Les 25 ans de l'Estro Armonico

Il était une fois Vivaldi

Une image habituelle: l'orchestre au 
service d'un ensemble vocal du pays.
Une image habituelle: l'orchestre au 
service d'un ensemble vocal du pays.
Photo: Estro Armonico

par Thierry Hick

«Au début, on s'intéressait tout particulièrement à l'interprétation de la musique baroque. Pour notre premier concert, on avait choisi des concerti ,Estro Armonico‘ de Vivaldi. A l'époque on jouait encore sur des cordes en boyau. Nous avons par la suite appliqué ces principes d'articulation à la musique classique. Le plus important pour nous était de se retrouver pour faire de la musique ensemble. Cet esprit perdure toujours», note Guy Goethals, le Konzertmeister et fondateur de l'Estro Armonico.

Aujourd'hui, l'orchestre regroupe un nombre variable de musiciens. «Jusqu'à 45 personnes, selon les productions». Au départ, le professeur Guy Goethals s'était entouré de jeunes musiciens, étudiants pour la plupart. La phalange regroupe désormais des musiciens professionnels confirmés. «La grande majorité sont des enseignants. N'étant pas des musiciens d'orchestre, ils ressentent le besoin de se retrouver pour jouer en grande formation», précise celui qui, en plus du violon joue du saxophone – un instrument qu'il enseigne au Conservatoire de Luxembourg.

Un ensemble à géométrie variable.
Un ensemble à géométrie variable.
Photo: Estro Armonico

Pas de chef attitré

Avec le temps, l'ensemble s'est spécialisé et occupe une niche que d'autres orchestres ne veulent plus occuper. Lorsque l'un des très nombreux ensembles vocaux du pays prépare un concert, il fait la plupart du temps appel à l'Estro. Ce sera également le cas, demain pour le concert du 25e anniversaire à Diekirch, en compagnie de Jean-Paul Majerus et de son ensemble vocal Cantica.

L'orchestre ne disposant pas de chef d'orchestre attitré, chaque chœur qui engage l'orchestre a donc soin de faire appel à son chef. Même si certains noms reviennent régulièrement, les musiciens doivent s'adapter, estime le Konzertmeister: «C'est mon rôle de trouver un langage commun entre le chef de chœur – qui n'est souvent pas habitué à travailler avec un orchestre – et les musiciens. Ces concerts d'accompagnement permettent en plus d'atteindre un public différent, qui n'a pas l'habitude de se rendre à la Philharmonie par exemple ou qui n'a pas encore vu un orchestre jouer.»

Photo: Estro Armonico

Prestataires de services

Le calendrier de la phalange est bien fourni, certains concerts s'enchaînant à un rythme quasi hebdomadaire. «Les chœurs nous sollicitent, à nous de veiller à ne pas en faire trop et de coordonner les dates», glisse Arend Herold, l'administrateur de l'orchestre. «Nous sommes en quelque sorte des prestataires de services.»

Des services qui ont bien évidemment un coût, les interprètes étant payés pour les répétitions et les concerts. Alors qu'une grande partie des musiciens a des revenus fixes, certains d'entre eux vivent sous le statut d'artiste indépendant, donc dépendants de ces revenus. Pour chaque projet, il s'agit de trouver le bon équilibre entre le nombre de musiciens et de répétitions requis, en fonction de la programmation mais surtout en fonction des moyens financiers des commanditaires, les chorales.

Une question d'argent

L'Estro Armonico dispose depuis 2015 d'une convention avec le ministère de la Culture. Cela lui assure des revenus réguliers. «Bien sûr on aimerait toujours avoir plus», glisse Guy Goethals. «Cela nous permet de planifier notre travail et de faire face aux imprévus», se réjouit Arend Herold.

D'argent, il en est également question pour d'éventuelles productions propres à l'orchestre. En 2016, l'Estro s'installait au Grand théâtre avec l'opéra «La Bohème» de Puccini. «On avait fait un sondage auprès des musiciens pour savoir s'ils étaient intéressés par cette production pour laquelle nous avons atteint nos limites, pour ce qui est des effectifs. Certes on aime faire de tels concerts symphoniques, mais au-delà des questions de répertoire et d'effectifs, ce sont les frais financiers qui sont à notre disposition qui nous obligent à faire des choix et à limiter le nombre de tels projets d'envergure», explique Arend Herold.

Autres projets ou idées

Le volet éducatif de l'orchestre est maintenu au travers des master-classes de direction d'orchestre organisées en collaboration avec le Conservatoire de Luxembourg.

Outre la musique de film ou la comédie musicale, l'Estro, après l'enregistrement d'un album consacré à Lou Koster, entend approfondir son travail autour des compositeurs luxembourgeois. Ce sera le cas, demain soir avec la création de «Endless Moving» de Luc Grethen, qui est hautboïste de l'orchestre. «C'est dommage que l'œuvre d'un compositeur du pays, une fois sa création passée, est rapidement oubliée et termine sa course au fond d'un tiroir».

Concert anniversaire vendredi soir (13 octobre), à 20 heures, à l'église décanale de Diekirch. Avec la participation de l'ensemble Cantica, des solistes Gaby Wolter-Boever, Myriam Putz-Weisgerber, Marc Dostert et Carlo Migy. Direction: Jean-Paul Majerus. Oeuvres de Luc Grethen, J. Haydn et L. v. Beethoven. Prix: 20 euros (réduit: 10 euros). Caisse du soir uniquement. Deuxième concert-anniversaire, le 26 novembre au Conservatoire de Luxembourg.

www. estro.lu