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«Il faut des locomotives de vie»
Kultur 1 6 Min. 16.10.2021
Donato Rotunno

«Il faut des locomotives de vie»

Donato Rotunno réalise des films parce qu'il a des idées à défendre.
Donato Rotunno

«Il faut des locomotives de vie»

Donato Rotunno réalise des films parce qu'il a des idées à défendre.
Photo: Tarantula
Kultur 1 6 Min. 16.10.2021
Donato Rotunno

«Il faut des locomotives de vie»

Thierry HICK
Thierry HICK
Le producteur de cinéma retrouve la réalisation avec son troisième long métrage «Io Sto Bene».

On le connaît davantage comme producteur de cinéma, et pourtant à intervalles réguliers Donato Rotunno aime se retrouver sur un set et ce derrière la caméra. Son nouvel film «Io Sto Bene» («Je vais bien») vient de sortir. Rencontre. 

Donato Rotunno, vos personnages «vont bien»? 

 «Ça va? Ça va!» C’est une expression qu’on utilise si souvent pour cacher tant de choses. Est ce que nous allons vraiment bien? C’est une question rhétorique ou de provocation. 


«Io Sto Bene»: Une chronique raffinée et juste
Le long cheminement d’Antonio de la pénombre à la lumière.

Comment cela se traduit-il dans le film? 

 Au début, cette question rythme la communication d’Antonio jeune avec son père. Mais va-t-il bien? La chanson de Leo au début est aussi claire: toutes les interrogations du monde surgissent. Je crois qu’il faut donner de soi pour aller mieux. On est en partie responsable, une attitude positive aide aussi. Mais, on ne peut pas tout maîtriser. 

Vous êtes aussi scénariste: vos personnages sont typés, ont un caractère bien trempé. Vous vous amusez avec ce jeu de caractère? 

Mes personnages sont typés, d’accord, mais ils le sont dans une époque très typée également. Et une question fondamentale existe: de quel type de film s’agit-il? Est-ce un film d’auteur avec une lecture entre les lignes qui intellectualise ses personnages? Ou est-ce un film populaire qui prend des raccourcis narratifs pour aller à l’essentiel de l’émotion? Ce film s’adresse certainement en priorité à des gens qui aiment le cinéma populaire. J’ai pris l’option d’aller vers cette narration, que ma mère aussi pourrait comprendre. Ce n’est pas une question d’âge, mais bien davantage une question de consommation de cinéma.

Leo, une étrange musicienne, va confronter le vieil Antonio à sa propre réalité.
Leo, une étrange musicienne, va confronter le vieil Antonio à sa propre réalité.
Photo: Tarantula

Vos personnages ne laissent pas beaucoup de marge d’interprétation. 

Parce que c’est un regard précis à un moment donné de leur vie. Ce n’est pas avant, ni après. C’est ce moment là, ils sont comme ça. Ce qui ne vous empêche pas de jouer sur deux tableaux, hier et aujourd’hui. Oui, entre ce qu’on était et ce qu’on est et ce qu’on va être. 

Le réalisateur met en scène des personnages avec leurs histoires, leurs vécus.
Le réalisateur met en scène des personnages avec leurs histoires, leurs vécus.
Photo: Tarantula

La narration n’est jamais linéaire. 

Absolument. Parce que la définition de ce qu’on est aujourd’hui ne peut pas faire abstraction de nos origines, de notre parcours, de nos erreurs passées, de nos espoirs. Je veux définir des personnages aujourd’hui au travers de leur vécus. Ce qui est notamment le cas d’Antonio, qui comme un miroir va refléter ses mêmes questionnements sur la jeune Leo, qui a un parcours similaire. 

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Votre histoire, est-ce un drame?

C’est un drame de l’amour. Ce sont en fait les drames, les croisements de destins, les choix ou les non-choix qui permettent d’avancer dans la vie. Vos propos ne sont pas tristes. Le drame ou les petits drames du quotidien sont autant de locomotives de vie, de stimuli qui permettent d’avancer dans le bonheur. Même s’il faut passer par des moments de parenthèses, de paralysies, de ralentis, qui peuvent devenir des moments d’accélérations. Pour à la fin prendre des décisions, avancer, tourner à droite ou à gauche. 

L’Italie est le point de départ du film, mais aussi de ma vie.

A l’image de la dernière scène? 

En effet. Antonio aurait pu mourir dans sa voiture. Mais je ne voulais pas de cette fin. 

Vous faites cohabiter différentes générations. Comment voyez-vous ce rapport entre jeunes et moins jeunes? 

Que ce soit pour des raisons sociologiques, d’analyses sociétales ou autres, on catégorise la société. Il y a des jeunes d’un côté, les vieux de l’autre, les femmes, les Noirs, les Blancs, les Chinois… Toutes ces catégories se croisent, rentrent en résonance et doivent vivre ensemble. 

 Qu’attendez-vous du spectateur? 

Si un film fonctionne, il est capable de prendre le spectateur par la main et l’accompagner dans un labyrinthe, qu’il n’aurait sinon osé approcher. Il faut aussi trouver la sortie, sinon le film est raté. 

Dans «Io Sto Bene», des fois pourtant l’on s’y perd… 

C’est peut-être une provocation intellectuelle. C’est sûr, qu’il y des moments où il faut rester accroché, attentif. 

Un drame de l'amour...
Un drame de l'amour...
Photo: Taratula

 Votre film, est-ce une histoire purement italienne? 

Non, on parle de l’Italie comme point de départ. l’Italie et aussi le point de départ de ma vie. C’est évidemment un hommage à la communauté italienne, puisque j’en viens. Mais on peut extrapoler sur la communauté portugaise au Luxembourg ou en Europe. Il y a tant de similitudes. Ce n’est pas la nationalité qui importe, c’est le parcours. 

Antonio roule dans une vielle Alfa. Comment fait-on pour ne pas se laisser embrigader par les clichés, surtout ceux des années 60? 

Si on perçoit ces images comme clichés, c’est qu’on les a digérées, qu’elles existent dans nos têtes. Je ne suis pas responsable de l’interprétation, je fais des propositions. Antonio aurait tout aussi bien pu conduire une Fiat. La question de l’immigration est omniprésente. La motivation première de l’immigration c’est la guerre, la famine, le besoin de liberté et d’expression aussi. Tous ces besoins font que l’on se mette en mouvement. Le corps pour continuer à vivre pour des raisons intellectuelles, physiques, politiques et autres religieuses, se met aussi en mouvement. Ces mouvements, on les a toujours vécus et l’on continuera. Que certains personnes de l’extrême droite se rassurent. 

 Et la famille? 

Il y a beaucoup de choses qui ici sont très personnelles, mais ce n’est pas une autobiographie, même si on y rajoute un peu de dramaturgie, le film reste une fiction. La famille, oui, c’est important. Non pas parce qu’elle est parfaite, mais elle est là pour se construire et être capable de s’en éloigner pour trouver sa liberté. 

«Io Sto Bene» mélange allègrement les langues. Un signe ? 

C’était absolument nécessaire d’avoir l’authenticité des personnages à travers leur propre langue. Même si l’on ne parle pas la langue, on comprend le sens des mots, les émotions. Pourquoi faites-vous du cinéma? Penser est une chose, mais c’est le passage à l’acte qui compte. J’ai un métier de curiosité permanente. 

Une question inévitable pour la fin. Producteur ou réalisateur, quel métier vous plaît le plus? Ce film est un travail de douze années, j’ai eu ce luxe de prendre le temps de faire en profondeur les choses que j’aime. Ici, c’est un sujet que je porte parce que j’ai envie de le défendre. J’adore aussi mon travail de producteur pour canaliser, accompagner et chercher des réalisateurs, des talents, des histoires, des films qui racontent autrement et mieux que moi les sujets qui m’intéressent. Ma place dans l’ombre du producteur me convient très bien.

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