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Critique ciné: «Foxtrot»
Kultur 1 2 Min. 28.04.2018 Aus unserem online-Archiv

Critique ciné: «Foxtrot»

Michael (Lior Ashkenazi) face à son passé.

Critique ciné: «Foxtrot»

Michael (Lior Ashkenazi) face à son passé.
Photo: Sophie Dulac Distr.
Kultur 1 2 Min. 28.04.2018 Aus unserem online-Archiv

Critique ciné: «Foxtrot»

Thierry HICK
Thierry HICK
Elle est présente dans tous les esprits et pourtant elle n'est pas pointée du doigt: la «guerre» en Israël. Samuel Maoz préfère s'intéresser aux hommes et femmes qui vivent au quotidien les blessures d'une existence difficile.

On leur annonce le décès de leur fils Jonathan «tombé» lors de son service militaire. Michael, le père est assommé, la mère, Dafna, anéantie. Le réalisateur Samuel Maoz dépeint dans «Foxtrot» – Grand Prix au LuxFilmFest 2018 – un deuil difficile. Le huis clos émotionnel qui peu à peu s'installe dans l'appartement cossu du couple est renforcé par le choix de vues plongeantes, filmées à partir du plafond. Le spectateur perd ses repères, son regard est – volontairement – perturbé. Peu d'actions, peu de mouvements, peu de paroles, tout se passe par le regard, les images et peut-être le non-dit sous-jacent. Le rythme aussi dérange.

Cette première partie est d'un réalisme froid et effrayant. Malgré la gravité de la situation, les personnages évoluent selon des schémas bien établis, laissant que très peu de place aux sentiments...

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Un épisode surréaliste

Un dromadaire passe un poste frontière en plein désert sous le regard désabusé de Jonathan et ses amis soldats. La «guerre» d'un coup devient réelle, palpable. Le décor est complètement surréaliste, irréel... une manière pour Samuel Maoz de se distancier du monde réel d'un pays sous tension. Les couleurs sont chaudes, émotionnelles, humaines et ce malgré le contexte ambiant brutal. Jonathan va devoir quitter cet univers si particulier pour retrouver ses parents.

Retour dans la cuisine de l'appartement familial. Le passé de Michael refait surface, le secret de sa vie continue de l'accaparer et de détruire sa vie. Comme pour la danse fox-trot, la vie du père-mari rime avec un retour à la case départ. L'acteur Lior Ashkenazi est littéralement époustouflant de vérité dans son rôle. Entre larmes et larges rires, les traits de l'acteur crient toute la souffrance de Michael. Samuel Maoz continue de jeter le trouble, laissant le spectateur sur le bord de la route. Un jeu habile, bien mené qui ne manque pas d'efficacité. La tension qui, d'un bout à l'autre traverse «Foxtrot», est palpitante.

Le mérite du film est d'évoquer une «guerre» aussi invisible qu'omniprésente, sans jamais vraiment la montrer. Finalement, le lieu pourrait être transposé ailleurs. La Shoah est bien sûr évoquée, la déchéance de Michael et Dafna est pourtant universelle. C'est ce message que veut transmettre Samuel Maoz, sans misérabilisme et sans porter de jugement mais avec sensibilité et humanisme.

Décrié par la classe politique en Israël qui lui reproche d'écorner l'image de la toute puissante armée, «Foxtrot» a, en plus de son prix au Luxembourg, également remporté un Lion d'or à la Mostra en 2017 pour le réalisateur. Deux récompenses largement méritées pour un long métrage qui interpelle, qui questionne entre passé et présent.