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«Humour pour la Paix» : «La colère pour s'énerver et s'indigner»
Kultur 1 7 Min. 02.02.2017

«Humour pour la Paix» : «La colère pour s'énerver et s'indigner»

Diogène Ntarindwa: «Je refuse le statut de rescapé.»

«Humour pour la Paix» : «La colère pour s'énerver et s'indigner»

Diogène Ntarindwa: «Je refuse le statut de rescapé.»
Photo: Gerry Huberty
Kultur 1 7 Min. 02.02.2017

«Humour pour la Paix» : «La colère pour s'énerver et s'indigner»

Thierry HICK
Thierry HICK
Il a vécu les horreurs du génocide du Rwanda de l'intérieur, enfant-soldat il a défendu un pays qui lui était interdit. Aujourd'hui, dans sa pièce «Carte d'identité» Diogène Ntarindwa raconte sa vie, sans ombrages et sans vengeance.

Interview: Thierry Hick

Il a vécu les horreurs du génocide du Rwanda de l'intérieur, enfant-soldat il a défendu un pays qui lui était interdit. Aujourd'hui, dans sa pièce «Carte d'identité» Diogène Ntarindwa raconte sa vie, sans ombrages et sans vengeance.

Vous nous présentez votre pièce «Carte d'identité»?

Elle travaille sur le rapport entre la grande Histoire et les petites histoires, plus intimes et personnelles qui sont souvent le résultat de ce qui s'est passé à un niveau supérieur. Pour ce spectacle j'ai enquêté sur des choix qui surgissaient en moi.

En tant que Rwandais vous ne pouviez pas vivre dans votre pays. Comment avez-vous ressenti cette situation alors que vous étiez encore un jeune enfant?

Je suis né de parents rwandais exilés au Burundi. Ils m'ont transmis la culture d'un pays que je ne connaissais pas. Nous faisions partie de ce que l'on appelait les «Rwandais ambulants». Au Burundi je fréquentais une école rwandaise. J'ai toujours ressenti le besoin de retourner dans mon pays, que je ne pouvais que m'imaginer. Les attaches matérielles à sa patrie sont souvent plus fortes que l'on croit.

A 17 ans vous décidez de vous engager dans l'armée. Pourquoi?

Etre d'ailleurs avait certes son côté charmant. Je revendiquais même ma différence. Mais avec le temps ces différences devenaient de plus en plus importantes. Les injustices aussi. Il fallait les corriger. Au tout début on n'avait pas encore conscience du génocide. Devenu adolescent, ma situation de réfugié a provoqué en moi une prise de conscience politique précoce et j'ai fait le choix de rejoindre l'armée du Front patriotique rwandais. Des milliers de jeunes ont choisi la même voie. Des fois, les choses de la vie vous happent.

J'ai banni la peur de mon vocabulaire. C'est un cadeau que l'on offre à ceux qui la répandent

Après les armes, vous êtes passé aux mots. Comment passe-t-on du statut de soldat à celui d'artiste?

J'ai toujours eu une sensibilité particulière aux mots. J'ai toujours été immergé dans ce monde. Car avant de manier les armes, mon combat était politique, donc de paroles et de mots.

 «La vengeance est un sentiment qui ne m'a encore jamais effleuré, elle m'insupporte.»
«La vengeance est un sentiment qui ne m'a encore jamais effleuré, elle m'insupporte.»
Photo: Gerry Huberty

Vos thèmes préférés sont la mémoire, l'exil, l'identité. Qu'en est-il de la vengeance ou de la colère?

La vengeance est un sentiment qui ne m'a encore jamais effleuré, elle m'insupporte. La colère par contre oui, elle peut être légitime. Il y a beaucoup de choses aujourd'hui qui me mettent en colère. Ce sentiment permet de transcender les malheurs. Et surtout, elle est une arme puissante pour agir. Elle nous incite à manifester, à signer des pétitions, à passer à l'action, à s'énerver, à s'indigner.

Pourquoi le théâtre? Pourquoi ce spectacle que vous allez présenter à Luxembourg?

Pour partager avec le public ce qui me fonde. En tant qu'artiste je veux rendre hommage aux aînés, aux gens de mon pays. Et plus universellement à tous ceux, un peu partout dans le monde, qui ont un parcours comparable au mien.

Votre art est-il politique?

Etre artiste me permet de transmettre mon vécu. J'ai fait quatre ans d'études de droit, mais je me suis rendu compte que pour m'exprimer, les mots, l'Art, me convenaient le mieux. La prise de parole est d'une absolue nécessité. Si les thèmes que je défends deviennent des sujets à des discussions, à des débats d'idées, je ne peux que m'en réjouir. Alors oui, mon travail est un outil politique.

Le monde actuel vous fait-il peur?

J'ai depuis toujours banni la peur de mon vocabulaire. C'est un cadeau que l'on offre à ceux qui la répandent. La peur n'est pas propice à l'action. Les premières décisions du président Trump, la photo du petit Aylan sur une plage m'insupportent. Personne ne décide de son plein gré de quitter son pays. Plus grave encore, est la banalisation de ces événements, de ces situations.

Malgré votre histoire, vous arrivez à faire rire votre public. N'est-ce pas indécent?

J'ai présenté «Carte d'identité» à des anciens camarades de l'armée. Ils ont ri. C'est d'ailleurs dans l'armée que j'ai vécu les moments les plus comiques de ma vie. Nous étions adolescents en train de découvrir avec notre imaginaire, le monde des adultes. C'est moi qui convoque le rire sur scène, qui décide ce qui se passe dans le spectacle, qui contrôle tout. Si l'on ne rit plus, on risque de se déconnecter. Oui, on peut donc faire rire le public, si les faits sont présentés avec la nécessaire décence.

Etes-vous aujourd'hui devenu un homme heureux? Vous ne semblez pas vivre hanté par le passé?

Heureux, je ne sais pas. Content, certainement. Je suis libre de faire ce que je veux. Mon passé n'est pas plus emblématique que l'horreur que j'ai vue. Contrairement à d'autres, comme je faisais partie d'une armée qui gagnait du terrain, je n'ai jamais connu la peur d'une machette qui allait s'abattre sur moi ou la peur de la mort. Je ne suis pas un rescapé: c'est un statut que j'ai toujours refusé.

Quel passeport avez-vous aujourd'hui?

Même si je suis souvent en spectacle en Europe, je suis à nouveau basé au Rwanda. J'ai une carte d'identité et un passeport estampillés «République du Rwanda». C'est drôle je n'ai encore jamais perdu mes papiers rwandais, qui avec moi ont fait le tour du monde. Pour moi, revivre dans mon pays n'a absolument rien de banal.

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Bio express: des armes et des mots

Diogène Ntarindwa est né en 1977 au Burundi de parents rwandais. Adolescent il rejoint l'armée rebelle du Front patriotique rwandais. En 1994, il entre à Kigali en plein génocide. En 1996, il retourne à l'Université de Butare. Plus tard il est comédien de la troupe de l'Université nationale du Rwanda. Il arrive en Belgique en 2002, fait quatre années de droit et suit des cours d'art dramatique au Conservatoire royal de Liège. Diogène Ntarindwa vit actuellement au Rwanda.

Tour du monde du rire

Le programme du festival «Humour pour la paix»:

– Jeudi 2 février, 20 h: «Nora Hamzawi décortique le quotidien». Reine de la mauvaise foi, Nora Hamzawi dresse un portrait acide du monde et d'une femme d'aujourd'hui.

– Vendredi 3 février, 20 h: «Carte d'identité», de et avec Diogène «Atome» Ntarindwa dans le cadre de la «Nuit blanche de l'humour noir». Le Rwanda, son Histoire et ses conflits.

– Dimanche 5 février, 18 h: «Comment blanchir les bêtes noires sans les faire rougir» de Guy Rewenig (textes), avec l'actrice Christiane Rausch et le musicien Jitz Jeitz. Mwayé est un demandeur d'asile africain qui veut devenir un authentique Luxembourgeois.

– Lundi 6 février: «Fremd», solo d'Alfred Dorfer. Un spectacle entre satire, théâtre et philosophie

– Mercredi 8 février, 20 h: «Kroll en scène», de et avec Pierre Kroll. Le dessinateur de presse raconte sa vision du monde.

– Vendredi 10 février, 20 h: «Extreme Laugh» de et avec Ahmed Albasheer. La guerre, la terreur, la corruption, l'utilisation de la religion sont les terrains de jeu de l'humoriste irakien d'une trentaine d'années.

– Dimanche 12 février 17 h, et lundi 13 février 10 h: «Krazy kat». l'un des premiers cartoons américains, revient sur les écrans grâce à l'Ensemble Calliopée qui réinvente une séance de cinéma de l'époque, avec musique, voix et bruitages en live. 

Les spectacles ont lieu dans la salle Robert Krieps du centre Neimënster. Billets, informations au téléphone 26 20 52 444, e-mail: billetteri@neimenster.lu

www.neimenster.lu


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