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Critique ciné de la semaine: Noces sanglantes
Kultur 1 3 Min. 11.02.2017 Aus unserem online-Archiv

Critique ciné de la semaine: Noces sanglantes

NocesZahira (Lina El Arabi) est écartelée entre l'amour pour ses proches et la volonté de s'émanciper des traditions familiales.

Critique ciné de la semaine: Noces sanglantes

NocesZahira (Lina El Arabi) est écartelée entre l'amour pour ses proches et la volonté de s'émanciper des traditions familiales.
Photo: Tarantula
Kultur 1 3 Min. 11.02.2017 Aus unserem online-Archiv

Critique ciné de la semaine: Noces sanglantes

On a peine à le croire, mais les mariages forcés existent encore de nos jours en Europe. La coporduction luxembourgeoise «Noces», réalisé par le Belge Stephan Streker, s'inspire d'un fait-divers tragique réel.

par Marie-Laure Rolland

On a peine à le croire, mais les mariages forcés existent encore de nos jours en Europe. Bien souvent sans que l'on n'en sache rien. «Noces», réalisé par le Belge Stephan Streker en coproduction avec la société luxembourgeoise Tarantula, s'inspire d'un fait-divers tragique qui a eu lieu il y a quelques années en Belgique. Un film remarquable par sa manière de traiter d'un sujet sensible en évitant l'écueil des stéréotypes. Il n'y a pas le bien et le mal, le vrai et le faux, les gentils et les méchants mais une situation qu'il faut affronter dans toute sa complexité émotionnelle et culturelle.

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Le film raconte le destin de Zahira (Lina El Arabi), une jeune fille de 18 ans belgo-pakistanaise. Elle est la troisième d'une fratrie de quatre enfants dans une famille aimante et bienveillante. Elle est particulièrement proche de son frère Samir (Sébastien Houbani). Il est son ami, celui auquel elle ne cache rien. Le destin de Zahira bascule le jour où elle tombe enceinte.

Une double culture à assumer

«Est-ce qu'il a une âme?» Le film débute sur cette phrase. La jeune femme consulte un médecin avant l'avortement. Elle est extrêmement troublée. Au fond de ses tripes, elle sent qu'elle ne peut se résoudre à avorter. Pourtant, ses parents l'exigent. Pour eux, tout est préférable au scandale qui couperait toute la famille de la communauté pakistanaise, donc des racines qui la soutiennent. Il estiment aussi qu'il est temps que Zahira se marie. Qu'elle rentre dans le rang en suivant la coutume familiale. Elle doit épouser quelqu'un originaire du même village qu'elle au Pakistan. Elle a le choix entre trois prétendants avec lesquels elle peut s'entretenir par skype. Si elle le refuse, elle sait qu'elle devra quitter la maison et ne reverra jamais les siens.

Zahira est écartelée entre l'amour pour ses proches et la volonté de s'émanciper des traditions familiales. Cette musulmane pratiquante, que l'on voit prier pour trouver de l'aide auprès de Dieu, n'est pas une jeune fille rebelle en rupture de ban. Elle tente simplement de concilier d'un côté sa culture pakistanaise, de l'autre la culture belge dans laquelle elle a toujours baigné. Les échanges avec son frère et ses parents, mélange de français et d'ourdou, soulignent cette double appartenance – un peu comme les gamins chez nous jonglent entre le luxembourgeois et le portugais ou le français, voire tout cela à la fois.

Un système de valeurs

Au-delà de la langue, c'est tout un système de valeurs qui est sous tension. Lorsque le père d'une amie vient plaider sa cause auprès de la famille, afin qu'elle échappe au mariage forcé, le père de Zahira objecte: «Combien de femmes vivent seules dans cette rue? Au moins une quinzaine. C'est-à-dire autant que dans tout le Pakistan. Sont-elles heureuses? Chez nous au moins, les femmes ont une famille». Face à la violence du monde, la communauté et la famille restent à ses yeux le refuge suprême. Même la grande sœur de Zahira, dont le mariage a été arrangé, confie que désormais elle ne voudrait pour rien au monde quitter son mari.

Le casting peut étonner. Le personnage de Zahira est interprété non pas par une jeune pakistanaise mais par une Française d'origine marocaine. L'équipe du film a privilégié la justesse d'interprétation à la crédibilité ethnique. Contre toute attente, cela fonctionne. Cette famille – dans laquelle seule la mère est une actrice indienne – parvient à faire corps autour du visage lumineux et tragique à la fois de Lina El Arabi.

Le destin de Zahira

Une séquence du film la montre au lycée en train d'interpréter le rôle d'Antigone. L'héroïne grecque va mourir pour avoir exigé le respect de la loi de Dieu contre la loi des hommes, pour enterrer son frère. Le tragique, dans le destin de Zahira, tient à ce qu'elle ne peut imposer la loi de la Cité, dans laquelle elle habite, face à la loi coutumière de ses origines.

La fin laisse ouverte la question du communautarisme. Faut-il y voir une fatalité? L'assimilation de populations de cultures différentes est-elle impossible? A chacun de se faire sa propre opinion sur cette question particulièrement sensible aujourd'hui.


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