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La Critique ciné de la semaine: Le mystère «Barbara» reste entier
"Barbara" de Mathieu Amalric avec Jeanne Balibar dans le rôle titre.

La Critique ciné de la semaine: Le mystère «Barbara» reste entier

Photo: Gaumont
"Barbara" de Mathieu Amalric avec Jeanne Balibar dans le rôle titre.
Kultur 1 2 Min. 09.09.2017

La Critique ciné de la semaine: Le mystère «Barbara» reste entier

Marie-Laure ROLLAND
Vingt ans après sa mort, la voix de Barbara n'a pas fini de fasciner les amateurs de chansons à texte. C'est dire si l'acteur et réalisateur Mathieu Amalric s'est attaqué à un monument avec son dernier film.

Par Marie-Laure Rolland

Vingt ans après sa mort, la voix de Barbara n'a pas fini de fasciner les amateurs de chansons à texte. La «femme en noir», disparue le 24 novembre 1997, à l'âge de 67 ans, reste l'éblouissante interprète de morceaux d'anthologie du répertoire français comme «L'Aigle noir», «Göttingen», «Nantes» ou «Ma plus belle histoire d'amour». C'est dire si l'acteur et réalisateur Mathieu Amalric s'est attaqué à un monument avec son dernier film sobrement intitulé «Barbara».

Ce long métrage choisit de contourner le sujet plus que de l'aborder frontalement. Il ne s'agit pas d'un biopic sur Barbara, mais de l'histoire du tournage d'un biopic sur la chanteuse. Un exercice de style qui oscille entre impressionnisme et cubisme afin de faire émerger l'essence de l'artiste plus que son fidèle portrait.

Flou artistique

Cela peut paraître brillant techniquement mais Amalric oublie en chemin le spectateur. Celui-ci a toutes les chances de s'y perdre. En ce sens, le cinéaste ne parvient pas à se hisser à la hauteur de la compositrice qui, elle, savait allier sophistication et émotion dans une fascinante économie de moyens.

C'est l'histoire d'un réalisateur (interprété par Mathieu Amalric) qui décide de tourner un biopic sur la chanteuse Barbara. Le rôle est interprété par Jeanne Balibar dont le fin visage et la silhouette longiligne ne sont pas sans analogies avec la morphologie de la chanteuse, même s'il lui manque une certaine douceur dans les traits aussi bien qu'au fond du regard.

Le scénario joue sur la confusion entre les épisodes de la vie de l'actrice qui prend possession de son rôle, les scènes de tournage et des extraits de film issus du documentaire que Gérard Vergez a tourné en 1972, au cours d'une tournée de Barbara en France. En toile de fond, la musique est très présente, mêlant des extraits chantées par Barbara et des reprises (assez convaincantes) par Jeanne Balibar.

Jeanne Balibar et Mathieu Amalric dans «Barbara».
Jeanne Balibar et Mathieu Amalric dans «Barbara».
(Photo: Gaumont)

Mises en abîme

Deux répliques donnent les clés du film. L'une d'elle cite un extrait de la biographie de Barbara par Jacques Tournier, lequel avoue son impuissance à saisir la personnalité de la chanteuse au-delà de l'image qu'elle veut bien livrer d'elle sur scène. Un mystère que celle-ci dévoilera en partie dans son autobiographie inachevée, où elle révèle qu'elle a été victime d'inceste.

Autre moment clé, un échange entre l'actrice et le réalisateur. Celui-ci s'est invité dans une scène en train d'être tournée – provoquant une mise en abîme assez vertigineuse: «vous tournez un film sur Barbara ou sur vous- même?», demande l'actrice? Réponse: «C'est la même chose». Pour autant, on ne saura rien des raisons de la fascination du réalisateur (dans le film) pour Barbara. La fenêtre sur ce personnage est aussi vite ouverte que refermée.

Au spectateur de se débrouiller avec cela dans un film où les personnages sont insaisissables. Confinés dans une succession de monologues, ils jouent une partition de l'évitement qui s'achève en point d'interrogation.