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«Surtout ne pas tout montrer»
Kultur 1 5 Min. 05.02.2020

«Surtout ne pas tout montrer»

Le réalisateur italien Filippo Meneghetti a longtemps attendu avant de faire son premier long métrage: «Avant, je n’avais pas compris ce que je voulais raconter».

«Surtout ne pas tout montrer»

Le réalisateur italien Filippo Meneghetti a longtemps attendu avant de faire son premier long métrage: «Avant, je n’avais pas compris ce que je voulais raconter».
Photo: Gerry Huberty
Kultur 1 5 Min. 05.02.2020

«Surtout ne pas tout montrer»

Thierry HICK
Thierry HICK
Filippo Meneghetti a tourné son premier film «Deux» parce qu’il avait «des choses à dire».

Filippo Meneghetti est venu lundi à Luxembourg présenter son premier long métrage «Deux», une comédie dramatique qui est dès ce mercredi à l’affiche de l’Utopia. Après des études de cinéma et d’anthropologie, différents métiers dans le monde du cinéma et quelques courts métrages, le réalisateur italien s'est finalement lancé dans cette aventure qui a duré six années.

Filippo Meneghetti, raconter l’histoire de deux vieilles dames gay, était-ce un pari osé?

Ce choix peut paraître étrange, c’est vrai. Mais, j’ai des choses à dire et trop souvent l’on se cache derrière un tableau. J’ai commencé à écrire l’histoire il y a six ans. Même si elle est une pure fiction, elle est inspirée d’histoires semblables racontées par des personnes qui m’ont été très proches.

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Que racontez-vous dans ce film?

C’est l’histoire de deux dames d’un certain âge, qui font semblant d’être voisines. En fait, elles sont bien plus que de simples voisines. C’est aussi un jeu d’imposture et de façade.

Tout en ne la montrant pas, vous abordez la sexualité du troisième âge avec beaucoup de tendresse. Est-ce une forme de fausse pudeur?

Si pudeur il doit y avoir, ce n’est que vis-à-vis des émotions. Je n’ai pas besoin de parler de sexualité ou de mettre le doigt dessus. Ne pas tout montrer peut avoir de l’effet. La scène très charnelle entre Madeleine et Nina est filmée de l’extérieur. Mon travail consiste à déclencher la machine à imagination des spectateurs, ainsi chacun peut réagir avec sa propre imagination, bien plus puissante que la mienne. La tendresse est le signe que les actions sont plus fortes que les paroles, on n’a pas besoin de tout faire passer par les dialogues.

Etre militant ne colle pas à ma façon d’agir. Je vis dans une société que j’observe et qui m’intéresse.

Filippo Meneghetti

Comprenez-vous que votre film puisse déranger?

Oui, mais ce n’est pas mon but. Mon but est de toucher le public. Et pourquoi pas aussi le mettre mal à l’aise?

Madeleine (Martine Chevallier, à g.) et Nina (Barbara Sukowa), deux amantes entre tendresse et imposture.
Madeleine (Martine Chevallier, à g.) et Nina (Barbara Sukowa), deux amantes entre tendresse et imposture.
Photo: Tarantula

La question de l’homosexualité se pose-t-elle finalement?

Non, pas du tout. Mon film n’est pas à ranger dans la case «homo». L’homosexualité de Madeleine et de Nina n’est pas le thème de mon film. Cela aurait pu aussi être quelque chose de complètement différent. Ici, je parle d’une censure que l’on s’impose, du regard invisible de l’intérieur que l’on porte sur soi en fonction de ce que l’on a appris ou en fonction de la société.

C’est pour cette raison que Madeleine et Nina doivent se cacher?

Madeleine aime, c’est évident. Et pourtant dans sa tête, elle ne peut pas être l’amante. Peu à peu cependant, elle finira par assumer son rôle. Nina, elle vit complètement dans l’imposture.

Vous abordez un sujet de société souvent passé sous silence. Défendez-vous une cause, êtes-vous en quelque sorte militant?

Etre militant ne colle pas à ma façon d’agir. Je vis dans une société que j’observe et qui m’intéresse. Je veux montrer des choses qui m’interpellent ou qui m’enragent.

Les deux dames logent côte à côte sur le même palier dans le même immeuble. Ce décor vous l’avez voulu?

Ce palier, c’est là où le film est né. J’ai longtemps cherché le bon angle. Un jour, j’étais chez un ami qui m'a parlé de deux voisines qui habitent sur le même palier. Cela m’a donné l’idée pour mon film. Ces portes qui s’ouvrent et qui se referment c’est finalement une métaphore simple qui permet de filmer l’intérieur à partir de l’extérieur.

Concernant le choix de vos actrices principales, Martine Chevallier et Barbara Sukowa, vous dites: «Je voulais travailler avec des actrices qui soient à l’aise avec leur âge.» Cela veut dire?

Je voulais filmer l’âge de la manière la plus honnête et responsable possible. Martine Chevallier et Barbara Sukowa sont à peine maquillées, les plans serrés de visages ne cachent pas les rides. C’est ma manière de pointer du doigt aussi une société obsédée par la jeunesse et la beauté des corps. Cela m’embête.

Pourquoi tant de corbeaux?

Au départ, je voulais des cigales. Mais le tournage prévu en été a dû être décalé... Je ne pensais donc pas aux corbeaux, j’avais d’autres idées en tête. Et comme pour chaque film, il y a aussi eu ici des imprévus. Le dernier jour de tournage, nous avons rencontré ces corbeaux. On les a filmés et utilisés pour illustrer cette forme d’inquiétude qui plane.

Vous êtes jeune, avez-vous été intimidé par ces deux grandes dames avec leurs riches carrières respectives et qui pourraient être votre mère?

Au début j’ai eu peur, j’étais très impressionné. La liste des personnes avec lesquelles Barbara Sukowa a travaillé m’a littéralement accablé et Martine Chevallier est membre de la Comédie-Française. Même si la nuit avant les tournages j’angoissais, une fois sur le plateau, je n’avais plus le temps d’avoir peur. Car le travail reste le travail, on a finalement tous le même but de faire un bon film. Martine Chevallier et Barbara Sukowa sont deux personnes très différentes: travailler avec des acteurs relève aussi de l’intime.

Après plusieurs courts métrages, vous réalisez avec «Deux» votre premier long métrage. Quand et pourquoi avez-vous décidé de franchir le cap?

Une fois que j’avais l’argent nécessaire pour me lancer dans cette aventure qui a finalement duré six ans. J’ai réalisé mon premier court métrage très tard, à 30 ans seulement. Avant, je n’avais pas compris ce que je voulais raconter, j’ai donc travaillé pour les autres avant de me lancer.

«Deux», comédie dramatique (F, L, B 2018), réalisation: Filippo Meneghetti, avec Barbara Sukowa, Martine Chevallier, Léa Drucker, 95 minutes, à partir de 12 ans). En salle dès ce mercredi  à l’Utopia.


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