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Critique-ciné: Une mère pleure son fils perdu
Kultur 1 3 Min. 25.07.2020

Critique-ciné: Une mère pleure son fils perdu

 Rencontre compliquée et improbable entre Elena (Marta Nieto) et Jean (Jules Porier)

Critique-ciné: Une mère pleure son fils perdu

Rencontre compliquée et improbable entre Elena (Marta Nieto) et Jean (Jules Porier)
Photo: Le Pacte
Kultur 1 3 Min. 25.07.2020

Critique-ciné: Une mère pleure son fils perdu

Thierry HICK
Thierry HICK
Avec «Madre», le réalisateur espagnol Roberto Sorogoyen dresse le portrait d’une femme brisée par la vie.

Quoi de plus terrible pour une mère que de perdre un fils? C’est l’expérience douloureuse qu’a vécue Elena, divorcée de Ramón et mère du petit Iván, qui disparaît alors qu’il était avec son père. Dix ans plus tard, la mère est serveuse dans un restaurant de plage des Landes, là où elle croit que son fils a donné son dernier signe de vie. Elena finit par rencontrer Jean, un adolescent bien mystérieux... Autant pour l’histoire, car mieux vaut ne pas tout savoir avant d’aller voir «Madre» de Roberto Sorogoyen.

Car comme nul autre, le réalisateur espagnol joue avec les nerfs du spectateurs. Ici, pas d’effets spectaculaires, pas d’effusion de sang ou toutes autres grosses machineries. Non, «Madre» c’est avant tout l’histoire d’une femme perdue dans la vie, empreinte de doutes, de questions, de peurs... 

Elena veut comprendre et trouver des réponses. Elle lutte contre l’oubli, le non-savoir la ronge jusqu’au plus profond d’elle-même.

La mer, par qui le mystère autour d’Iván est venu, est omniprésente dans «Madre».
La mer, par qui le mystère autour d’Iván est venu, est omniprésente dans «Madre».
Photo: Le Pacte

Lente descente aux enfers

C’est cette lente et irrévocable descente aux enfers qu’accompagne avec sa caméra Rodrigo Sorogoyen. Son regard se porte sur les émotions du personnage central, la narration pure et simple, passant presque au second plan.

L’histoire du petit Iván disparu n’est que très succinctement évoquée: le passé a du mal à ressurgir. D’autant plus que l’entourage d’Elena n’est visiblement au courant de rien. Cette histoire ancienne que l’on croit devoir voir ressurgir à tout moment, reste pourtant ensevelie sous le sable d’un bord d’une mer, qui tient une place prépondérante dans le flux narratif.

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Au plus près de la vie

La mer, par qui le mystère autour d’Iván est venu, est omniprésente dans «Madre». Comme un fil rouge, les images de l’océan et de la plage réapparaissent comme des flash-backs. L’élément naturel, avec ses forces et ses menaces, accompagne Elena tout au long de sa quête. Rodrigo Sorogoyen la met en scène grâce au recours à d’impressionnants et interminables plans-séquences – une technique qui rend superflu le montage de scènes par la suite. Le réalisateur explique vouloir ainsi rester au plus près de la vie réelle. Ce choix lui permet aussi de replacer son sujet, son personnage, dans son contexte de vie. Elena principalement est ainsi radiographiée dans ses plus intimes retranchements.

Rodrigo Sorogoyen adopte la matrice du thriller dramatique. Coauteur du scénario, il insuffle à son histoire une multitude de menus détails, qui pris un à un ne semblent pas assurer de cohérence, mais qui une fois mis bout à bout laissent percer un drame total. Préférant le non-dit à l’épandage d’actes, Rodrigo Sorogoyen distille son suspense au compte-gouttes.

Pour exemple, l’ambiguë relation naissante entre Elena, mère trentenaire, et Jean, adolescent parisien en vacances avec ses parents. Ce duo improbable, motivé pour chacun d’ambitions opposées, rythme le film jusqu’à devenir oppressant, tant le réalisateur se refuse à percer l’abcès.

Echec et espoir

«Madre» vit grâce à un personnage central: l’actrice espagnole Marta Nieto, compagne de Rodrigo Sorogoyen à la vie, qui avec finesse, empathie et courage se glisse dans la peau d’une Elena, qui, à force de relations amoureuses difficiles et de tentatives de fuites existentielles vouées à l'échec, doit constater que sa vie de femme, de mère, d'épouse, de concubine ou de copine est tout sauf glorieuse. Ce constat se conclut par un ultime coup de fil d’Elena à Ramón: l’issue n'est pas divulguée, Roberto Sorogoyen préférant une fin ouverte. Un dernier espoir?

Le réalisateur espagnol se refuse pourtant à tout défaitisme. Ses propos sont posés, sans extravagances outrancières. L’instable équilibre d'Elena est contrebalancé par une fougue sans limites de Jean. Ce personnage est campé par un Jules Porier, déterminé, audacieux et sans retenue. Le réalisateur semble presque s’amuser de cette dichotomie, impossible et interdite, entre deux personnages que tout oppose, mais qui une fois réunis devant une caméra sans a priori semblent unis pour le meilleur et le pire.

«Madre» est un film intrigant et quelquefois dérangeant. Rodrigo Sorogoyen mène son monde – les acteurs et les spectateurs – à la baguette. Il suffit d’accepter l'invitation. S’en priver, serait bien dommage. 

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