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De bien singuliers cadavres à la galerie Schlassgoart
Kultur 6 4 Min. 15.05.2021

De bien singuliers cadavres à la galerie Schlassgoart

Jean-Claude Salvi (à g.) et Thierry Lutz, deux amis de longue date.

De bien singuliers cadavres à la galerie Schlassgoart

Jean-Claude Salvi (à g.) et Thierry Lutz, deux amis de longue date.
Photo: Guy Jallay
Kultur 6 4 Min. 15.05.2021

De bien singuliers cadavres à la galerie Schlassgoart

Thierry HICK
Thierry HICK
Thierry Lutz et Jean-Claude Salvi présentent leur «Correspondance exquise» à Esch/Alzette.

Qui n’a pas joué un jour au cadavre exquis, ce jeu consistant à écrire un bout de phrase sur une feuille de papier sans connaître le contenu des autres parties écrites par les autres joueurs sur cette même feuille. Cet exercice d’écriture collective imaginé par les surréalistes dans les années 1920 – Jacques Prévert et Yves Tanguy ont largement défendu cette pratique – a inspiré Thierry Lutz et Jean-Claude Salvi. Le fruit de leurs échanges est actuellement exposé à la galerie Schlassgoart d’Esch/Alzette. 

A force d’échanges, les deux artistes ont su créer un langage commun nouveau et inédit.
A force d’échanges, les deux artistes ont su créer un langage commun nouveau et inédit.
Photo: Guy Jallay

 Les deux artistes et professeurs ont imaginé à leur manière un échange se calquant sur le principe du cadavre exquis. Thierry Lutz crée une ébauche de dessin et l’envoie à son comparse Jean-Claude Salvi (ou vice versa). Ce dernier complète, modifie, transgresse le dessin qu’il vient de recevoir avant de le renvoyer à Thierry Lutz, qui lui aussi s’adonne au même exercice, avant de le renvoyer à l’expéditeur. Le cadavre exquis peut selon les cas faire quatre à six allers-retours entre les deux artistes. 

Il est ici question de prendre son temps, surtout dans une époque où tout doit aller le plus vite possible.

Jean-Claude Salvi
Les enveloppes, des vraies œuvres d’art à part entière.
Les enveloppes, des vraies œuvres d’art à part entière.
Photo: Guy Jallay

Pour chaque envoi, tant Thierry Lutz que Jean-Claude Salvi conçoivent des enveloppes des plus originales, en fait des vraies œuvres d’art à part entière. «Les facteurs ont joué le jeu», note avec satisfaction Thierry Lutz. «Chaque semaine on scrutait la boîte aux lettres avec impatience», lui emboîte le pas Jean-Claude Salvi. 

Objets transfigurés 

 Ces échanges épistolaires, d’une durée moyenne d’un mois, étaient régis par plusieurs règles de base aussi simples qu’efficaces. «Chacun avait le droit d’adapter, de changer, voire de détruire le travail de l’autre. On ne s’était pas fixé de limites ou de contraintes. De plus, on ne discutait pas entre nous, les échanges se faisaient uniquement avec nos dessins. Il n’y avait pas d’autres formes de communication. C’est pourquoi dans bien des cas, le résultat final n’a plus rien à voir avec l’esquisse de départ», explique Thierry Lutz. Une simple banane ou le croquis d’un visage, une fois lancés dans la course, ressortent complètement transfigurés. 

«Contrairement au cadavre exquis des surréalistes où une part de mystère prévaut, pour notre travail nous avons toujours pris connaissance des dessins de l’autre avant de les transformer», explique Jean-Claude Salvi. 

De novembre 2018 à juin 2020, les deux artistes ont donc réalisé 28 séries de dessins, une seule s’étant perdue dans les méandres du courrier. Aux cimaises de la galerie Schlassgoart le visiteur retrouve non seulement une importante sélection d’enveloppes mais aussi les traces de ces échanges d’œuvres.

Dans bien des cas, le résultat final n’a plus rien à voir avec l’esquisse de départ.

Thierry Lutz

Multiple, bigarré, décalé et joyeux

L’ensemble forme un tout coloré, multiple, un brin bigarré, souvent décalé et joyeux. Tant Thierry Lutz que Jean-Claude Salvi ont laissé leurs empreintes dans les différentes étapes de création: à y regarder de plus près, l’on décèle sans trop d’efforts lequel des deux a signé tel élément, tel rajout ou telle transfiguration. 

 «Thierry Lutz aime à user d’un vocabulaire incisif où se mêlent des références de la culture populaire, nimbées d’éléments trash et rock.... Jean-Claude Salvi n’hésite pas à convoquer des faits d’actualité... et érotiser certains dessins en tutoyant Eros et Thanatos», note pour sa part la critique d’art Nathalie Becker. 


Un livre d'artiste accompagne l'exposition.
Un livre d'artiste accompagne l'exposition.
Photo: Guy Jallay

Un procédé hors du temps

Deux artistes qui pour échanger s’envoient des enveloppes avec leurs œuvres, le procédé a de quoi surprendre aujourd’hui à l’heure du tout numérique où le temps est plus que jamais compté. «Il est ici question de prendre son temps, surtout dans une époque où avec les réseaux sociaux tout doit aller le plus vite possible. Il s’agit aussi d’une autre façon de communiquer, de dialoguer», note Jean-Claude Salvi. 

«Et puis, quel bonheur de recevoir une lettre et de savoir que quelqu’un a pensé à toi. Ouvrir l’enveloppe est toujours un grand moment de surprise», se réjouit, rêveur, Thierry Lutz.

Ces échanges entre les deux artistes témoignent aussi d’une viscérale envie de partage, loin de tout esprit de concurrence puisque chaque œuvre finale ne peut être que réalisée en binôme. Entre humour et complicité partagés, ce catalogue de créations est surtout une riche collection d’instantanés soumis aux humeurs, aux sensibilités de chaque partenaire. 

Quatre mains, quatre yeux pour voir le monde

Même si certains cadavres ont été plus lents à coucher sur papier, selon Jean-Claude Salvi, cette correspondance a le mérite de lancer des ponts entre deux univers distincts, qui le temps d’une aventure commune, s’unissent pour défendre une cause commune: quatre mains ou quatre yeux permettent d’éclairer le monde différemment. 


Un livre d’artiste richement illustré accompagne l’exposition «Correspondance exquise» de Thierry Lutz et Jean-Claude Salvi. Jusqu’au 21 mai de 14 à 18 heures du mardi au samedi à la galerie Schlassgoart, Pavillon du Centenaire Arcelor/Mittal, boulevard Grande-Duchesse Charlotte, Nonnewisen, Esch/ALzette. 

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