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Critique ciné: Des planches au grand écran
Edmond Rostand (Thomas Solivérès, m.), entre quête de notoriété et doutes.

Critique ciné: Des planches au grand écran

Photo: Légende Films
Edmond Rostand (Thomas Solivérès, m.), entre quête de notoriété et doutes.
Kultur 1 3 Min. 12.01.2019

Critique ciné: Des planches au grand écran

Thierry HICK
Thierry HICK
Le réalisateur Alexis Michalik fait revivre avec "Edmond" le mythique univers de «Cyrano de Bergerac».

Edmond Rostand est en manque d'inspiration, il n'a plus rien écrit depuis deux années. Sa rencontre de Constant Coquelin est déterminante. L'auteur promet à l'acteur une nouvelle pièce... «Cyrano de Bergerac».

Paris 1895 à l'heure de la Belle Epoque, de Sarah Bernhardt, des frères Lumière, des maisons closes et des théâtres: l'auteur Edmond Rostand n'a pas encore connu le grand succès et cherche son inspiration. Sur un coup de tête, et sans doute en quête de gloire – il se lance dans une aventure folle: proposer à l'acteur Constant Coquelin, véritable star des scènes de théâtre de l'époque, une toute nouvelle pièce. A ce moment précis, il n'a que le titre, mais pas encore d'histoire. C'est le début d'une course effrénée contre la montre.

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La pièce «Cyrano de Bergerac» fait aujourd'hui partie des grands classiques du théâtre français, même 130 ans après sa création le 28 décembre 1897 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin de Paris. Elle a été adaptée au cinéma – e.a. par Jean-Paul Rappeneau avec Gérard Depardieu en 1990 – pour l'opéra, le ballet, la bande dessinée.... et en 2017 au théâtre par Alexis Michalik. Cette adaptation, distinguée par cinq Molières en 2017 et jouée plus de 900 fois depuis 2016, sert aujourd'hui de base au film «Edmond» réalisé par... Alexis Michalik.

Le réalisateur, suivant la voie tracée par le film «Shakespeare in Love», ne raconte pas la pièce, mais sa genèse, les coulisses des préparatifs, des répétitions et la première, qui s'acheva sur près de 40 minutes d'applaudissements et qui consacra le travail d'Edmond Rostand. Ce «making of» s'attarde aussi sur les états d'âme et les questionnements de l'auteur. Sans oublier de faire la lumière sur le monde des Arts de l'époque –entre intrigues, tromperies et luttes d'influence...

Des acteurs complices

Alexis Michalik confie ses rôles-titres à Thomas Solivérès pour Edmond Rostand et Olivier Gourmet pour Constant Coquelin. Le premier surprend par sa jeunesse, sa fougue et sa nécessaire naïveté, le second par son côté goguenard, son expérience et la profondeur de son jeu. Une belle complicité s'installe entre ces deux générations d'acteurs, elle sera étoffée par une pléiade d'autres complices – Mathilde Seigner, Clémentine Célarié, mais aussi Lucie Boujenah, Tom Leeb et Alexis Michalik, qui se glisse dans la peau de Georges Feydeau.

Faire la lumière sur le monde des Arts de l'époque –entre intrigues, tromperies et luttes d'influence...
Faire la lumière sur le monde des Arts de l'époque –entre intrigues, tromperies et luttes d'influence...
Photo: Légende Films

Du théâtre au cinéma, du cinéma au théâtre, «Edmond», le film, oscille inébranlablement entre les deux univers. Le spectateur perd ses repères, se laisse prendre au jeu. Le réalisateur-metteur en scène Alexis Michalik joue sur les deux tableaux.

Belles paroles et belles images

Le «swing» de la narration est soutenu, sans moment de relâche. Les répliques, les dialogues semblent extraits d'une pièce de théâtre – ils viennent se greffer avec délicatesse au matériau d'origine d'Edmond Rostand.

Au-delà des belles paroles, ce sont aussi les images, tout aussi belles, qui contribuent à la réussite. Au théâtre, au café, dans son appartement, au bordel, le mélange des situations d'intérieur et d'extérieur décortique avec finesse et perfidie la vie d'Edmond Rostand dans ses moindres détails, parfois croustillants. Les décors, les costumes sont somptueux, les lumières collent aux personnages pour créer une ambiance d'une rare subtilité.

Recréé à Prague, le Paris de la fin du XIXe siècle illumine, à quelques détails près, une comédie aussi dramatique qu'enlevée et qui – en plus de magnifier un «Cyrano» indétrônable – peut faire découvrir au public d'aujourd'hui les joies d'une période de faste révolue.