Wählen Sie Ihre Nachrichten​

Mieux vaut s'entendre, à bon entendeur salut!
Kultur 3 9 Min. 17.02.2019 Aus unserem online-Archiv

Mieux vaut s'entendre, à bon entendeur salut!

Kultur , Sinne , Hören , Ohren , Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort

Mieux vaut s'entendre, à bon entendeur salut!

Kultur , Sinne , Hören , Ohren , Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort
Guy Jallay
Kultur 3 9 Min. 17.02.2019 Aus unserem online-Archiv

Mieux vaut s'entendre, à bon entendeur salut!

Thierry HICK
Thierry HICK
La rédaction culturelle consacre une série dédiée aux cinq sens. Après le goût, le toucher, l'odorat, place aujourd'hui à l'ouïe.

«J'entends, donc je suis!», aurait pu dire Descartes, «Andy, dis-moi ,ouïe‘!», auraient pu chanter les Rita Mitsouko. Au-delà de ces faciles détournements, l'audition est souvent plus plurielle qu'elle ne le laisse entendre à la première écoute. La musique nous accompagne, adoucit nos mœurs, met nos sens en éveil. Et pourtant, le danger guette à la moindre occasion.

360 Videos werden hier nicht unterstützt. Wechseln Sie in die Youtube App, um das Video anzusehen.

Une question anodine pour débuter: quel est le point commun entre le compositeur allemand du XVIIIe siècle Ludwig van Beethoven et Rone, le maître français de la techno du XXIe siècle? Le premier à cause de sa surdité, n'a jamais «entendu» sa célèbre «Ode à la joie». Le second, avec sa musique, attire les cétacés dans les océans, à la plus grande stupéfaction des scientifiques. Et le point commun? Ces deux exemples, diamétralement opposés, sont la preuve, que le sens de l'ouïe ne se limite pas à l'unique intervention de l'oreille pour la perception de sons. D'autres phénomènes entrent en jeu.

Un rappel biologico-médico-morphologico-physico-organico-anatomico-simpliste s'impose pour mieux comprendre le sens de l'ouïe. Tout ce que nous entendons – que ce soit des notes de musique, mais aussi le vrombissement d'un moteur ou la crise de ménage du voisin – provient de sons, qui d'une manière ou d'une autre, perturbent l'air en créant des vibrations. Encore faut-il que ces dernières rejoignent les parties concernées du cerveau. L'oreille n'est en fait que la partie visible de l'iceberg dans ce long parcours. 


D'abord vibrations sonores, ensuite ondes mécaniques avant de devenir influx nerveux, les notes de Mozart sont transformées, transfigurées avant de produire leurs effets. Du moins pour une partie d'entre nous, puisque, c'est bien connu, les goûts et les couleurs ne se discutent pas.

Sans la musique, la vie serait une erreur», Friedrich Nietzsche.

Mozart ou Metallica, même réflexe pilo-moteur

D'aucun vibreront aux envolées lyriques de la «Reine de la Nuit», tandis que d'autres s'éclateront aux riffs poisseux de musique métal. Ici, on ne parlera pas de tous ceux qui restent de marbre, de tous ceux pour qui l'émotion n'est visiblement pas au rendez-vous. Revenons aux «sensibles» qui assument leur chaire de poule face à tant de beauté sonore. Mais d'où vient ce phénomène épidermique? Le réflexe pilo-moteur est une réaction de l'organisme face à certaines situations, froid, peur, jouissance... Ce mécanisme de réflexe entraîne la contraction des muscles érecteurs (muscles horripilateurs) reliant les poils à la peau. Dans un contexte purement musical, mieux vaut peut-être parler d'émotions. Mozart ou Metallica à la sauce des muscles horripilateurs: sans plus!


Kultur, Im Reich der Sinne. Riechen.Zigarrenrauch.Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
Das Reich der Sinne
Die Serie: Nach den Reihen rund um Farben und Tiere in Kunst und Kultur im Jahr 2018, setzen die Kulturredakteure des „Luxemburger Wort“ ihre außergewöhnlichen Streifzüge mit einer neuen Reihe über die menschlichen Sinne mit einer Suche nach den Allegorien und Metaphern, aber auch den direkten kulturellen Sinneserfahrungen in Literatur, Kunst, Musik und Gesellschaft fort.

Dans l'histoire de l'art, les fameux cinq sens n'ont cessé d'inspirer des artistes de toutes les époques. Le Musée Vauban de Luxembourg avec son exposition «Les cinq sens dans la peinture» explorait le sujet en 2016. Le catalogue de l'exposition prévenait le visiteur en ces termes: «Les cinq sens de l’Homme – le goût, l’odorat, la vue, l’ouïe et le toucher – comptent parmi les sujets les plus variés et les plus séduisants de la peinture européenne. Alors qu’une aura, largement négative, entourait les sens dans l’Antiquité et au Moyen Age – car trompeurs et incitant au péché –, leur perception évolua avec la rationalisation croissante de la pensée au XVIIe siècle. La peinture néerlandaise de l’Age d’or remplaça petit à petit les représentations initialement symboliques ou allégoriques des sens par des scènes de genre narratives.» L’exposition à la Villa Vauban présentait des peintures et gravures du XVIIe au XIXe siècle. La dame personnifiant l’ouïe – dans une série de cinq huiles sur bois d'un peintre anonyme de la première moitié du XVIIe siècle – joue du luth et est représentée accompagnée d’un cerf, d’instruments et de partitions. Elle est associée à l’épisode mythologique au cours duquel Mercure endort le gardien Argus en jouant de la flûte.

Kultur , Sinne , Hören , Ohren , Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort
Kultur , Sinne , Hören , Ohren , Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort
Guy Jallay

Un autre artiste inconnu réalisa à la Renaissance française une tenture dite de «La dame à la licorne». Ses six tapisseries millefleurs sont des allégories des cinq sens – la sixième étant consacrée au «désir». Pour l'ouïe, la dame joue d'un orgue portatif, instrument en vogue à l'époque. La liesse qui se dégage de ce tableau est censée illustrer l'élévation de l'âme. Pour la petite histoire – et les fans d'«Harry Potter»: ces tapisseries ornent les murs de la salle commune des élèves de la maison Gryffondor.

Des cinq sens il en est également question dans les «Allégories des cinq sens», une série de cinq tableaux peints en 1617 et 1618 à Anvers par Jan Brueghel l'Ancien et Pierre Paul Rubens. Une fois encore, des artistes tentent avec leurs moyens et leur imagination de coucher sur une toile le sens de l'ouïe. Pour ce faire, l'utilisation de la symbolique d'un instrument de musique est tout simplement inévitable.

«La troisième oreille»

«Sans la musique, la vie serait une erreur» écrivait Friedrich Nietzsche au XIXe siècle. Au-delà de la jolie formule, le philosophe fait état de sa prédilection pour la musique en particulier, et pour les sons en général. Pour Nietzsche, le créateur de l'expression «la troisième oreille», la musique était la porte d'entrée du monde, de l'essentiel. C'est cette même musique qui lui aura aussi ouvert les portes de la philosophie.

Le compositeur Ludwig van Beethoven aurait sans doute été emballé par une invention contemporaine d'un groupe de musiciens issus de l'ensemble Junge Symphoniker Hamburg. Inviter des personnes sourdes au concert et leur faire «entendre» des œuvres symphoniques en direct: un pari insensé, certes, mais que les technologies nouvelles ont rendu possible grâce au «Sound Shirt». Le principe est simple: créer un vêtement doté de 16 petits moteurs qui retranscrivent les vibrations de la musique sur différentes parties du corps. Les violons sur les avant-bras, les vents dans le dos... Les premiers tests effectués sur des volontaires semblent concluants. Surtout pour des extraits d'opéras de Richard Wagner. Qu'en est-il pour la musique techno, le rock ou le rap... l'inventeur du «Sound Shirt», l'entrepreneur et homme de publicité Jung von Matt a encore du pain sur la planche. En attendant de nouvelles percées, la tentative a du moins le grand mérite d'exister.

360 Videos werden hier nicht unterstützt. Wechseln Sie in die Youtube App, um das Video anzusehen.

A la Rockhal on distribue des «ear plugs»... pour atténuer le volume d'écoute de certains concerts. Etonnant, diront certains. Comme si le Mudam distribuait des masques de nuit pour visiter ses expositions.

«Audition colorée»

L'ouïe peut aussi s'associer à un autre sens pour produire de nouvelles sensations. Il se trouvera toujours un neurologue inspiré pour vous dire que si vous entendez des notes en couleurs il n'y a pas de quoi s'affoler. Dans pareil cas, l'on parle d'«audition colorée». L'association de deux ou plusieurs sens – un phénomène neurologique non pathologique – est qualifié de «synesthésie». Le poète et mélomane Théophile Gautier entendait le bruit des couleurs, tandis que les compositeurs Olivier Messiaen et Alexandre Scriabine associaient à chaque note une couleur. Le vert correspondait au «la». Il serait intéressant de dresser un tableau regroupant toutes les combinaisons «synesthésiques».

L'être humain est confronté à une sacrée injustice. Les chiens entendent des fréquences allant jusqu'à 40.000 Hz, sans parler des dauphins ou baleines qui poussent leurs capacités auditives jusqu'à 80.000 Hz. Et nous les humains, en partant de 20 Hz, nous atteignons péniblement les 16.000 Hz.

Kultur , Sinne , Hören , Ohren , Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort
Kultur , Sinne , Hören , Ohren , Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort
Guy Jallay

Allo?

Quel objet du quotidien est étroitement lié, voire collé, à nos oreilles? Le téléphone pardi. Instrument de prédilection pour la communication entre deux personnes, l'invention de Graham Bell a aussi fait le bonheur de chanteurs de tous poils. Alors que «Gaston ne répond pas», Alain Souchon décroche son combiné pour appeler maman au moindre «bobo», Claude François en cas de gros chagrin «pleure» au téléphone. Après avoir chanté haut et fort que «la Terre est bien ronde et la Lune est si blonde», le guitariste Louis Bertignac a finalement raccroché son «Téléphone» depuis des lustres. Dommage que ces derniers temps Stevie Wonder ne téléphone plus à ses fans pour leur dire «I Justed Called to Say I Love You».

360 Videos werden hier nicht unterstützt. Wechseln Sie in die Youtube App, um das Video anzusehen.

Le téléphone a longtemps été utilisé pour «téléphoner», certes, mais aussi pour crier sa flamme à l'élue promise ou pour épancher ses doutes et crises sentimentales. Aujourd'hui le combiné à cadran de nos grands-parents a disparu – les lignes fixes sont devenues une curiosité historique. Surtout pour tous ceux, qui plus que jamais ne peuvent vivre sans leur téléphone des temps modernes. Le smartphone est l'accessoire incontournable. Ce concentré de technologies modernes est devenu un juke-box ambulant, une discothèque aux ressources infinies. En plus d'entendre ou écouter de la musique, cet objet du désir ne se contente plus d'accaparer l'ouïe, la vue aussi est désormais connectée. Rarement, un petit boîtier n'aura autant influencé et marqué les sens humains.

Kultur , Sinne , Hören , Ohren , Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort
Kultur , Sinne , Hören , Ohren , Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort
Guy Jallay

Jusqu'au risque d'être menacé de surdité. Un comble pour un objet censé promouvoir les images et les sons... L'ONU vient de tirer un cri d'alarme et veut réduire le volume des smartphones et autres appareils audio. Près de 900 millions de jeunes de 12 à 35 ans seraient menacés de surdité jusqu'en 2050. Plus de 460 millions de personnes ont déjà perdu leur audition à cause d'une exposition à des sons trop puissants – 34 millions d'enfants sont concernés. Au-delà des chiffres bruts et anonymes, ces données statistiques témoignent de la véracité – souvent méconnue – des problèmes d'audition. A chacun de trouver finalement ses limites. Ou se résigner avec le «Chat» de Philippe Geluck qui connaît «des sourds qui s'entendent très bien». A bon entendeur, salut!

Le dossier complet de cette nouvelle série est à retrouver sur: www.wort.lu/de/kultur