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Mudam:rencontre avec la nouvelle directrice: «Arriver avec des idées fraîches»
Suzanne Cotter prendra ses fonctions le 1er janvier 2018.

Mudam:rencontre avec la nouvelle directrice: «Arriver avec des idées fraîches»

Photo: Gerry Huberty
Suzanne Cotter prendra ses fonctions le 1er janvier 2018.
Kultur 6 Min. 24.10.2017

Mudam:rencontre avec la nouvelle directrice: «Arriver avec des idées fraîches»

Thierry HICK
Thierry HICK
Elle a été choisie parmi quarante candidats. Suzanne Cotter, actuellement directrice du Musée Serralves de Porto, succédera le 1er janvier 2018 à Enrico Lunghi. De passage au Luxembourg, la future directrice du Mudam nous parle de ses envies et visions.

Interview: Thierry Hick

Elle a été choisie parmi quarante candidats. Suzanne Cotter, actuellement directrice du Musée Serralves de Porto, succédera le 1er janvier 2018 à Enrico Lunghi. De passage au Luxembourg, la future directrice du Mudam nous parle de ses envies et visions.

Pourquoi avez-vous postulé au poste de direction du Mudam?

On m'a approchée et encouragée à poser ma candidature, surtout Frances Morris (de la Tate Modern de Londres, ndlr). Je connaissais l'institution de loin, pas de près. Ensuite, je suis très curieuse.

Avez-vous suivi la crise qu'a connue le musée. Connaissez-vous Enrico Lunghi?

Je connais Enrico, je suis resté en contact avec lui pour savoir s'il allait bien. J'ai essayé de le soutenir émotionnellement. Je ne lui ai pas parlé avant de poser ma candidature, mais par la suite il m'a envoyé un mot. Je ne me suis jamais impliquée dans la crise. Vous savez, dans notre profession, il y a une grande part de responsabilité et beaucoup de passion. Des choses peuvent arriver.

"C'est bien d'arriver avec des idées fraîches et ne pas toujours devoir porter le poids du passé."
"C'est bien d'arriver avec des idées fraîches et ne pas toujours devoir porter le poids du passé."
Foto: Gerry Huberty

En tant que membre du comité scientifique, vous aviez déjà un premier contact avec le Mudam.

En fait, j'ai été invitée en 2016, la première réunion a eu lieu en décembre, je n'ai pas pu y assister. Aujourd'hui ce comité n'existe plus. Bien sûr, j'ai suivi de loin la programmation du Mudam puisqu'il fait partie du parcours international.

Est-ce un avantage, finalement, de ne pas trop en savoir?

Certainement. Ce n'est pas toujours bon de trop savoir. C'est bien d'arriver avec des idées fraîches et ne pas toujours devoir porter le poids du passé. C'est pourquoi un changement de direction dans un musée est une bonne chose. Cela vaut non seulement pour le Mudam mais pour tous les musées du monde.

Disposerez-vous d'une liberté dans vos choix artistiques?

Oui, ma liberté d'action sera totale, sans restriction. Sinon, je n'aurais pas accepté le poste. J'ai l'appui du conseil d'administration.

En déposant votre candidature, vous avez présenté un projet. Quelles sont vos visions d'avenir?

J'ai des idées que j'aimerais mettre en pratique. Je suis de passage pour quatre jours au Luxembourg. Dans le futur, j'aurai l'occasion de voir les choses de plus près. Je sais déjà que je veux développer la collection du Mudam et la rendre plus visible. La qualité des œuvres appartenant au musée est remarquable. Dans la programmation, je veux chercher un bon rapport entre les œuvres de cette collection et des œuvres invitées qui peuvent s'en inspirer. Le public doit prendre conscience de la valeur et de la signification du fond artistique du Mudam.

"Le Mudam doit être ouvert sur l'espace urbain, renforcer les contacts avec la ville."
"Le Mudam doit être ouvert sur l'espace urbain, renforcer les contacts avec la ville."
Photo: Gerry Huberty

Avec le bâtiment, vous disposez d'un outil de travail particulier. Comment comptez-vous l'utiliser?

Le bâtiment avec ses volumes est en effet imposant. Il faut établir un dialogue permanent et approfondi entre l'architecture et l'art qui y est exposé. Il faudra peut-être utiliser l'espace différemment. Et aussi l'extérieur. Où et quand débute l'expérience d'un musée? Sûrement pas sur le seuil de la porte d'entrée.

Cela veut dire que le musée doit rester à l'écoute de la ville, du monde extérieur?

Certainement, le Mudam doit être ouvert sur l'espace urbain, renforcer les contacts avec la ville. Et pourquoi pas exploiter de nouvelles formes d'expressions? Et ne pas oublier ses voisins que sont la Philharmonie et le Grand Théâtre.

Quelle doit être la place du Mudam sur le plan national, régional et international?

Il s'agit de développer ce qui a déjà été mis en route. Luxembourg doit être plus visible. C'est une ambition qui implique beaucoup de travail. A Luxembourg, à New York ou Paris il faut se poser des questions. Qu'avons-nous à donner? Que peut-on apprendre du monde à travers un musée? A nous de donner les bonnes réponses.

Votre venue au Luxembourg, est-ce une ligne supplémentaire apportée à votre curriculum vitae déjà bien fourni?

Laissez-moi d'abord arriver. J'ai signé pour cinq ans. Je suis quelqu'un qui vit dans le présent, je n'aime pas me projeter dans le futur.

Je ne connais pas la scène nationale. J'ai tout à apprendre.

Comment comptez-vous profiter de votre expérience?

Je connais le monde de l'art et le fonctionnement des musées, je sais comment préparer une exposition. Je suis dans une zone de confiance. L'humilité dans ce travail reste cependant essentielle à mes yeux. Même si j'ai travaillé dans de nombreux endroits très variés, chaque situation est différente. Il est primordial d'avoir un champ de vision le plus large possible.

"Je suis quelqu'un qui vit dans le présent, 
je n'aime pas me projeter dans le futur."
"Je suis quelqu'un qui vit dans le présent, 
je n'aime pas me projeter dans le futur."
Gerry Huberty

Votre long séjour à Porto servira-t-il à être à l'écoute de la communauté lusophone du pays?

Je parle portugais, c'est déjà un avantage. La communauté lusophone est importante ici, j'en ai parfaitement conscience. A Porto j'ai découvert la scène portugaise.

Connaissez-vous la scène artistique du Luxembourg?

Non, j'ai tout à apprendre. Dans ma programmation à venir, la scène nationale devra être représentée, c'est le reflet de l'identité du pays et de sa population. Le public doit aussi pouvoir se reconnaître dans les expositions que nous lui proposons.

Vous parliez de développer votre travail sur la collection. Vous n'êtes pas sans savoir que le budget disponible pour de futures acquisitions reste limité.

Je sais. Il faudra un travail de dialogue avec le conseil d'administration. Il faut atteindre une certitude et une stabilité autour de ce point. Cette question fait partie des choses urgentes à régler.

"Le but d'un musée ne sera jamais de faire des profits"
"Le but d'un musée ne sera jamais de faire des profits"
Photo: Gerry Huberty

Le Mudam s'ouvre régulièrement à des événements privés. Ces rentrées d'argent contribuent au fonctionnement de l'institution. Certains y voient une privatisation de la culture. Y a-t-il un risque particulier?

Si cela permet de faire profiter le fonctionnement du musée, sa politique d'acquisition et sa programmation, je ne vois pas de problèmes si l'on veut faire quelque chose d'extraordinaire. L'argent privé ne doit pas se substituer à d'autres financements possibles. Il faut être imaginatif. Cette réalité vaut pour toutes les institutions du monde. Le rôle d'un musée ne sera jamais de faire des profits.

Bio express: de Melbourne au Kirchberg

Suzanne Cotter est née à Melbourne en Australie. Elle étudie à la Queensland University of Technology, l'histoire de l'Art à l'Université de Melbourne et la muséologie à l'Ecole du Louvre de Paris. A Londres elle poursuit ses études de l'histoire de l'Art et de management culturel. En 1996, elle débute son travail de curatrice d'exposition pour différentes galeries londoniennes avant d'être de 2002 à 2009 directrice adjointe du Modern Art Oxford. Par la suite, en tant que commissaire de la Fondation Solomon R. Guggenheim elle dirige de 2010 à 2012 l'Abu Dhabi Project. En 2013 Suzanne Cotter prend la direction du Museu de Arte Contemporânea de Serralves à Porto. Elle fait également partie de la direction de la documenta de Kassel. Suzanne Cotter prendra ses fonctions à la tête du Mudam le 1er janvier 2018.


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