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Critique ciné de la semaine: Le faussaire
Kultur 1 3 Min. 11.03.2017 Aus unserem online-Archiv

Critique ciné de la semaine: Le faussaire

Le peintre Han van Meegeren (Jeroen Spitzenberger) et son amante 
Jolanka (Lize Feryn).

Critique ciné de la semaine: Le faussaire

Le peintre Han van Meegeren (Jeroen Spitzenberger) et son amante 
Jolanka (Lize Feryn).
Photo: Rinkel Film
Kultur 1 3 Min. 11.03.2017 Aus unserem online-Archiv

Critique ciné de la semaine: Le faussaire

Alors que Paris est gagnée par la Vermeer-mania (voir ci-contre), l'œuvre du peintre néerlandais est au cœur de l'intrigue de «A Real Vermeer», un long métrage signé Rudolf van den Berg et coproduit par la société luxembourgeoise Tarantula.

par Marie-Laure Rolland

Alors que Paris est gagnée par la Vermeer-mania (voir ci-contre), l'œuvre du peintre néerlandais est au cœur de l'intrigue de «A Real Vermeer», un long métrage signé Rudolf van den Berg et coproduit par la société luxembourgeoise Tarantula.

Le film s'inspire de la vie de Han van Meegeren (1889-1947), un peintre néerlandais qui est considéré comme l'un des plus grands faussaires du XXe siècle. Il est resté célèbre pour avoir vendu, pendant la Seconde Guerre mondiale, un soi-disant «vrai Vermeer» au commandant de la «Luftwaffe» Hermann Göring. Accusé d'avoir collaboré avec l'ennemi, il avoua qu'il s'agissait d'un faux. Une bataille d'experts s'engagea. Beaucoup étaient persuadés que le tableau était authentique. Pour se disculper, van Meegeren réalisa un autre faux «vrai Vermeer» en prison.

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Le film se veut à la fois le portrait d'un homme frustré de ne pas avoir le génie de celui qu'il admire par dessus tout, mais aussi une réflexion sur l'art. Quand passe-t-on du statut d'artisan à celui d'artiste? Qu'est-ce qui fait le génie? Pourquoi Vermeer est-il encensé tandis que van Meegeren est considéré comme un peintre raté – alors même que ses faux «vrai Vermeer» ont dupé les experts?

Le sujet est intéressant mais le film peine à tenir ses promesses, malgré un casting de bonne facture et le soin apporté au traitement visuel du sujet.

Une intrigue avec une femme

Pour pimenter l'histoire, le scénario se développe autour d'une intrigue avec une femme. Han van Meegeren (Jeroen Spitzenberger) l'avoue au juge qui l'interroge: tout cela est un crime passionnel. S'il a peint un faux «vrai Vermeer», c'est pour se venger du mari de son amante Jolanka (Lize Feryn).

Ce mari est expert en art et admire le travail du jeune van Meegeren. Jusqu'au jour où il découvre que le peintre est amoureux de sa femme. Il l'humilie alors publiquement dans le cadre d'une exposition. Il déclare à l'assemblée que van Meegeren est tout au plus un bon artisan mais qu'il manque à ses œuvres ce supplément d'âme qui révèle le vrai talent. Dès lors, la carrière de van Meegeren est ruinée. Celui-ci n'aura de cesse de se venger.

Procédé artificiel

Le scénario fonctionne par flash-back soulignés par des codes couleurs. Les tonalités froides des scènes de procès après-guerre alternent avec les teintes «vermeeriennes» de la première période néerlandaise. S'intercalent aussi des scènes couleurs sépias, qui correspondent à l'exil du peintre en Italie puis dans le sud de la France – là où il va mettre au point son procédé pour «vieillir» artificiellement les toiles. Reste que la chronologie des faits est loin d'être évidente à reconstituer pour le spectateur.

Si le réalisateur met un soin particulier à peindre les ambiances, il peine à atteindre la même finesse dans sa direction d'acteur. Sans doute parce que le scénario, qui prend le temps d'expliquer la problématique artistique, n'en accorde pas suffisamment au développement de la psyché de ses personnages. Han van Meegeren est-il réellement amoureux de la belle Jolanka ou celle-ci n'est-elle qu'un instrument de sa vengeance? Son manichéisme est un peu grossier. Jolanka elle-même passe de la jeune fille candide (évoquant le style de «La jeune fille à la perle» de Vermeer) à la femme cupide voire perverse (là, on est plutôt dans Toulouse-Lautrec). Comment a-t-elle basculé? On en est réduit à des conjectures que n'éclaircissent pas certains plans insistants. Les allers et retours dans le temps ajoutent à la confusion. Ce sont finalement les relations entre le peintre et son fils (Mingus Dagelet) qui sonnent le plus juste: un amour inconditionnel qui ne se cache derrière aucun faux-semblant.

Un décalage musical

On peut finalement s'interroger sur le choix de la musique, signée par un compositeur bien connu au Luxembourg, André Dzeziuk. Alors que l'action se déroule dans l'entre-deux- guerres, la bande sonore laisse éclater ici et là des passages new wave, à la manière de Sofia Coppola dans «Marie-Antoinette». Ce décalage musical vise probablement à souligner la position en porte-à-faux de Han van Meegeren, un néo-classique incompris dans une époque moderniste. Mais ce parti pris brouille le propos plus qu'il ne l'appuie.