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Critique ciné: «The Father», démence, déchéance et dépendance
Kultur 1 4 Min. 22.05.2021

Critique ciné: «The Father», démence, déchéance et dépendance

 Anthony (Antony Hopkins) face à la maladie adopte un réflexe de refus.

Critique ciné: «The Father», démence, déchéance et dépendance

Anthony (Antony Hopkins) face à la maladie adopte un réflexe de refus.
Photo: Sean Gleason
Kultur 1 4 Min. 22.05.2021

Critique ciné: «The Father», démence, déchéance et dépendance

Thierry HICK
Thierry HICK
Florian Zeller passe du théâtre au cinéma pour évoquer un sujet grave.

L’auteur et metteur en scène français Florian Zeller a de la suite dans les idées: après sa pièce de théâtre «La Mère» en 2010, il poursuit sa trilogie avec «Le Père» en 2012 avant de conclure en 2018 avec «Le Fils». Le but de ce travail: parler de la démence. Pour ses premiers pas au cinéma, Florian Zeller reprend sa pièce «Le Père» et plonge dans l’univers d’un patriarche à la dérive. Et s’adjoint les services d’Anthony Hopkins. Rien que ça. Le film «The Father» est bien plus qu’une adaptation d’une pièce de théâtre pour le cinéma.

 Cette relecture prend ses distances, ses libertés, même si quelques réminiscences de l’original restent bien présentes.
Comme cet appartement dans lequel vivent Anthony, sa fille Anne et son compagnon Paul. Des personnages arrivent et repartent, seul Anthony reste en place et peine à suivre la situation. 

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Le quotidien des malades  

L’homme de 81 ans refuse d’accepter la maladie, se croit encore et toujours plus fort que jamais. Et pourtant, les effets de la démence sont palpables. Surtout au travers des petits détails de la vie, d’habitude anodins, mais qui ici peuvent prendre des dimensions plus lourdes de sens. Anthony égare régulièrement sa montre. Etant persuadé qu’elle lui a été volée, le vieil homme accuse son entourage et perd ses repères.

Florian Zeller s’attarde à mettre en image, donc aussi en scène, le quotidien des malades. Un choix judicieux qui traduit une inébranlable volonté de mettre en avant l’humain face à la maladie. Faisant fi des paroles, connaissances et autres leçons de spécialistes en tous genres, le réalisateur montre la vraie vie non seulement des personnes concernées par le handicap, mais aussi de tous ceux qui l’entourent.

Un éclairage lumineux

Cet éclairage, malgré le côté sombre et tragique qu’il impose, reste dans «The Father» lumineux. Car, loin de vouloir se limiter à une trop réductrice adaptation de sa pièce, Florian Zeller entend bien exploiter à fond toutes les possibilités et ressources que lui offre le cinéma.

Certes, il continue de s’amuser avec les portes de l’appartement, qui sur un air de vaudeville, autorise les entrées et sorties de personnages. Les caméras par contre osent cerner Anthony et sa fille Anne dans les retranchements les plus intimes pour documenter les difficultés de communication de ce couple où deux générations s’affrontent et se questionnent sans réellement se comprendre.

La fille souffre aussi

Anne souffre tout comme son père, qui lui tant bien que mal tente de le cacher. La fille veut refaire sa vie, mais comment? Ne voulant pas délaisser ce père dans le besoin, elle cherche une solution acceptable par tous. Anthony, comme à son habitude, refusant toute aide, sait aussi se montrer agressif, violent dans ses paroles. Cette maladie le ronge à petit feu, certes, mais il veut continuer à vivre normalement au-delà des crises de démence passagères, de sa mémoire défaillante à bien des égards. Se réfugiant dans un monde parallèle, Anthony cherche une porte de secours.C’est là qu’intervient judicieusement Florian Zeller. Associant scènes réelles et moments de fantasmes, de divagations, il fait se juxtaposer des personnages tout aussi réels que fictifs, tout en brouillant les pistes avec des transformations apportées aux décors. Le spectateur perd le fil de l’histoire. Contrairement à Anthony, ce dernier peut rapidement reconstruire les pièces de ce puzzle, rapprocher des éléments distincts. Ce travail du réalisateur aussi pointu qu’effectif est une réussite totale.

Un Oscar mérité pour Anthony Hopkins

«The Father» a aussi le mérite de mettre deux acteurs sur le devant de la scène. Olivia Colman incarne une Anne persévérante avec une empathie sans limite et sans retenue. Et que dire du jeu d’Anthony Hopkins? L’acteur, qui a reçu un Oscar mérité pour ce film – «The Father» a aussi été distingué pour son scénario – ne joue pas son personnage, il l’est. Ses mimiques, ses gestes, ses regards, ses répliques claquent à chaque instant. Florian Zeller offre à Anthony Hopkins non seulement une grande liberté d’action mais avant tout un costume taillé sur mesure.
La fin de «The Father», après tant de moments de doutes, de questionnements et d’errances se termine sur une triste conclusion, entraînant dans son sein la maladie, la dépendance toujours aussi inévitable. Après avoir présenté des hommes et des femmes dans ce qu'ils ont de plus humain, Florian Zeller se voit finalement rattrapé par une réalité qu’il n’a eu de cesse de décrier. 

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