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Critique: Deux violoncelles sur un plateau
Kultur 2 Min. 25.04.2019 Aus unserem online-Archiv

Critique: Deux violoncelles sur un plateau

Les spectateurs ont été «charmés», envoûtés, par sa magnifique voix grave aux remarquables inflexions.

Critique: Deux violoncelles sur un plateau

Les spectateurs ont été «charmés», envoûtés, par sa magnifique voix grave aux remarquables inflexions.
Photo: Guy Wolff
Kultur 2 Min. 25.04.2019 Aus unserem online-Archiv

Critique: Deux violoncelles sur un plateau

«Les mots et la chose», avec Jean-Pierre Marielle au théâtre des Capucins: critique publiée le 30 novembre 2006.

par Stéphane Gilbart

Jean-Pierre Marielle, en professeur de vocabulaire au registre strictement spécialisé, vient de nous donner une édifiante leçon. Une rencontre touchante et amusante, un peu décevante aussi.

Le théâtre offre l’incontestable avantage de la rencontre réelle, physique – on est dans leur souffle, on pourrait les toucher –, avec ses interprètes.

Comédiens et spectateurs y trouvent leur compte. Les premiers, dans le silence attentif, dans les réactions instantanées, dans les vagues d’applaudissements qui concluent la soirée, reçoivent une réponse immédiate et tangible à leur jeu. Beaucoup d’entre eux d’ailleurs, qui ont connu la gloire et la fortune du cinéma, y reviennent pour ce contact. Menacés par les grands froids de l’âge, ils viennent se réchauffer sur les planches.

Ainsi Jean-Louis Trintignant, Michel Piccoli, Michel Serrault, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort ou encore, jusqu’aux derniers moments presque, Philippe Noiret. Quant aux spectateurs, ils viennent alors feuilleter leurs souvenirs, reparcourir des étapes de leur existence et surtout manifester leur reconnaissance.

Jean-Pierre Marielle nous a donc offert le spectacle de sa grande carcasse à la fois nonchalante et élégante, nous a gentiment imposé sa présence scénique, mais par-dessus tout, c’est sa voix qui nous a envoûtés.

Sur le plateau, il y avait deux violoncelles : l’instrument de musique qui ponctuait les chapitres de la représentation, et la voix de Marielle si prenante dans ses graves et le jeu de ses modulations.

Une réjouissante leçon de vocabulaire

Le comédien et sa partenaire, Agate Natanson, se sont faits les interprètes d’une réjouissante leçon de vocabulaire due aux recherches lexicales attentives et malicieuses de Jean-Claude Carrière. Le prétexte: un vieil érudit, pour répondre à la demande d’une jeune femme désolée de la pauvreté du vocabulaire des films pornographiques dont elle assure le doublage, lui envoie des listes les plus exhaustives possibles de «mots pour la chose».

Nous découvrons la richesse et l’inventivité de nos lexiques, l’inattendu des imaginations métaphoriques, la permanence et l’actualisation constante des trouvailles, la vie et la mort qui touchent aussi les mots. Et l’on repense aux «Mots des métiers» de Pierre Perret, à «La Puce à l’oreille» (toutes nos expressions imagées) de Claude Duneton, aux études de Jean-Pierre Goudailler sur le langage des banlieues, au combat de Bernard Pivot pour sauver de beaux vieux mots menacés.

S’impose le bonheur de nommer, de faire voir et entendre, de dire! Jean-Pierre Marielle et Agate Natanson, à peine «mis en espace» par Daniel Bedos, nous font donc une leçon plutôt systématique. Mais, et c’est là que pointe une certaine déception, le théâtre et le talent de Marielle sont peu sollicités. Il est vrai cependant que c’est parfois la simple rencontre qu’elles permettent qui fait le charme de certaines soirées.