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"Capharnaüm" dresse le portrait choquant d'une enfance volée
Zain Alrafeea ne joue pas le rôle de Zain, il est Zain.

"Capharnaüm" dresse le portrait choquant d'une enfance volée

Photo: Mooz Films
Zain Alrafeea ne joue pas le rôle de Zain, il est Zain.
Kultur 1 3 Min. 01.12.2018

"Capharnaüm" dresse le portrait choquant d'une enfance volée

Thierry HICK
Thierry HICK
Critique ciné de la semaine. Avec le film "Capharnaüm" la réalisatrice libanaise Nadine Labaki documente, fustige et lance un bouleversant cri d'alarme. Un portrait sans complaisance de Libanais en souffrance.

«Capharnaüm» débute sur une image forte. Zain, un garçon d'une douzaine d'années à l'époque du tournage, porte plainte contre ses propres parents, il leur reproche de lui avoir donné la vie. Quelle vie! Une vie qu'il refuse!

Zain vit avec ses frères et sœurs à Beyrouth dans un quartier délabré et populaire. Son quotidien est rythmé par des petits boulots et trafics en tous genres. Ses parents lui refusent l'accès à l'école – il doit subvenir aux besoins de la famille nombreuse –, obligent leur file Sarah à épouser leur protecteur. Zain rêve d'une autre vie, d'un avenir meilleur. Sa rencontre avec Rahil, une jeune mère éthiopienne semble lui ouvrir les portes d'un monde nouveau. Le garçonnet, épris de liberté, finira par commettre l'irréparable.

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Les images de Nadine Labaki sont crues, sans fard. Le «décor naturel» – on est loin des beaux quartiers de la capitale libanaise ou des prises de vue en studio – est lui aussi d'une réalité poignante, dérangeante. Caméra au poing, la réalisatrice libanaise filme à la hauteur de son personnage principal Zain, plonge dans cet univers de pauvreté, de peur, de menace permanente, de terreur.

Les affres de cette vie précaire percent au grand jour. Les choses s'affichent sans détour, Nadine Labaki choisit aussi les forces de la suggestion pour crier sa révolte et son désarroi. Une arme d'une efficacité redoutable. Le jeune Zain Alrafeea ne joue pas le rôle du jeune Zain: il est Zain. Le garçon raconte – à quelques détails près – sa vie et ses rêves perdus.

La débrouille au jour le jour

Zain, comme un grand, se bat, se débrouille au jour le jour. L'«acteur» Zain, quant à lui, est sincère, vrai. De quoi dérouter le spectateur, qui, malgré le rejet et la révolte qui se développent, s'éprend de ce «petit bonhomme». Même constat pour Yordanos Shifera, une réfugiée éthiopienne sans papiers qui campe le rôle de Rahil, – elle a été arrêtée et relâchée durant le tournage.

Nadine Labaki en racontant le quotidien de ces populations en marge de tout, s'est longuement informée, est descendue dans la rue pour voir, constater et surtout coller au plus près d'une réalité qu'elle veut documenter dans un premier temps avant de fustiger à tour de bras. Le choix d'acteurs de terrain – même le juge est un magistrat à la retraite – s'explique par cette volonté, ce vorace besoin d'authenticité.

Une lueur d'espoir

Contrairement à ceux qui les oppressent, Zain et Rahil, les deux protagonistes victimes, gardent sous l'œil de Nadine Labaki une part d'humanité et de dignité, nécessaires à leur survie. Les thèmes abordés par la cinéaste libanaise sont pluriels: l'immigration clandestine, les réfugiés, la précarité, le poids des traditions, les prisons pour mineurs, l'exil, la corruption, les passeurs... le tout vu au travers du prisme oppressant d'une enfance volée.

Ce mélange d'idées, d'images et de propos courrait le risque de se perdre, de s'évaporer. Nadine Labaki réussit à canaliser ses pensées et ses messages. «Capharnaüm» évite l'égarement – même si le portrait de Rahil ne peut s'affranchir de quelques longueurs. La réalisatrice, au-delà de son cri d'alarme, s'autorise quelques moments de tendresse et d'humour.

«Capharnaüm», prix du jury largement mérité cette année à Cannes, est une magistrale claque et un coup de semonce portés à bout de bras par un tout aussi magistral jeune garçon. Loin de toute béate fin joyeuse, Nadine Labaki clôt les débat sur une lueur d'espoir: Rahil a retrouvé son bébé, le «vrai» Zain et sa famille vivent désormais réfugiés en Norvège.


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