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Des amours interdits
Kultur 5 Min. 07.11.2019

Des amours interdits

Ecrit à la première personne, «La Chambre de l’araignée» raconte le parcours difficile d’un homosexuel dans une société qui le rejette ou au mieux, l’ignore.

Des amours interdits

Ecrit à la première personne, «La Chambre de l’araignée» raconte le parcours difficile d’un homosexuel dans une société qui le rejette ou au mieux, l’ignore.
Photo: Shutterstock
Kultur 5 Min. 07.11.2019

Des amours interdits

Le Prix de la littérature arabe 2019, créé par l’Institut du monde arabe et la Fondation Jean-Luc Lagardère, est décerné à Mohammed Abdelnabi pour son roman «La Chambre de l’araignée» (Actes Sud / Sindbad) traduit de l’arabe (Égypte) par Gilles Gauthier.

(C.) - Le jury, présidé par Pierre Leroy, cogérant de Lagardère SCA, a élu, à l’unanimité, le texte de Mohammed Abdelnabi, saluant «un écrivain audacieux au style affirmé et percutant qui fait plonger le lecteur au coeur des tabous de la société égyptienne et arabe. Un roman qui se veut une ode à la tolérance et à l’humanisme».  

A l’occasion de la cérémonie de remise du prix, le 6 novembre 2019 à l’IMA, Jack Lang, Président de l’Institut, a rappelé le caractère unique du Prix et son rôle essentiel en tant que «caisse de résonance pour les écrivains qui témoignent de l’extraordinaire vitalité de la littérature contemporaine arabe»

Pour Pierre Leroy, Président du Jury du Prix: «Transformant un événement précis en un vibrant plaidoyer pour la tolérance, Mohammed Abdelnabi accomplit ce qui peut être l’une des raisons de la littérature: porter un message politique dans l’espoir de faire évoluer la société».

Interview: Laurence D'Hondt  

Oser s’emparer de sujets tabous

Dans «La chambre de l’Araignée», Mohammed Abdelnabi donne à l’amour homosexuel de magnifiques pages empreintes de tendresse et d’amour, malgré le contexte répressif.
Dans «La chambre de l’Araignée», Mohammed Abdelnabi donne à l’amour homosexuel de magnifiques pages empreintes de tendresse et d’amour, malgré le contexte répressif.
Photo: Gregorian Bahl

Mohammed Abdelnabi, pouvez-vous raconter la genèse de votre livre?

Je n’avais que 15 ans lorsque j’ai entendu parler de l’affaire du Queen Boat. Cette affaire, qui visait la communauté homosexuelle du Caire, avait eu un grand retentissement médiatique, mais je l’ai oubliée. Des scénarios de moins grande ampleur ont eu lieu à plusieurs reprises ensuite. Durant mes études, j’ai rencontré des amis qui m’ont parlé assez ouvertement des conditions de vie des homosexuels en Egypte. Puis il y a eu, peu après la chute du président Moubarak, un appel lancé auprès d’auteurs égyptiens pour écrire une nouvelle sur l’amour. J’ai proposé à cette occasion une nouvelle sur l’amour d’un homme pour un autre. C’est à cette occasion qu’est né mon personnage principal, Hani Mahfouz.

Est-ce que la Révolution égyptienne a contribué à rendre possible la publication d’un livre consacré à l’homosexualité en Egypte?

Les auteurs ont senti qu’il fallait parler de sujets qui étaient tabous  depuis trop longtemps: l’homosexualité en faisait partie. Cela m’a poussé à développer mon personnage principal, Hani Mahfouz, qui, il faut le rappeler, est un personnage de fiction.

Comment vous êtes-vous informé sur ce sujet?

J’ai consulté beaucoup d’archives sur l’affaire du Queen Boat, j’ai écouté et vu des images sur Youtube, j’ai rencontré des activistes des droits de l’homme et lu des rapports sur leur parcours, les humiliations subies. Je suis également allé quelques fois dans des lieux fréquentés par la communauté, notamment des hammams, afin de découvrir de mes yeux l’ambiance de ces lieux. Mais j’ai ensuite quitté ce travail d’informations, car je ne voulais pas rajouter un rapport à un autre et je suis entré dans la peau de mes personnages. J’ai écrit par morceaux certains chapitres: la prison, la mère de Hani, son ami et j’ai ensuite tissé ces éléments ensemble.

Mohammed Abdelnabi, «La Chambre de l’Araignée», traduction Gilles Gauthier, Actes Sud, 22,50 euros, 316 pages
Mohammed Abdelnabi, «La Chambre de l’Araignée», traduction Gilles Gauthier, Actes Sud, 22,50 euros, 316 pages
Photo: Actes Sud

Est-ce que vous avez eu des difficultés à publier votre texte?

Oui et non. J’ai été refusé par deux éditeurs, en raison du sujet. Mais l’éditeur qui m’a finalement publié, n’a enlevé qu’une seule phrase qui concernait la sécurité nationale. Il a tout laissé, y compris les scènes décrivant les rapports intimes homosexuels.

Est-ce que vous avez pu trouver un lectorat ouvert à ce sujet?

Etonnamment, oui. Beaucoup de lecteurs ont été touchés par les personnages du livre, ils ont aimé l’histoire d’amour entre les deux hommes. Lorsque le livre a été sélectionné pour le prix international du roman arabe, un prix très réputé dans le monde arabe, dont le jury était composé de quatre femmes et un homme, il a fait l’objet de l’attention des médias, j’ai été interviewé, et aussi critiqué et insulté. Mais la vie de ce livre a été plus normale que la soi-disant anormalité de mes personnages. Et cela me réjouit. Le lectorat en Egypte est de plus en plus large.

Quelles en sont les raisons?

Il y en a beaucoup. Mais disons que j’en retiendrais trois: la médiatisation de certains livres grâce à des prix décernés dans tout le monde arabe. Une politique de prix lancée par la femme de Moubarak et soutenue par l’Unesco qui a permis de publier des classiques mais également des livres récents à très bas prix. Et enfin, le désir et la possibilité qui ont émergé dans la société et auprès de la jeunesse surtout, de s’informer en dehors des canaux officiels. Les réseaux sociaux ont joué un rôle important et la littérature en a bénéficié et explosé. Ce qui s’est passé en Egypte durant le printemps 2011 a laissé des traces qui ne s’effaceront pas.

Est-ce que l’homosexualité est un sujet qu’on peut évoquer de manière plus libre depuis le printemps égyptien?

Oui, l’homosexualité est un peu mieux acceptée. Ainsi les personnes qui traitaient avant ouvertement les homosexuels de gens anormaux, parlent de personnes homosexuelles simplement. De même, d’une manière générale, les gens, même peu lettrés, réfléchissent un peu avant d’insulter ou de qualifier un homosexuel de déviant ou de pervers dépravé. Il est quand même remarquable de constater que c’est le premier livre en Egypte consacré exclusivement à ce sujet, même si des auteurs comme Naguib Mahfouz l’ont abordé de manière marginale, et qu’il n’a pas eu tant de difficultés à être publié et même apprécié.

Que dit la loi en Egypte au sujet de l’homosexualité? Est-elle réprimée en tant que telle?

Non, ce qui est réprimé, c’est la prostitution. Généralement quand on veut inculper un homosexuel, on assure qu’il est un prostitué. D’ailleurs, il est intéressant à ce sujet de signaler que lorsqu’une descente est faite dans un bordel en Egypte, seules les femmes sont condamnées. De même chez les homosexuels, une distinction est faite entre les homosexuels passifs, soit ceux qui ont le rôle de la femme et sont condamnés, et ceux qui ont le rôle de l’homme, que l’on dit actifs, qui sont moins sévèrement punis.

Votre livre est également lu dans d’autres pays arabes?

Oui, je sais qu’il est disponible au Liban par exemple. Sa traduction en anglais et en français va certainement lui donner une autre vie. Le sujet a évidemment contribué à le faire traduire rapidement dans ces deux langues, mais le livre est aussi apprécié pour ses qualités littéraires. 


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