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Paroles de jeunes réfugiés au Luxembourg: Mos Stellarium: les enfants de l'exil
Kultur 4 Min. 13.11.2015

Paroles de jeunes réfugiés au Luxembourg: Mos Stellarium: les enfants de l'exil

"Mos Stellarium" de Karolina Markiewicz et Pascal Piron.

Paroles de jeunes réfugiés au Luxembourg: Mos Stellarium: les enfants de l'exil

"Mos Stellarium" de Karolina Markiewicz et Pascal Piron.
Photo: Tarantula
Kultur 4 Min. 13.11.2015

Paroles de jeunes réfugiés au Luxembourg: Mos Stellarium: les enfants de l'exil

C'est l'itinéraire de six jeunes réfugiés vivant au Luxembourg que nous propose de découvrir «Mos Stellarium», le remarquable documentaire signé par Karolina Markiewicz et Pascal Piron. Nous avons rencontré les réalisateurs.

Par Marie-Laure Rolland

C'est l'itinéraire de six jeunes réfugiés vivant au Luxembourg que nous propose de découvrir «Mos Stellarium», le remarquable documentaire signé par Karolina Markiewicz et Pascal Piron. Ils s'appellent Dzemil, Milena, Anna, Yunus, Rijad et Eko. Des ados que rien ne distingue de leurs copains de lycée et qui pourtant sont, chacun à leur manière, des héros ordinaires.

Compte tenu du flux d'informations qui se déverse quotidiennement dans les médias à propos des réfugiés et demandeurs d'asile, certains pourraient se demander s'il était bien utile de consacrer un nouveau long métrage documentaire à ce type de sujet. N'en sait-on pas suffisamment sur ces populations déracinées? N'est-ce pas toujours la même histoire de personnes qui tentent de sauver leur peau ou de se construire un avenir meilleur sous d'autres latitudes que celles où elles sont nées? N'entend-on pas toujours les mêmes questionnements ou peurs liées à l'intégration?

Une prise de parole rare

L'originalité de la démarche de Karolina Markiewicz et Pascal Piron – qui a d'ailleurs été remarquée par le Liechtenstein, pays qui a sélectionné le film pour être diffusé dans son Pavillon à la Biennale de Venise – tient en premier lieu à ce que ceux-ci donnent la parole à des adolescents. Le plus souvent, ce sont les adultes que l'on entend. Or derrière les pères et mères de famille, il y a des jeunes qui, parfois du jour au lendemain, ont dû quitter leurs copains, leur quartier, leur école pour suivre leur famille et arriver dans un pays inconnu.

Karolina Markiewicz les connaît bien puisqu'elle enseigne le français en classe d'insertion au Lycée technique du Centre à Limpertsberg. Il y a souvent parmi ses élèves des jeunes qui n'ont pas de papier ou qui ont un statut de réfugié. Parfois, ils racontent d'où ils viennent, comment ils vivent au Luxembourg. Elle a pris l'habitude d'enregistrer et de noter ces histoires, avec leur accord. «Je me disais qu'un jour il faudrait que j'en fasse quelque chose. Lorsque j'ai rencontré Pascal Piron, le projet de film a pris forme», explique-t-elle.

Des défis quotidiens

Les témoignages montrent que ces jeunes portent sur leurs épaules énormément de responsabilités par rapport à leurs familles. «C'est eux qui gèrent tout car leurs parents ne parlent pas les langues du pays. Ils doivent s'occuper de l'administration, des médicaments, du soutien psychologique...». Ce dont témoigne par exemple Milena, 19 ans, originaire du Kosovo et au Luxembourg depuis sept ans; elle espère toujours que sa famille obtiendra ses papiers et qu'elle pourra devenir infirmière. La caméra l'accompagne dans une parfumerie. Elle sait qu'avec les 12,50 euros alloués par mois pour chaque enfant par le gouvernement, acheter du maquillage est un luxe. Dans ces conditions, on apprend vite à distinguer le nécessaire du superflu. Dans une société de l'opulence comme la nôtre, un défi quotidien.

Le casting a été soigneusement préparé. Il s'agissait de choisir des jeunes qui avaient envie de s'exprimer, qui pouvaient le faire dans un français ou allemand compréhensible, et qui allaient témoigner d'un parcours spécifique. «Il était important pour nous de montrer que chaque immigré est dans une situation différente», souligne la réalisatrice. Milena, Dzemil, Yunus, Anna, Rijad, Eko nous racontent leur histoire, comment un jour ils sont partis d'Afghanistan, du Monténégro ou de Syrie et sont arrivés au Luxembourg, un pays où le ciel paraît bleu à celui qui a fui les bombardements.

Regard poétique

"Mos Stellarium" de Karolina Markiewicz et Pascal Piron.
"Mos Stellarium" de Karolina Markiewicz et Pascal Piron.
Photo: Tarantula.

Le ciel, précisément, n'est jamais loin dans ce film porté par les très belles images de Jako Raybaut (qui a aussi signé «Hot hot hot» de Beryl Koltz ou «Eng nei Zäit» de Christophe Wagner). Le titre, «Mos Stellarium» – que l'on peut traduire par «les moeurs des constellations» – fait référence à l'opération «Mos Maiorum» lancée en octobre 2014 par la police européenne. Il s'agissait de retracer les filiales des passeurs qui ouvrent les portes de l'Europe aux réfugiés ou migrants. Le nom a été détourné pour le parer d'une aura mystérieuse et belle. «On voulait glisser une certaine poésie dans ces histoires qui sont quand même extraordinaires», indique Karolina Markiewicz.

Le parti pris esthétique des réalisateurs est de fait assez radical. Les jeunes sont filmés au plus près mais ne dévoilent jamais leur visage. «Une manière de montrer que ce sont des histoires très personnelles mais aussi universelles, qui ont toujours existé». Il est frappant aussi de constater que les ados sont le plus souvent seuls. Là encore, un parti pris dans le scénario pour souligner que ces jeunes déracinés «restent au fond très seuls car ils ont l'impression que l'on ne peut pas les comprendre». La sensation d'enfermement qui en résulte contraste avec la grande liberté de cadrage et de montage du film, mais aussi avec les échappées lumineuses dans une forêt luxembourgeoise, un lac du Monténégro, le ciel qui aspire la soif de vivre de ces enfants de l'exil.

Documentaire (L 2015). Réalisation: Karolina Markiewicz, Pascal Piron. Image: Jako Raybaut. Musique: Nima Azarmgin. 52 minutes. (A partir de 12 ans)

Les horaires des séances se trouvent ici.


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