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La quête du beau
Kultur 4 Min. 19.06.2018 Aus unserem online-Archiv

La quête du beau

La Philharmonie illuminée en couleur or

La quête du beau

La Philharmonie illuminée en couleur or
Photo: Pierre Matgé
Kultur 4 Min. 19.06.2018 Aus unserem online-Archiv

La quête du beau

Thierry HICK
Thierry HICK
Gros plan sur le Mudam et la Philharmonie, deux exemples d'une architecture esthétiquement particulièrement parlante au Kirchberg.

L'architecture contemporaine, entre fonctionnalité et esthétique, souvent hésite et se cherche. Le quartier du Kirchberg est devenu ces dernières années un terreau d'expérimentation de tout premier choix. Gros plan sur le Mudam et la Philharmonie, deux exemples d'une architecture esthétiquement particulièrement parlante.

Le Mudam de nuit.
Le Mudam de nuit.
Photo: Laurent Blum

Il semble bien loin le temps où l'architecture de certains bâtiments publics ne devait être que fonctionnelle, la créativité ou l'esthétique passant au deuxième plan. La moindre gare ou le moindre pont aujourd'hui doivent aussi être «beaux». Une prise de conscience a eu lieu, les résultats ont suivi. Ceci est d'autant plus vrai pour les institutions culturelles d'envergure et de prestige – réalisées ou à venir – que le Luxembourg a voulues.

Le Musée d'art moderne Grand-Duc Jean et la Salle de concerts Grande-Duchesse Joséphine Charlotte ont un point commun: l'architecture de ces institutions culturelles et publiques de premier plan se devait d'être à la hauteur des ambitions. C'est pour cette raison, que deux architectes d'exception furent sollicités: Ieoh Ming Pei pour le musée et Christian de Portzamparc pour la salle de concerts. Un choix qui à l'époque, fit quelque peu grincer des dents.

Pour les deux bâtiments à construire furent désignés à chaque fois des architectes «locaux» pour la mise en œuvre «locale» des desiderata des architectes invités: Georges Reuter pour le Mudam et Christian Bauer pour la Philharmonie.

«Mes interventions ont consisté à adapter le projet initial de Ieoh Ming Pei aux réalités du pays, à ses dispositions et ses normes et habitudes propres. Un exemple concret: les murs de la fortification n'ont pas été déplacés, mais incorporés à un projet, qui est né d'intenses réflexions sur le site. C'est bien le signe que Ieoh Ming Pei pour le Luxembourg n'a pas sorti d'un tiroir une idée préconçue clé en main», se souvient aujourd'hui Georges Reuter, qui a travaillé aux côtés de l'architecte sino-américain sur le chantier du Mudam.

L'architecte Georges Reuter
L'architecte Georges Reuter
Photo: Serge Waldbillig

Le concept du Mudam résumé en trois mots

«La conception de Ieoh Ming Pei peut se résumer en une phrase simple, symbolique mais complexe: ,Architecture is Light‘. L'architecture du lieu doit se mettre au service de la lumière, tant naturelle qu'artificielle. Toute la conception du musée d'art moderne s'explique par ces seuls trois mots.»

Pour Georges Reuter – tout comme pour Ieoh Ming Pei – la conception d'un lieu de culture ne peut en aucun cas être guidée par des seules considérations de fonctionnalité, l'esthétique doit être présente. «Une particularité du lieu, ici, est l'utilisation de deux matériaux uniquement: la pierre et le verre. Contrairement à d'autres musées du pays qui misent sur la prolifération des matériaux et des couleurs, le bâtiment de Pei joue sur la sobriété, mais aussi – et peut-être avant tout – sur la retenue volumétrique. Dans le seul but de mettre en évidence le contenu.»

Les cimaises du Mudam ne sont pas adaptées à accueillir des œuvres d'art, le lieu se prête mal à des expositions: Georges Reuter a bien entendu les nombreuses critiques. Et répond: «Si on me dit que l'architecture du Mudam est trop belle, je ne peux considérer cela comme un reproche. Ensuite, le niveau des œuvres exposées doit correspondre à celui du lieu.» Même si l'enveloppe est le reflet d'excellence, il ne faut pas oublier que «l'art exposé doit rester l'élément essentiel. Pour cela, l'architecture doit savoir se faire discrète, voire disparaître», explique l'architecte.

La Philharmonie: un symbole, un repère, comme une cathédrale

L'architecte Christian Bauer
L'architecte Christian Bauer
Photo: archives LW

Pour Christian Bauer, la Philharmonie est «un symbole, un repère, un peu comme une cathédrale en son temps.» La configuration triangulaire du lieu a constitué un vrai challenge pour les équipes d'architectes, se souvient Christian Bauer. L'architecte souligne le rayonnement dans la ville du bâtiment.

«L'extérieur est extrêmement important, tout comme l'intérieur. Il ne doit pas y avoir de différence de niveau, de déception lorsque l'on rentre dans la Philharmonie», poursuit Christian Bauer. Le foyer circulaire entourant l'auditorium est à voir comme une «sorte de filtre, effaçant quelque peu les frontières entre mondes extérieur et intérieur». Dans la conception de la Philharmonie, Christian de Portzamparc a dû faire face à un risque particulier. Face aux exigences quantitatives de tout un chacun, face aux contraintes techniques, face aux souhaits d'utilisations futures «le souci a été de garantir la plus grande cohérence possible», souligne Christian Bauer.

De sa collaboration avec Christian de Portzamparc, l'architecte luxembourgeois garde le souvenir d'une fructueuse collaboration. «Il est toujours important pour moi d'apprendre, d'avancer.» Ce projet aura pourtant mis en évidence des méthodes de travail différentes. «En France l'ébauche d'un projet est souvent moins élaborée, moins dessinée que chez nous. La culture est différente. Cela nous a conduits de temps à temps à des situations conflictuelles et à de longues discussions. Mais jamais le concept même du projet n'a cependant été remis en cause», conclut l'architecte Christian Bauer.