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Lambert Schlechter: "Je commence à planifier mon avenir"
Kultur 8 5 Min. 20.04.2015

Lambert Schlechter: "Je commence à planifier mon avenir"

Kultur 8 5 Min. 20.04.2015

Lambert Schlechter: "Je commence à planifier mon avenir"

L'écrivain Lambert Schlechter revient dans une interview sur la nuit de l'incendie qui a ravagé sa maison à Eschweiler. S'il est abattu, il a néanmoins déjà repris la plume et songe à la prochaine étape.

Par Marie-Laure Rolland

Deux jours après l'incendie qui a ravagé la maison qu'il loue à Eschweiler samedi 18 avril 2015, l'écrivain Lambert Schlechter est encore sous le choc. "C'est la fin d'un  monde", confie-t-il, frustré d'avoir assisté à la destruction des milliers d'ouvrages  et documents personnels accumulés au fil du temps depuis 1954, date à laquelle il a débuté son journal intime. Combien ont réchappé à l'enfer? "Impossible de le dire car les pompiers nous ont interdit l'accès à la maison. Elle risque de s'écrouler". Il estime que "les deux tiers, voire les trois-quarts sont partis en fumée".

Outre la perte littéraire, c'est aussi un morceau du patrimoine architectural qui a été touché puisque la maison, nichée dans le village au coeur des Ardennes luxembourgeoises, date du XVIIIe siècle et est inscrite sur la liste du Patrimoine national.

"Des bruits étranges"

Lui même garde les stigmates de l'incendie qu'il a tenté de contenir en attendant l'arrivée des pompiers. "Je me suis réveillé samedi vers 5h00 car j'ai entendu des bruits étranges en haut de la maison. En sortant de ma chambre au premier étage, je me suis dirigé vers le grenier. Avant même d'atteindre la porte, j'ai vu une grande lumière sous la porte. J'ai compris que tout brûlait et j'ai appelé les pompiers. Lorsque des cendres ont commencé à tomber dans la chambre chinoise située au-dessous, j'ai voulu éteindre le feu qui prenait sur le lit. Je n'y ai pas pris garde mais mes deux mains ont été brûlées. Ce n'est pas trop grave, à l'exception de l'index à la main gauche qui est méchamment amoché".

Une consultation au Centre des grands brûlés de Liège dimanche l'a rassuré. Il devrait se remettre de ses brûlures d'ici deux semaines. Seul son index à la main gauche a été brûlé au troisième degré. "On m'a enveloppé les doigts de telle manière que je peux déjà écrire", confie-t-il en observant qu'il est heureusement droitier.

Montaigne parti en fumée

Si cet incendie émeut tellement le monde littéraire, c'est parce que l'écrivain,– dont l'oeuvre a été couronnée par le Prix Batty Weber en octobre dernier – vivait en étroite symbiose avec la "maison-bibliothèque" qu'il avait aménagée, puisant dans ses lectures la matière de son oeuvre. Il annotait scrupuleusement les dates de ses lectures sur les livres, faisant de ceux-ci une sorte de substrat archéologique entrant en correspondance avec ses écrits.

Dans le grenier étaient réunis les ouvrages des amis de l'écrivain  (parmi lesquels le poète Jean-Claude Pirotte)  mais aussi des auteurs luxembourgeois (comme Anise Koltz, Nico Helminger, Jean Portante, Guy Rewenig), des écrivains français (avec son très cher Pascal Quignard) ou encore les grands philosophes qu'il aimait faire dialoguer (Erasme, Descartes, Diderot, Spinoza,etc). Dans une réserve, l'écrivain stockait le journal personnel qu'il rédigeait depuis 1954, l'année de ses 13 ans.

Au premier étage, deux des quatre chambres seraient intactes. Ces chambres étaient aménagées par thème: la chambre poétique, la chambre russo-américaine, la chambre italienne et la chambre chinoise.

"L'atelier de l'alchimiste" partiellement épargné

C'est après le départ des pompiers que l'incendie est reparti au rez-de-chaussée de la maison, brûlant entièrement en un quart d'heure l'un des deux bureaux dans lesquels l'écrivain travaillait généralement le matin. "Je n'ai rien pu faire", se désole Lambert Schlechter. On trouvait là plusieurs éditions des «Essais» de Montaigne et notamment le Facsimilé de l'exemplaire de Bordeaux sur lequel figurent les ajouts et corrections du philosophe et moraliste de la Renaissance, ou encore son édition préférée, celle de la Bibliothèque nationale de France.

En revanche, l'autre bureau du rez-de-chaussée, son  "atelier de l'alchimiste", n'a pas brûlé. C'est là qu'il entreposait les documents, les archives ainsi que les cahiers de moleskine qui faisaient la matière de ses livres. Ces carnets ont pu être retirés de la maison grâce à l'intervention du directeur du Centre national de la littérature, Claude Conter, venu dès samedi à Eschweiler. Si certains sont intacts, d'autres en revanche ont été abîmés par l'eau projetée sur la maison pour contenir l'incendie. Ils devraient pouvoir faire l'objet d'une restauration.

Appel à mécène

Entouré par ses proches et par le directeur du Centre national de littérature, Claude Conter, venu dès samedi tenter d'aider à sauver du désastre ce qui pouvait l'être, Lambert Schlechter n'a pour l'heure d'autre chose à faire que d'attendre l'expertise judiciaire qui tentera de comprendre comment l'incendie a pu se déclencher. D'ici là, la maison est interdite d'accès. Sa structure ayant été affaiblie par l'incendie, elle menace de s'effondrer.

L'écrivain pour sa part reste debout. "Je commence à planifier mon avenir", dit-il, ajoutant avoir l'esprit assez fataliste. "Ce qui est arrivé est arrivé. Je sais depuis le décès de mon épouse en 1989 que l'on arrive à gérer le pire". Il se dit très touché par l'affection de ses trois enfants qui sont venus le soutenir ainsi que par les nombreux signes de solidarité qu'il a déjà reçus.

Il  cherche actuellement une maison du côté de Luxembourg-ville ou de la Moselle où il pourrait s'installer. Et il se prend même à rêver: "S'il pouvait y avoir un mécène qui me donne une petite villa de plein pied avec quelques pièces, un beau hangar pour mettre mes livres et où je puisse avoir la paix!"

Dans sa tête, il est clair que cet incendie clôt un chapitre de sa vie. "Montaigne avait 1000 livres. Il ne m'en faut pas autant. Je vais me reconstituer une bibliothèque mais avec quelques centaines de livres. L'important est que ce soit les bons. J'ai déjà commencé à dresser une liste des incontournables. C'est un bon exercice de bilan". Qui en fera partie? "Les vieux bien sûr: Erasme, Sénèque, Montaigne, Nietzsche, Spinoza. Et parmi les modernes Quignard". Déjà, l'impatience est là: "Je ne peux pas vivre sans".

A l'issue de l'entretien, on est rassuré. Le feu n'est pas venu à bout de la sève créatrice de l'écrivain. Et qui sait, peut-être l'alchimiste saura-t-il y trouver matière à chef d'oeuvre!


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