Wählen Sie Ihre Nachrichten​

La critique ciné de la semaine: "Au revoir là-haut": Des lendemains de guerre qui chantent
Kultur 1 3 Min. 28.10.2017 Aus unserem online-Archiv

La critique ciné de la semaine: "Au revoir là-haut": Des lendemains de guerre qui chantent

Edouard (Nahuel Pérez Biscayart, d.), la «gueule cassée» cache ses séquelles de guerre derrière des masques plus extravagants les uns que les autres – Albert (Albert Dupontel, g.) et la petite Louise (Héloïse Balster, 
milieu) sont ses seuls compagnons d'infortune.

La critique ciné de la semaine: "Au revoir là-haut": Des lendemains de guerre qui chantent

Edouard (Nahuel Pérez Biscayart, d.), la «gueule cassée» cache ses séquelles de guerre derrière des masques plus extravagants les uns que les autres – Albert (Albert Dupontel, g.) et la petite Louise (Héloïse Balster, 
milieu) sont ses seuls compagnons d'infortune.
Photo: Gaumont
Kultur 1 3 Min. 28.10.2017 Aus unserem online-Archiv

La critique ciné de la semaine: "Au revoir là-haut": Des lendemains de guerre qui chantent

Vesna ANDONOVIC
Vesna ANDONOVIC
Montrer la Grande Guerre, ses tranchées, sa boue, la mort, les corps et âmes mutilés et le désarroi émotionnel du lendemain de conflit – sans pour autant sombrer dans le pathétique, voire même y introduire une touche de poésie et de légèreté. Voilà le pari de «Au revoir, là-haut»: un pari osé, mais réussi.

Par Vesna Andonovic

Pas étonnant que le nouveau film d'Albert Dupontel, César du meilleur scénario original en 2014 pour «9 mois ferme» et plus connu en tant qu'acteur que réalisateur, éveille le souvenir lointain d'«Un long dimanche de fiançailles», de Jean-Pierre Jeunet: Dupontel y a déjà joué un poilu nommé Célestin Poux. Pour autant, réduire «Au revoir là-haut» à une simple copie de ce dernier, simplement parce que les deux s'articulent autour d'un même langage visuel, ne serait cependant pas lui rendre justice.

Librement adapté du roman de Pierre Lemaitre, prix Goncourt 2013, «Au revoir, là-haut» raconte l'histoire d'une amitié improbable entre Albert Maillard, modeste comptable, et Edouard Péricourt, fils de riches à la fibre artistique. Le second a sauvé la vie du premier sur le champ de bataille, quoi de plus naturel donc que celui-ci s'occupe de son ami défiguré, qui cache sa blessure béante derrière un masque.

Ensemble ils vont essayer de sur - et surtout – de revivre, en se refaisant une existence par le biais d'une arnaque avec des monuments aux morts. La célébration du sacrifice, volontaire ou non, devient ainsi une sorte de revanche des sacrifiés sur ceux qui les ont envoyés sur le bûcher et les profiteurs, qui tels des charognards s'en mettent plein les poches sur leurs dos meurtris: comme si tout à la fin, la vie reprenait le dessus sur la mort. L'accusation contre l'inhumanité absurde de cette hiérarchie militaire, qui envoie à la mort par pure vanité, mais aussi les difficultés de s'affirmer en tant qu'individu dans une société régie par l'argent et les relations voire au sein d'une famille sont claires, sans pour autant manquer de finesse.

Savamment construit et joué avec justesse et émotion

Construisant savamment son histoire en flash-back, Dupontel captive le spectateur avec cette efficacité propre au conteur avisé, qui n'a pas seulement bien appris sa leçon mais qui sait créer l'émotion, attiser la curiosité et entretenir le suspense – toujours avec cette touche de poésie et d'humour un peu burlesque qui donne à ce film dont l'action se déroule il y a un siècle une surprenante actualité.

Car heureusement il y a là la rédemption de toutes les fautes grâce à la beauté, celle des masques d'Edouard, celle de son art rappelant le coup de pinceau d'un Egon Schiele mais aussi celle d'un père qui a perdu doublement son fils et qui réalise lentement le poids de cette perte. Tout cela pour rappeler que toute l'horreur du monde ne doit pas nous faire oublier que ce qui fait véritablement tourner ce dernier est la beauté, l'amitié et la solidarité entre ses paumés.

360 Videos werden hier nicht unterstützt. Wechseln Sie in die Youtube App, um das Video anzusehen.

Nahuel Pérez Biscayart, remarqué dans «120 battements par minute» au dernier festival de Cannes, incarne Edouard, «gueule cassée» mais âme à fleur de peau, qui communique ses sentiments à travers ses masques – véritable prouesse visuelle et narrative de leur créatrice Cécile Kretschmar. Emilie Dequenne, révélée par les frères Dardenne, joue sa soeur et présente une perspective de femme libérée malgré l'apparence de tradition assumée. Laurent Lafitte, quant à lui, est un lieutenant Pradelle, mari infidèle et profiteur d'après-guerre détestable, chantre de la globalisation «Made in China» mais sympathique faillible dans son (in-)humanité.

Niels Arestrup campe avec justesse un père prisonnier, tel cet ancien régime qu'il incarne, à la fois des conventions et de ses propres convictions.

A la fin, le triste et le gai, le tragique et le comique coexistent dans cette valse visuelle enivrante si semblable à la vie elle-même. Car quel que soit le choix pris, elle ne s'en montre pas véritablement affectée et continue tout simplement son petit chemin.