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Donner la parole aux lanceurs d'alertes
Kultur 1 3 Min. 06.04.2019 Aus unserem online-Archiv

Donner la parole aux lanceurs d'alertes

  Alexandre (Melvil Poupaud) est la première victime des abus sexuels du père Preynat à réagir.

Donner la parole aux lanceurs d'alertes

Alexandre (Melvil Poupaud) est la première victime des abus sexuels du père Preynat à réagir.
Photo: Mars Films
Kultur 1 3 Min. 06.04.2019 Aus unserem online-Archiv

Donner la parole aux lanceurs d'alertes

Thierry HICK
Thierry HICK
«Grâce à Dieu» de François Ozon: une fiction bien réelle sur les les abus sexuels de l'Eglise autour de l'affaire Barbarin.

Même s'il s'agit d'une fiction, l'histoire se base sur des faits réels: l'avertissement du réalisateur François Ozon en début de film sonne le glas. L'abus sexuel et les dérives pédophiles dans l'Eglise doivent être condamnés par tous les moyens. La première concernée en est bien consciente. Le Pape François a décidé de prendre les choses en main et à refusé la démission que lui proposait le cardinal Barbarin de Lyon, accusé par la justice de savoir et de ne pas avoir dénoncé les agissements du prêtre Preynat, confirmés par un grand nombre de victimes.

Et c'est précisément cette histoire qui se voit désormais portée à l'écran par François Ozon avec «Grâce à Dieu», un film dont la récente sortie était menacée jusqu'au dernier moment, le père Preynat, mis en examen pour agressions sexuels, ayant demandé le report du film. A cause de la procédure judiciaire en cours, le tournage de «Grâce à Dieu» a dû être tourné sous le nom de code «Alexandre» et partiellement exporté, histoire d'éviter la ville de Lyon, où le cardinal Barbarin a toujours jouit d'une certaine popularité.

Des séquelles encore vives

Alexandre, père de cinq enfants, est la première victime à prendre conscience des séquelles laissées par sa rencontre avec le père Preynat. François et Emmanuel en feront de même, leurs réactions par contre varieront. François Ozon accompagne ces hommes dans leur lutte, leur soif de justice. Une troublante discussion entre Alexandre et le père Preynat est lourde de sens: l'image qui sépare ces deux univers est forte. Le pardon, l'aveu, la réconciliation sont inimaginables. La caméra observe avec distance et retenue.

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De fil en aiguille, les blessures resurgissent, la résistance s'organise. Une fois encore, François Ozon s'intéresse aux victimes, les «oubliés» et évoque l'omerta, le silence rongeur et coupable, alors «que tout le monde savait». Entre prescription des faits, non-dits, oublis orchestrés, ne restent à la fin que les douleurs de ceux qui ont subi des abus sexuelles et que François Ozon se prend le soin d'expliquer en détail – à la limite du supportable. Pour mieux documenter cette «fiction» et cimenter ses propos et jamais dans l'unique sens de pointer du doigt le Mal. Un choix qui est aux yeux du réalisateur trop réducteur ou simplificateur.

Tout en ayant droit à la parole, les hommes d'Eglise mis en cause se dévoilent avec leurs convictions, leurs silences complices, leurs excuses primaires avant de faire acte de repentance plus ou moins sincère. «Grâce à Dieu» prend à certains moments une tournure de documentaire, laissant la fiction passer à l'arrière-plan. Les portraits-croisés d'Alexandre, François et Didier font apparaître des dissensions, de fissures dans ce combat commun. L'aide d'autres victimes, regroupées dans une association, ne résoudra pas tous les problèmes. Le réalisateur à l'aide d'images simples et posées poursuit son travail d'inspection de l'âme humaine dans ses plus secrets retranchements. Et en vient à la conclusion: il faut témoigner, dire les choses pour éviter que tout cela ne se reproduise jamais.

«Grâce à Dieu» pourrait être qualifié de film lumineux, si le sujet ne demandait pas plus de retenue. François Ozon, en fin limier, a brillamment réussi son travail d'observateur et de défenseur d'une noble cause: redonner un espoir à tout ceux qui ont été offensés. Au vu de la vérité, la liste des victimes du père Preynat – et au-delà de cette unique tragédie de toutes ces agressions sexuelles commises par des hommes d'Eglise – est très longue. La parole doit se libérer, sans esprit de vengeance, la justice doit être rendue.