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Deux ans après son tournage: «Never Die Young» de Pol Cruchten enfin sur les écrans
Kultur 1 5 Min. 24.09.2014 Aus unserem online-Archiv

Deux ans après son tournage: «Never Die Young» de Pol Cruchten enfin sur les écrans

Pol Cruchten: "Never Die Young".

Deux ans après son tournage: «Never Die Young» de Pol Cruchten enfin sur les écrans

Pol Cruchten: "Never Die Young".
Photo: Red Lion Production
Kultur 1 5 Min. 24.09.2014 Aus unserem online-Archiv

Deux ans après son tournage: «Never Die Young» de Pol Cruchten enfin sur les écrans

Le documentaire raconte l'histoire d'une vie fracassée par l'héroïne. Voici notre critique.

Par Marie-Laure Rolland

C'est le film luxembourgeois le plus remarquable de ces dernières années qui sort enfin sur grand écran. «Never Die Young», du réalisateur Pol Cruchten, est un objet cinématographique non identifié qui se présente au public auréolé de la reconnaissance des professionnels: le prix du meilleur film documentaire au Lëtzebuerger Filmpräis 2014, la sélection pour représenter le pays dans la course aux Oscars et la toute récente sélection pour les Trophées francophones du cinéma. Au coeur de ce long métrage, la question de l'addiction à l'héroïne.

'Blowin in The Wind'

Ceci n'est pas une fiction, mais pas non plus un documentaire au sens classique du terme. Dans «Never Die Young», Pol Cruchten a voulu raconter l'histoire de l'un de ses amis dont la vie a été fracassée par la dépendance à l'héroïne. C'est cet ami qui a trouvé l'idée du titre. Il était alors en chaise roulante dans une maison de soins. Depuis, il est décédé. «L'une de ses dernières grandes joies aura été d'apprendre que Bob Dylan nous avait donné les droits d'utilisation de sa chanson 'Blowin in The Wind'. Son visage s'est illuminé», confie le réalisateur.

Comment parler de la dépendance à la drogue, de ce thème 
déjà maintes fois traité sur petit ou grand écran, le plus souvent dans une veine réaliste n'hésitant pas à descendre au raz du bitume, jusque dans ses recoins les plus trash? L'héroïne était déjà au coeur du premier long métrage de Pol Cruchten, «Hochzäitsnuecht», film de fiction sorti en 1992 et qui avait valu au réalisateur une sélection officielle à Cannes dans la catégorie «Un certain regard». Il en était également question dans le court-métrage «Nuit amère» (2005).

Retour aux sources

Cette nouvelle exploration doit sa réussite à la grande liberté de son écriture et à la qualité d'une esthétique sublimée par la caméra de Jerzy Palacz. Le film a été tourné au printemps, quand la nature se réveille et se présente dans ses plus beaux atours. «La beauté des images vise à créer une atmosphère. Elle se veut le reflet de la beauté de l'héroïne pour la personne dépendante. C'est un fait. Pas un plaidoyer pour la drogue», explique le réalisateur. L'épure des images se veut aussi un retour aux racines du cinéma de l'époque des frères Lumière et de Méliès.

Le réalisateur Pol Cruchten revient une nouvelle fois à la problématique de la dépendance à l'héroïne.
Le réalisateur Pol Cruchten revient une nouvelle fois à la problématique de la dépendance à l'héroïne.
Photo: Claude Piscitelli

Pol Cruchten nous entraîne à la suite d'un petit garçon qui voulait croquer la vie et que l'on découvre gambadant au milieu des champs qui entourent la petite ville de Pétange. Une voix off (celle de Robinson Stévenin en français, de August Diehl en allemand) parle à la première personne. Le gamin raconte qu'il est né le 7 décembre 1959 à Pétange. On ne verra pas son visage. Lorsqu'il apparaît de face, celui-ci est recouvert d'un masque. Les images en plan fixes se succèdent pour montrer les lieux qui ont marqué une enfance qui avait bien démarré. Le parc de la ville, l'église où allait son grand-père, l'école où il était bon élève. Et aussi le site du Titelberg où il découvre sa première flèche préhistorique lors d'une sortie scolaire. Son destin a-t-il basculé ce jour là? Son maître d'école propose de nettoyer sa précieuse découverte, puis prétend qu'il l'a cassée et ne la lui rend pas. «A 11 ans j'ai eu la conviction que tous les adultes étaient des salopards».

Sortie de route

Comment son chemin va-t-il croiser celui de la drogue? Etait-il condamné à la dépendance? Forcément, chaque spectateur se pose la question et chacun y répondra selon les échos que suscitent en lui les images.

On découvre les splendides plans larges du bord de mer à La Panne en Belgique, où le gamin va parfois passer le week end en famille. Les couloirs glacials du pensionnat où ses parents l'envoient à douze ans. La chambre en entresol où il est rapatrié trois ans plus tard et où il démarre son trafic de haschich. Les trains (allusion aux films des frères Lumière) qui partent vers la Hollande. La prison. La falaise du Bock d'où il se précipite en échappant à ses gardiens, ce qui le laisse handicapé à vie. Et non moins dépendant.

Derrière ce sujet de société, on peut aussi voir une méditation sur le sens de la vie – entre contingence et nécessité, les liens familiaux ou amicaux, la solitude, la quête d'absolu. Un grand film.

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Film documentaire (Luxembourg 2013). Réalisation et scénario: Pol Cruchten; dans la version allemande texte par Daniel Kehlmann. Avec la voix de Robinson Stévenin et Laurence Côte (frz.), August Diehl et Sophie Rois (allm.). Image: Jerzy Palacz. 66 minutes. (A partir de six ans)


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