Elle l’attend depuis trois jours. Et pourtant, elle sait qu’il ne reviendra jamais.
Elle l’attend depuis trois jours. Et pourtant, elle sait qu’il ne reviendra jamais.
Photo: Cinéart

Une voix que l’on n'entend jamais  

Le smartphone enfin vibre. A l’autre bout, une voix que l’on n'entend jamais mais que l’on devine être celle de l’homme aimé. Elle, ses AirPods dans les oreilles, se lance dans un interminable monologue de regrets, d’accusations, de supplications et d’amour.

Les phrases sont saccadées, le ton est plombé, l’ambiance est surréaliste tant le détournement d’une situation – en soi d’une effroyable banalité – est finalement ubuesque une fois mise entre les mains de Pedro Almodóvar. La scène finale, le geste destructeur et sans appel de la dame illustrent bien le côté irrévocable de certains aspects de la vie.

Tilda Swinton, un choix heureux

En choisissant Tilda Swinton pour incarner son unique personnage, le réalisateur a eu la main bien heureuse. L’actrice britannique se glisse dans son rôle avec une déconcertante vérité. Sa silhouette longiligne, drapé dans différentes tenues, colle à la peau du personnage à jouer. Le regard distant mais souvent brûlant de Tilda Swinton confère à cette femme une profondeur bouleversante.

Le long monologue téléphonique, un moment crucial du film, permet à l’actrice, à l’aise tant sur les planches de théâtre que devant une caméra, de dévoiler une large palette d’émotions, de sentiments et ressentiments qui tous sonnent juste. La véracité des mots et phrases, que la caméra capte au plus près en parcourant les moindres recoins de l’appartement, est envoyée en pâture. L’absence de la voix de l’interlocuteur vient encore cimenter cette dramaturgie.

Dès leur première rencontre, Pedro Almodóvar et Tilda Swinton atteignent des sommets. Le tout ficelé en seulement 30 minutes chrono. Un sacré tour de force. 

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