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«Don Giovanni» au Grand Théâtre : Au bonheur des dames
Kultur 3 Min. 26.10.2017 Aus unserem online-Archiv

«Don Giovanni» au Grand Théâtre : Au bonheur des dames

Don Giovanni face à son justicier.

«Don Giovanni» au Grand Théâtre : Au bonheur des dames

Don Giovanni face à son justicier.
Photo: Opera National de Lorraine
Kultur 3 Min. 26.10.2017 Aus unserem online-Archiv

«Don Giovanni» au Grand Théâtre : Au bonheur des dames

Thierry HICK
Thierry HICK
On croyait avoir cerné le personnage. Eh bien non, «Don Giovanni» continue de surprendre, d'interpeller. Surtout en cette période d'affaire Weinstein et de #MeToo. L'opéra de Mozart reste d'actualité. Le metteur en scène Jean-François Sivadier l'a bien compris.

par Thierry Hick

On croyait avoir cerné le personnage. Eh bien non, «Don Giovanni» continue de surprendre, d'interpeller. Surtout en cette période d'affaire Weinstein et de #MeToo. L'opéra de Mozart reste d'actualité. Le metteur en scène Jean-François Sivadier l'a bien compris.

Un décor scène minimaliste – un vaste parterre de bois clair incliné, quelques lampes suspendues – suffit. Des acteurs en tenue de ville moderne se baladent sur la scène en attendant que le public et les musiciens de l'Orchestre philharmonique du Luxembourg s'installent. Le ton est donné, ce «Don Giovanni», créé en juillet au Festival d'Aix-en-Provence – sera résolument contemporain.

Un «sex-addict» des temps modernes.
Un «sex-addict» des temps modernes.
Photo: Opera National de Lorraine

Les premières mesures de l'andante de l'ouverture résonnent de la fosse, Don Giovanni attend son tour. Tout de noir vêtu, il commet son premier méfait. L'action est lancée, avec tous les rebondissements et tragédies que l'on connaît.

Le metteur en scène Jean-François Sivadier confère à son personnage central des traits de «sex-addict» des temps modernes. Le baryton tyrolien André Schuen, très à l'aise dans son rôle fétiche, donne corps et âme à ce dragueur insatiable. Son serviteur, Leporello, la basse argentine Nahuel Di Perro, le suit à la trace. Au lieu de gonfler les traits, ni le beau gosse, séducteur, ni le bouffon de service, ne souffrent d'exagération dans leur caractérisation.

Descente aux enfers

Le troublant personnage du Commandeur (David Leigh) est lui aussi loin de toutes images convenues. Pour preuve, la scène finale fait fi des habitudes et des clichés, la symbolique est poignante. Ainsi, c'est un Don Giovanni pratiquement nu – en seul sous-vêtement – qui, sous le regard puissant de son justicier, va devoir payer de ses actes.

Leporello et son maître Don Giovanni.
Leporello et son maître Don Giovanni.
Photo: Opera National de Lorraine

Une constante dans le travail du metteur en scène et des responsables des décors (Alexandre de Dardel) ou des costumes (Virginie Gervaise) est cette quête de renouveau distillée à bon escient. La trame de ce «Don Giovanni» ainsi présentée pourrait sortir de la plume d'un auteur d'aujourd'hui.

Le coureur de jupons Don Giovanni ne cesse de tromper femmes, épouses promises, toutes catégories sociales confondues. Séduction, mensonge, haine, violence, trahison et harcèlement sont d'actualité dans la ville de Séville du XVIIe siècle.

Parallèles avec le monde contemporain

Les parallèles avec le monde contemporain sont – bien au-delà du choix du décor et d'une partie des costumes – riches de sens et bien loin d'une quelconque modernisation de mauvais goût souvent d'usage dans certaines productions lyriques.

Les costumes, tantôt d'époque, tantôt modernes – ponctuent les allers-retours entre passé et présent et soulignent l'intemporalité des thèmes du livret de Lorenzo da Ponte. L'affaire Weinstein et les langues qui commencent à se délier ne sont pas si éloignées des agissements de Don Giovanni.

Un opéra résolument contemporain.
Un opéra résolument contemporain.
Photo: Opera National de Lorraine

Un autre point fort de cette production est d'avoir misé sur la jeunesse des solistes. Quelle fraîcheur, quelle fougue dans leur chant. Le trio féminin – Kiandra Howarth (Donna Anna), Yolanda Auyanet (Donna Elvira) et Francesca Aspromonte (Zerlina) – illumine de part et d'autre l'opéra. Le chef Gustavo Gimeno et son OPL, en formation classique, sont en très grande forme. Les airs, récitatifs et tutti s'enchaînent avec légèreté et grâce. La musique de Mozart est pétillante à souhait. Un pur plaisir. Ici aussi, le chef se libère de toutes contraintes. Un exemple: le célébrissime «Là ci darem la mano» de Don Giovanni est entamé avec fougue et sans lamento superflu.

Cette version dépoussiérée de «Don Giovanni» aura conquis le public, malgré les trois heures de représentation. Non seulement les fidèles abonnés du cycle «opéra» du Grand Théâtre, mais aussi les très nombreux jeunes élèves venus assister au spectacle.

Dernière représentation de «Don Giovanni» ce vendredi (27 octobre)  à 20 heures au Grand Théâtre de Luxembourg. Tickets: 65, 40, 25 euros (jeunes: 8 euros, Kulturpass bienvenu). Réservations au tél. 47 08 95 1 et sur www.luxembourg-ticket.lu.