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La critique ciné: Un enfant à tout prix
Un remarquable face-à-face entre Melody (Lucie Debay) et Emily 
(Rachel Blake).

La critique ciné: Un enfant à tout prix

PHOTO: ARTEMIS PRODUCTION
Un remarquable face-à-face entre Melody (Lucie Debay) et Emily 
(Rachel Blake).
Kultur 1 4 Min. 25.04.2015

La critique ciné: Un enfant à tout prix

Dans la coproduction luxembourgeoise «Melody», qui sort cette semaine sur les écrans, Bertrand Bellefroid traite sur grand écran un phénomène dont on parle encore peu mais qui est pourtant une réalité, y compris au Luxembourg: celui des mères porteuses.

Par Marie-Laure-Rolland

Bertrand Bellefroid est un réalisateur qui n'a pas peur des questions qui dérangent. Aussi vaut-il mieux ne pas se fier aux titres faussement «gentils» de ses films. Dans «La Régate», son premier long métrage sorti en 2010, il explorait le phénomène des violences familiales à travers le portrait d'un adolescent harcelé physiquement et moralement par son père.

«Melody», qui sort cette semaine sur les écrans – et dont il faut souligner qu'il s'agit à nouveau d'une coproduction luxembourgeoise de la société Samsa – traite sur grand écran un phénomène dont on parle encore peu mais qui est pourtant une réalité, y compris au Luxembourg (où il n'est pourtant pas autorisé par la loi): celui des mères porteuses. Un film qui a déjà raflé le Prix du public au Festival de Namur et qui a été récompensé par le prix d'interprétation féminine au Festival des films du monde de Montréal.

Photo: Artemis Productions

En terme scientifique, on appelle cela la «gestation pour autrui» (GPA). Une personne (ou un couple) qui ne peut pas avoir d'enfant rémunère une femme qui va porter son embryon moyennant rémunération. Le phénomène s'est développé ces dernières années, à tel point que l'on assiste à une forme de «tourisme procréatif» à destination des pays qui autorisent ces pratiques sous diverses conditions.

Mais quelle est la réalité humaine derrière ce phénomène? Qui sont ces femmes et ces hommes prêts à tout pour avoir un enfant? Quelles sont ces femmes qui acceptent de louer leur ventre et de céder l'enfant qu'elles mettent au monde?

L'affect pris en otage

Le propos de Bernard Bellefroid n'est pas de documenter le fonctionnement des filières ou de prendre position pour ou contre la GPA. A travers les personnages de Melody (Lucie Debay) – qui incarne la mère porteuse – et d'Emily (Rachel Blake) – la femme stérile – il donne un visage humain à des pratiques qui sont pour le moins controversées et qui soulèvent des questions extrêmement complexes.

Il s'y mêle des considérations psychologiques voire ontologiques – le désir d'enfant, la question de la filiation – mais aussi socio-économiques – le service demandé par des personnes aisées étant presté contre rémunération à des femmes généralement en situation de besoin financier – et légales – les personnes jouant avec les failles dans les différentes législations en vigueur puisqu'il n'y a pas d'harmonisation internationale sur ce point.

Photo: Artemis Productions

Dans le film, Melody est une jeune coiffeuse belge seule et fauchée qui a un rêve: ouvrir un salon de coiffure. En attendant, elle travaille comme coiffeuse à domicile et économise sou à sou. Lorsqu'elle trouve enfin le local qui pourrait convenir à réaliser son projet, elle n'hésite pas: elle s'inscrit sur un site qui offre des services aux personnes stériles et qui cherche des mères porteuses.

Elle va très vite rencontrer Emily. C'est une «executive woman» anglaise qui pourrait presque être sa mère. Elle veut un enfant. Elle a choisi Melody pour le porter parce que cette histoire de salon de coiffure l'a touchée, dit-elle. Melody a aussi prétendu avoir une fille à élever. L'argent servira à une «noble cause».

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C'est un fait divers qui a inspiré Bertrand Bellefroid. Une affaire de gestation pour autrui qui avait dégénéré en chantage entre la mère porteuse et les parents stériles. Le film ne cache rien de la relation pécuniaire qui s'installe entre les parties prenantes. Combien vaut un enfant? Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Et très vite, cela crée une tension entre les femmes. Melody profite de la détresse d'Emily pour faire monter les enchères. Emily menace Melody de lui couper les fonds si elle part en gardant le bébé.

Le film, réalisé avec ce réalisme propre à l'école du cinéma belge, est remarquablement interprété par les actrices. Sans révéler tous les ressorts de ce long métrage, on peut dire qu'il pêche un peu par excès. Alors qu'il aurait pu se focaliser sur la thématique de la GPA, il greffe au thème principal d'autres thématiques qui auraient à elles seules mérité un film: la question des naissances sous X mais aussi celle du corps féminin face à l'épreuve du cancer. Le débat en est biaisé même si ce film n'en garde pas moins toute sa légitimité.


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