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«Summerland»: Des destins croisés
Kultur 1 4 Min. 13.02.2021

«Summerland»: Des destins croisés

Alice Lamb (Gemma Arterton) au début refuse la présence du jeune Frank (Lucas Bond), elle va peu à peu cependant se rapprocher de celui qui est venu s'incruster dans sa vie.

«Summerland»: Des destins croisés

Alice Lamb (Gemma Arterton) au début refuse la présence du jeune Frank (Lucas Bond), elle va peu à peu cependant se rapprocher de celui qui est venu s'incruster dans sa vie.
Photo: Michael Wharley
Kultur 1 4 Min. 13.02.2021

«Summerland»: Des destins croisés

Thierry HICK
Thierry HICK
Critique ciné: Une histoire solide mais un brin surchargée.

Une dame qui recueille chez elle, bon gré mal gré, un jeune garçon est depuis quelque temps un thème récurrent sur les grands écrans. Après «La vita davanti a sé», d’Edoardo Ponti et «Sous les étoiles de Paris» de Claus Drexel – pour ne citer que deux exemples récents – c’est au tour de la réalisatrice britannique Jessica Swale avec «Summerland» d’aborder le sujet. Comme toujours, les deux personnages qui se retrouvent sous un même toit sont différents et n’auraient jamais dû se rencontrer. «Summerland» ne déroge pas à la règle. Et pourtant, le film est, malgré une fin qui laisse quelque peu sur sa faim, une réussite totale.

Alice Lamb est une jeune écrivaine, elle vit retirée dans sa maison isolée en bordure de mer. Sa vie, son histoire restent un mystère aux yeux de nombreux villageois, qui la qualifient de sorcière, ou d'espionne  nazie. Elle voit du jour au lendemain débarquer chez elle Frank. Le jeune garçon quitte ses parents et se voit placer dans cette soi-disant famille d’accueil pour échapper aux bombardements qui frappent Londres. L’invasion allemande de la Grande-Bretagne est imminente. La guerre est présente, mais jamais montrée, du moins au début.

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L’insouciance de la jeunesse  

Alice n’a pas l’intention de s’ouvrir à ce jeune étranger qui vient s’incruster dans sa vie, Frank, lui par contre, avec l’insouciance de la jeunesse, est curieux et veut tout savoir de cette étrange dame qui l’accueille. Peu à peu, les différences s’estompent, les regards et les histoires se croisent, les cœurs s’ouvrent.

Jessica Swale confie les clefs de son premier long-métrage à Gemma Arterton. L’actrice britannique – Bond-Girl «Strawberry Fields» dans «Quantum of Solace» ou encore Tamira dans «Prince of Persia» – incarne corps et âme cette Mlle Lamb, qui de plus en plus sombre dans le désespoir. Elle n’arrive pas à oublier la relation intime qu’elle a entretenue avec Vera, romancière qui voulait fonder une famille. Le rôle de Frank est lui confié au jeune acteur américain Lucas Bond, qui n’en est pas à ses premiers pas devant la caméra. Son interprétation est enjouée et lumineuse. Un grand bonheur.

Homosexualité et humanité

Jessica Swale aborde le thème interdit de l’homosexualité dans une Angleterre puritaine dans les années 1920. La réalisatrice ne porte pas de jugements, ne donne qu’implicitement la parole à ceux qui s’offusquent. Elle préfère s’attacher aux personnages, à leurs amours, joies, mais aussi peines et déchirures. Une profonde humanité se détache de ces épisodes distillés au compte-goutte.

Il en va de même de la relation entre Alice et Frank. Tous deux viennent de familles déchirées et souffrent chacun à son niveau d’un manque d’amour et de tendresse. Beaucoup de questions se posent et pourtant tant Alice que Frank peinent à trouver les bonnes réponses.

Mlle Lamb de plus en plus sombre dans le désespoir.
Mlle Lamb de plus en plus sombre dans le désespoir.
Photo: Michael Wharley

Au-delà de quelques points d’un humour so british, la réalisatrice ne met pas en scène, elle peint son histoire et ses divers personnages avec leurs forces et leurs faiblesses. Le tableau en devient d’autant plus impressionniste, tant l’histoire est vécue et non seulement racontée.

La mise en scène est simple, efficace, sans heurts et coule de source. L’ensemble est corroboré par des images souvent d’une grande tendresse, à l’écoute des personnages et de leurs histoires. Le tout gagne encore en expressivité grâce aux imposants décors naturels qui accompagnent le récit. Les paysages du comté d’East Sussex sont sublimes. Surtout les falaises, qui au-delà de leur aspect purement décoratif, jouent un rôle prépondérant avec la menace qu’elles représentent.

La présence de l’élément naturel a un autre but. Mlle Lamb s’intéresse de près aux mythes et légendes. Entre réalité et magie, elle va avec Frank découvrir le monde fantasmé de «Summerland».

Un début timide

Le film, après un début timide et une longue phase d’introspection dans l’intimité des âmes, peu à peu s’accélère au rythme d’épisodes de plus en plus graves et sombres. La guerre, bien réelle cette fois-ci, est illustrée. Des personnages meurtris apparaissent. L’histoire de Frank connaît des soubresauts inattendus et tragiques. Le passé d’Alice Lamb refait brutalement surface et de manière totalement inattendue, voire saugrenue. Jessica Swale, qui a aussi écrit le scénario de ce drame, épaissit l’histoire d’événements qui apparaissent des fois vraiment too much. Et qui ne semblent poursuivre qu’un seul but: ramener l’histoire d’Alice et Frank dans des eaux plus calmes. Le happy end malheureusement sonne faux, exagéré. Donner une deuxième vie à Frank, Alice et Vera n’apporte finalement que peu d’intérêt.

Dommage, car «Summerland» ne semblait pas avoir besoin de cette conclusion heureuse. L’histoire de la rencontre forcée entre Alice et Frank – si finement documentée – se suffisait si bien à elle-même. Alors que les sujets abordés laissaient tant de portes ouvertes, pourquoi ne pas laisser des questions en suspens, laisser ouverte la discussion? 

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