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La critique ciné de la semaine: "Barrage": Navigation en eaux troubles
Kultur 1 3 Min. 22.07.2017 Aus unserem online-Archiv

La critique ciné de la semaine: "Barrage": Navigation en eaux troubles

Un face-à-face déroutant entre mère (Lolita Chammah) et fille (Thémis Pauwels).

La critique ciné de la semaine: "Barrage": Navigation en eaux troubles

Un face-à-face déroutant entre mère (Lolita Chammah) et fille (Thémis Pauwels).
Photo: Dominique Houcmant
Kultur 1 3 Min. 22.07.2017 Aus unserem online-Archiv

La critique ciné de la semaine: "Barrage": Navigation en eaux troubles

Les cinéphiles qui avaient manqué «Barrage», de Laura Schroeder, lors du dernier LuxFilmFest, doivent se précipiter dans les salles. Ce deuxième long métrage de la réalisatrice luxembourgeoise est une réussite.

Par Marie-Laure Rolland

Les cinéphiles qui avaient manqué «Barrage», de Laura Schroeder, lors du dernier LuxFilmFest, doivent se précipiter dans les salles. Ce deuxième long métrage de la réalisatrice luxembourgeoise est une réussite.

«Barrage» arrive auréolé de sa sélection à la dernière Berlinale. Le film était présenté dans le Forum qui distingue les jeunes réalisateurs. On comprend que le jury ait été séduit. Loin de jouer sur les effets de genre ou de style, ce long métrage interroge avec finesse la complexité des relations entre mères et filles, dans un trio où sont réunies Isabelle Huppert, Lolita Chammah (sa fille dans la vraie vie comme dans le film) et la jeune Thémis Pauwels. Pour une cinéaste qui signe là son deuxième long métrage, réunir un tel casting est déjà un tour de force!

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C'est l'histoire d'une tentative de reconquête. Catherine revient au Luxembourg où vit sa fille, Alba.

L'adolescente est élevée depuis plusieurs années par sa grand-mère, Elisabeth. Lorsque Catherine ressurgit, elle n'est pas accueillie à bras ouverts. Son projet de récupérer sa fille ne va pas de soi. Elisabeth et Alba forment un duo bien soudé, une équipe de choc que réunit une même passion pour le tennis. Catherine va passer en force. Elle enlève Alba et s'installe avec elle dans un chalet familial près du lac d'Esch-sur-Sûre.

Pour réussir un film, il faut un bon scénario. C'est le cas pour «Barrage» cosigné par Laura Schroeder et l'écrivaine française Marie Nimier. Celle à qui l'on doit «La Reine du silence» (Gallimard, prix Médicis 2004) ou «Les inséparables» (Gallimard, 2008) partage avec la réalisatrice luxembourgeoise le goût des personnages féminins et des destins obliques. Une même capacité aussi à suggérer plus qu'à dire. En cela précisément réside la force de leur écriture. Les amateurs de film d'action s'abstiendront. Ceux qui aiment les drames psychologiques ne seront pas déçus.

La barrière des sentiments

L'histoire navigue en eaux troubles, entre un passé que l'on sent pesant mais qui ne se dévoile que peu à peu, et un présent mouvant. Pourquoi Catherine est-elle partie? Pourquoi vient-elle aujourd'hui récupérer sa fille? Qu'en est-il de ses relations avec sa mère Elisabeth? L'adolescente est-elle aimée ou menacée par sa mère et sa grand-mère?

La succession des séquences apporte des éclairages différents sur les relations entre les protagonistes, semant la confusion. Rien n'est explicite et l'on perçoit les humeurs varier avec la rapidité d'une figure éclairée par un ciel nuageux. Comme cette fameuse scène où l'on voit la mère et la fille jouer au tennis sur le terrain désaffecté près du lac. La caméra filme Catherine qui tente de retrouver les gestes qu'elle maîtrisait dans sa jeunesse, tandis que l'on entend sa fille Alba lui donner des conseils avec une voix dont la texture soudain métallique et froide semble renvoyer l'écho de celle d'Elisabeth. Soudain, la partie ne se joue plus à deux mais à trois. Avant que Catherine ne lâche la raquette et s'enfuie.

La précision joue jusque dans la palette de couleurs où la dominante verte (de la pelouse du club de tennis, du lac d'Esch-sur-Sûre, des forêts) prend tantôt la teinte émeraude des lendemains qui scintillent, tantôt celle des lichens qui couvrent les tombes.

Le film tourné au Luxembourg ne fait pas l'économie de superbes plans sur le lac d'Esch-sur-Sûre. Mais le choix de tourner en format carré 1:33 place les personnages au cœur du sujet. Si Isabelle Huppert ne surprend guère dans son rôle de mère et grand-mère psychorigide, Lolita Chammah est remarquable dans son personnage de jeune femme un brin fantasque, aimante mais perturbée, dont on ne sait si elle va réussir à surmonter le barrage physique et psychologique qui la sépare de sa fille. Elle est touchante dans ses silences comme dans ses pétages de plomb, quand elle tente malgré tout de colmater les brèches qui se fissurent en elle. La jeune Thémis Pauwels porte en elle ce mélange de force et de tendresse nécessaires pour donner de la profondeur à cette relation où tout reste à construire.